PerleDeDiamant

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Puis ils parlèrent de la PEUR.

Les colons juifs et les habitants palestiniens ne veulent pas toujours se voir disparaître

[Certains passages de cet article paru dans Ha’aretz le 22 janvier 2010 ont été résumés, d’autres traduits in-extenso. Nous publions ces informations avec toutes les réserves d’usage, car en réalité l’avenir des colons est tout tracé comme il l’a été pour les blancs d’Afrique du Sud. Il faut bien noter que dans les rencontres décrites ici la question de la restitution de la terre à ses propriétaires légitimes - les Palestiniens - n’est quasiment pas abordée, et pour cause... - Note de la rédaction]

 Il y avait tant de brume un jour du mois dernier dans un village palestinien entre Hébron et Jérusalem qu’on y voyait à peine à plus d’un mètre et c’était comme si le brouillard servait à cacher quelques douzaines de colons et de Palestiniens qui s’étaient réunis dans une école du village, sous le prétexte de prier ensemble pour demander la pluie, qui d’ailleurs arriva même sans les prières, mais en fait pour parler d’eux-mêmes. Et pour une fois, de manière à être entendus par les autres. »

Tous parlaient hébreu parce que les Palestiniens travaillent dans les colonies.

Ils évoquèrent plusieurs sujets : Le fait que les enfants palestiniens demandent à leurs parents pourquoi ils ne peuvent pas être comme les enfants des colons

Puis ils parlèrent de la PEUR.

Deux enfants de colons qui participaient à la réunion et qui apprennent l’arabe pour pouvoir communiquer avec leurs voisins intervinrent :

« Je veux prendre un arabe en stop. J’en vois souvent, qui frissonnent sous la pluie ou dans le froid, et j’aimerais les emmener, mais j’ai peur. Que pourrait-on faire pour que je cesse d’avoir peur »
« Pourquoi une personne a-t-elle peur répondit le fils du Mukhtar (maire d’un village arabe) »
« On a peur si on a fait quelque chose de mal. Si je n’ai rien fait de mal, pourquoi devrais-je avoir peur ? » Personne ce soir là n’osa préciser les définitions du MAL.
Beaucoup de mots n’ont pas été prononcés, dit plus tard l’une des femmes présentes, ancienne journaliste qui est un peu la « ministre des affaires étrangères » des colons. Des mots comme « occupation, ou « terroriste » ou « attaque terroriste ».
L’un des participants juifs ajouta, manifestement déçu, « nous avons regardé le conflit en face, puis nous avons détourné les yeux ».

Il régnait une grande franchise et personne ne faisait preuve de cynisme même sur des sujets sensibles et le Rabbin Menachem Froman confessa qu’il avait honte d’apprendre que la rue que les palestiniens avaient pavé eux-mêmes dans le centre du village, avait été détruite par l’administration israélienne.

La réunion ce soir-là se termina avec l’invocation Allah Akhbar, suivie par « que Dieu nous accorde la paix » toutes deux prononcées par le rabbin. Les colons répétèrent ces paroles tout en levant leurs mains, paumes en en avant comme le font des arabes quand ils prient.

Cette réunion, la troisième, faisait suite à la création d’un nouveau groupe qui a été créé il y a quelques mois, à l’initiative de quelques colons, groupe qui veut promouvoir un dialogue entre colons et palestiniens, d’abord sur une base religieuse mais prévu pour évoluer vers les questions politiques.

Pour l’instant les membres de ce petit groupe s’aventurent en terre inconnue et ont peur d’être considérés comme traîtres par les colons et de se retrouver avec une « pulsa denura » [cérémonie kabbalistique au cours de laquelle on invoque les anges pour leur demander d’empêcher qu’une personne soit absoute de ses péchés], comme en a été menacée une personne qui avait essayé de paler de ces réunions dans un journal.
D’autre part ils craignent que rendre ces faits publics ne les torpillent et effraient les Palestiniens. D’où la décision de ne révéler ni le lieu des réunions ni le nom des Palestiniens qui y participent.

Cependant ce besoin de rencontrer les Palestiniens semble être devenu primordial pour certains colons. Ce n’est pas par hasard si la majorité des participants sont de la génération qui est née, ou du moins a grandi, dans les colonies. Ils réalisent que les Palestiniens sont destinés à rester sur place.
Pour l’instant les membres de ce groupe ne s’engagent dans aucun projet politique, ils veulent laisser cela pour plus tard. Mais l’orientation est claire : un état unique bi-national.

Quelqu’un quelques semaines plus tard, revient sur la question posée sur la peur. Que lorsqu’on n’ a rien fait de mal on n’a pas de raison d’avoir peur. C’est une belle déclaration, franche et honnête, répond un juif. Mais nous avons tous commis quelque chose de mal, pas seulement les colons.
Cet homme qui pense que les Palestiniens ont une place en Israël pense que l’occupation n’est pas la seule source de la haine et de l’aliénation. Il pense que si cet état n’avait pas été fondé par les Ashkénazes, mais par les Sépharades qui avaient vécu dans des pays arabes, il y aurait maintenant un état binational dans lequel les deux peuples vivraient en paix. Il explique que ses parents, qui ont fait partie des fondateurs de Kiryat Arba , faisait partie de cette génération qui croyaient dur comme fer qu’ils revenaient sur la terre de leurs ancêtres mais qui ont refusé de voir et d’accepter qu’il y avait d’autres hommes sur cette terre.

Les gens qui ont créé Yerushalom sont de la seconde génération. Ils se rendent compte qu’il y a un autre peuple et que son histoire a été occultée. La première génération s’est focalisée sur le fait de construire les infrastructures, la 2ème veut être plus pragmatique, moins de miradors et de checkpoints.
Il ajoute qu’il comprend la 1ère intifada due au fait que les Palestiniens étaient occupés et n’avaient aucun droit.

Un participant lui demande alors pourquoi il se réveille et décide de reconnaître leur existence.
L’une des femmes répond qu’elle veut que le sionisme puisse survivre, que le mot PAIX est actuellement un mot tellement ressassé, qu’il faut le mettre de côté pour un temps et se réunir, que les deux côtés ont des torts, et qu’il est temps de vivre dans le présent et d’être responsables, sans insister sur la culpabilité, comme le fait sans cesse la gauche.
« Le problème n’est pas de trouver de la place dans le pays mais de trouver de la place dans nos cœurs. Simplement j’ai peur que si j’accepte de reconnaître l’autre, je vais lui faire de la place et que je n’en aurai plus pour moi. »

La deuxième rencontre eut lieu en territoire palestinien, dans un hôtel. Les colons arrivèrent dans des voitures modestes et ils n’étaient que quelques-uns, les Palestiniens étaient plus du double et les colons avaient l’air terrifiés. Tout le monde essaya de parler de tout et de rien à l’entrée de l’hôtel mais on se heurta à la barrière du langage.
Il y avait dans la cour un vieux panneau de basket et quelques enfants juifs commencèrent à jouer, puis un enfant palestinien se joignit à eux. Et c’est ce qui dégela l’atmosphère.

Ce que dit un juif de la dernière réunion :
« Le plus important est que les juifs ont commencé à cesser de considérer les Palestiniens seulement comme ‘des bûcherons et des puiseurs d’eau’ [allusion biblique à Josué 9 :21 ou les Gibeonites sont condamnés par Josué à servir les Hébreux]. Ils ont pris conscience de leur détresse ». Il y a maintenant des possibilités de discussion sur le sol même, qui est le sujet du conflit

C’est à cause de nous.
En fait le succès de la dernière réunion a obligé Eliaz Cohen (un poète , l’un des fondateurs de Yerushalom) à se rendre compte du fossé qui le sépare des autres colons.

Peu après la fin de la réunion avec les Palestiniens se tenait à la colonie de Kfar Etzion, où il réside, une assemblée générale en vue de décider comment répondre à l’ordre gouvernemental de geler les constructions dans les colonies.

Cohen : « il était dur de constater l’étroitesse d’esprit de gens qui ne pensent qu’à eux-mêmes ». Myron (autre participant de Yerushalom) apostropha un colon très respecté : « vous êtes totalement aveugles. Vous prenez le pays sans vous occuper des voisins. On a un gel de construction de quelques semaines et on se met à pleurer. Il y a un village ici qui est totalement étouffé depuis 42 ans, sur des terres qui lui appartiennent et c’est à cause de nous. »
Les gens ne pouvaient pas savoir que Myron revenait de la réunion avec les Palestiniens... « Les ennuis du village voisin n’intéressent personne. »

Amrussi [auteure d’un livre sur l’amitié entre une palestinienne et une femme de colon] raconte : « Nous sommes allées ensemble à la mosquée, après la réunion. A l’entrée un des Palestiniens m’a demandé si j’étais pure. J’ai hésité un peu avant de comprendre ce qu’il voulait dire. Seule une juive pratiquante aurait compris. Ensuite nous sommes allés chez l’ancien du village : une seule pièce, misérable, noircie par la fumée. La femme de l’ancien m’a bénie et a regardé avec intérêt les photos de mes enfants sur mon portable. En partant j’ai eu l’impression que cette visite pouvait me faire changer. »

-Qu’est ce qui a changé en vous ?

-C’est le mur qui a amené cette perception nouvelle. On le sent à Talmon [la colonie où elle vit]. Nous ne sommes plus d’abord et avant tout des Israéliens, nous sommes d’abord et avant tout des résidants de Talmon.

-Est-ce qu’à Tel Aviv on a oublié le conflit pour le laisser sur les bras aux colons et aux Palestiniens ?
Les colons vous diront qu’ici, on se rend compte de ce que vivent les Palestiniens et qu’à Tel Aviv on s’en moque. Et ce n’est pas complètement un cliché. Les gens diront que je suis hypocrite et pourtant je souffre pour les Palestiniens. Quand je vois un Palestinien à un barrage, je me dis : « il est là en plein soleil et c’était comme ça hier et avant-hier. Pourquoi ne le laissent-ils pas passer. Je me rends compte de toute la souffrance des Palestiniens. »

-Quelqu’un a dit à la réunion que les colons pourraient être le fer de lance de la paix avec les Palestiniens. Y croyez vous vraiment ?
-Les gens pensent que c’est une arnaque de la droite. Ils me disent : comment pouvez-vous parler de la paix ? Mais c’est réel. Je ne veux pas que nous nous retirions des territoires. Alors commençons par autre chose, nos réunions. On verra ce qui se passera dans 10 ans. Il faut que les politiques nous laissent les rênes pour la paix. Eux ont échoué. Je ne sais pas ce qui,se passera à la fin du processus, dans 20 ans mais de même que je me suis sentie différente après ce meeting, peut-être que j’habiterai un endroit différent.

Echanges...

-  Les Palestiniens n’ont pas la patience d’attendre encore 20 ans. Ils veulent être vos égaux maintenant

-  Je suis contre la création d’un état Palestinien et je pense que si tout le monde a les mêmes droits, ce sera un état binational. Mais il y a des choses beaucoup plus urgentes que leurs droits politiques : l’état de leurs hôpitaux et de leurs écoles, pour les rapprocher des nôtres.

-  Les Palestiniens ne sont pas intéressés par ce genre de paternalisme

-  Ca, c’est du paternalisme ? je dois m’opposer à ce que l’administration détruise leur rue. Je dois demander un partage plus équitable des ressources.

-  Alors que choisir, un état binational ?

-  De plus en plus de voix se font entendre pour un état binational, dans les cercles très religieux aussi bien que les cercles politiques. L’idée du retour à Sion, c’est l’histoire du retour à la maison, là où tout a commencé : Beit El Schilch, Hebron, c’est la maison. Alors deux états , cela ne permet pas le retour à Sion. Entre ces deux rêves terrifiants, celui de la gauche d’état binational et le cauchemar d’un état palestinien, j’ai davantage peur d’un état palestinien.

-  Eliaz Cohen parle aussi d’un état binational sans hésiter. Sauf que sa conception est plus spirituelle que politique : « je pense à un grand espace ouvert. Si j’étais Barack Obama, j’abandonnerais l’idée de deux états et je commencerais à réunir l’espace géopolitique Israël- Palestine. Je commencerais à créer une confédération, où tout le monde aurait les mêmes droits. Cela aurait aussi l’avantage d’une plus grande démocratisation à l’intérieur de chacune des entités.

-  Et qu’arriverait-il aux états ? Israël disparaîtrait-il ?

-  Dans une confédération l’état n’est qu’un des éléments constitutifs, l’idée nationale devient secondaire

-  Pachnik, un autre participant est entre les 2 autres.Il veut rester dans l’état d’Israël mais aussi continuer à vivre là où il est. Dilemme.

-  Un autre membre juif du groupe propose que les colons restent là où ils sont sous gouvernement palestinien. Il est important qu’un état juif démocratique continue à exister et un état binational serait vague et sans forme. Je pense que quand nous vivrons sous gouvernement palestinien ils nous accepteront et nous respecteront.

-  Il y a 2 processus ici, dit Pachnik, qui explique pourquoi de plus en plus de colons sont à la recherche de nouvelles idées. Il y a des gens qui de toutes manières se sentaient loin de l’état et que leur expulsion de Gaza a fait se sentir encore plus loin. Ce sont ceux qui disent : Nous sommes ici, avec ou sans l’état. Nous avons la citoyenneté israélienne, mais c’est seulement administratif. Ce qui est important c’est la souveraineté juive, pas l’israélienne. Et puis ceux pour qui, comme moi, être expulsé de Gaza a été un choc terrible qui les a poussés à réaliser qu’on doit faire quelque chose pour protéger le peuple et la société israélienne, de manière à ce que cette faille ne devienne pas irréversible.

-  Il n’y pas eu de « choc » à Tel Aviv

 - C’est bien là ce qui constitue la tragédie de Gush Katif [colonie évacuée de Gaza en août 2005] : l’indifférence , l’aliénation, le manque d’intérêt. Il y a des gens pour qui l’étranger, l’autre, ce sont les Palestiniens, et d’autres pour qui l’étranger, l’autre, ce sont les colons. Le fait que Tel Aviv n’ait pas bronché vient d’un certain hédonisme, d’un certain matérialisme. Si Tel Aviv pouvait choisir, il y aurait de l’hostilité, de la haine entre ces 2 états, parce qu’ils ne veulent pas la paix. La seule chose qui les intéresse est d’augmenter la hauteur du mur. En fait nous empêchons les gens de gauche de se prendre pour des occidentaux. Pourquoi ? parce que nous disons que ce rêve va partir en fumée. Uu état Palestinien se joindrait à la Syrie et à l’Iran parce que nous n’avons pas résolu le problème de la haine. Je vais même le dire d’une manière plus dure car il faut dire la vérité. La plupart des gens de gauche se moquent de la paix. C’est une société totalement matérialiste : tout ce qui compte c’est l’argent. C’est aussi en train de nous gagner, nous les colons. Mais Dieu, que son nom soit loué, a placé les Palestiniens sur notre chemin et ils nous disent : « si vous ne tenez pas compte de nous, rien ne marchera pour vous ».

Quelques jours après la dernière réunion avec les Palestiniens, la mosquée de Kafr Yasuf fut incendiée. Les membres du groupe, conduits par le rabbin Froman se rendirent au village en s’arrêtant au passage pour acheter un Coran neuf, essayant d’aider les Palestiniens à réparer les dommages. Le gouverneur palestinien de Salfit voulait leur permettre de rentrer dans le village mais les forces armées israéliennes refusèrent.

Eliaz Cohen : je me rends compte que l’activité de Yerushalom et la nôtre en général sert de contrepoids spirituel et pratique au fondamentalisme qui s’est développé chez les colons des collines de la Samarie centrale, parmi les disciples du rabbin Ginsburg. Ce sont de mauvaises plantes qui doivent être arrachées de la société israélienne et tout particulièrement de la société des colons. Un petit nombre a grandi jusqu’à devenir une masse de centaines d’activistes soutenus par des milliers de supporters C’est la marque de fabrique de tous ceux qui pensent que les Arabes en général et même 80% de la société israélienne ne sont qu’un groupe hétérogène d’individus corrompus.
Les colons sont de plus en plus informés de l’activité de Yerushalom, ils en sont conscient et le bénissent, peut-être parce qu’ils réalisent le profit qu’on peut en tirer : la possibilité de montrer que les colons et les Palestiniens s’entendent bien et que seuls « les gauchistes » sabotent cette idylle...

Même le porte parole de la colonie d’Hebron reconnaît le mouvement : nous devons étudier ce que ces gens proposent, dit-il, je pense qu’il a quelques chances, la seule paix à laquelle je crois est celle entre les résidants. »
Les membres de Yerushalom sont conscients qu’ils pourraient servir de « feuille de figuier » pour beaucoup de gens [feuille de figuier = couverture, allusion à la Genèse quand Adam et Eve couvrirent leur nudité avec des feuilles de figuier].

Le rabbin Froman accepte ce fait et souligne que les motivations de mauvaise foi doivent aussi faire partie du plan de paix.

Pachik conclut : « nous vivons dans un monde où les individus ne ressentent aucune satisfaction quand ils sont à mi chemin du but mais seulement quand ils y sont arrivés.
Ce qui caractérise le monde à venir est que les individus pourront avoir le goût du résultat même avant la fin du processus. Le goût de l’arbre sera celui du fruit. Je commence déjà à sentir ce goût. »

22 janvier 2010 - Ha’aretz - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.haaretz.com/hasen/spages...



07/02/2010

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