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Esther Benbassa

Esther Benbassa ou le malaise d’une juive un an après Gaza

 
Tags : israël     palestine     conflit à Gaza

LE FIL IDéES - Spécialiste de l’histoire du peuple juif installée en France, Esther Benbassa publie un petit livre poil à gratter, “Etre juif après Gaza”, presque un an après le début de l’offensive militaire israélienne. Elle s’interroge notamment sur le soutien à Israël de la communauté française et sur le comportement des médias, accusés de pratiquer l’autocensure.

En France, elle occupe la chaire historique du judaïsme fondée au XIXe siècle. Une chaire presque toujours détenue, avant elle, par des grands rabbins de France. Juive, sans être pratiquante, Esther Benbassa a grandi en Turquie jusqu’à l’adolescence, avant de rejoindre Israël, un pays qu’elle connaît bien. En France depuis trente ans, Esther Benbassa occupe une place originale dans le paysage intellectuel français. Tel un funambule, en équilibre au-dessus du champ de mines du débat israélo-palestinien, elle avance, sans peur et sans autocensure. Pas si fréquent. « Je ne veux pas être juive et rejeter Israël. Je ne veux pas non plus être juive et approuver cette guerre immorale que mène Israël. Ni sans Israël, ni avec Israël tel qu’il est aujourd’hui », écrit l’universitaire dans son opuscule Etre juif après Gaza (éditions du CNRS).

Dans ce petit texte nerveux, elle s’interroge sur le soutien inconditionnel d’une majorité de juifs de France à l’offensive israélienne de décembre 2008, qui avait fait près de 1400 morts palestiniens et 13 côté israélien. « La vraie religiosité des juifs d’aujourd’hui réside dans la sacralisation d’Israël et dans la ferveur qu’elle leur inspire », regrette l’universitaire qui préfère voir Israël comme une « réalité étatique », un pays ni pire ni meilleur qu’un autre : « Sans doute l’épreuve de l’Holocauste a-t-elle contribué à tisser les fils de cette “étrangeté” juive face au monde. Mais si, justement après l’Holocauste, il vaut de se battre pour rappeler ce que l’homme est capable de faire à l’autre homme, principe hautement éthique, Israël peut-il encore donner une telle leçon d’inhumanité ? Et le silence juif peut-il indéfiniment recouvrir ce qu’il fait endurer aux palestiniens ? »

Les voix des intellectuels critiques, en Israël, sont de moins en moins audibles. En France, Esther Benbassa assure que les médias « préfèrent s’autocensurer plutôt que de laisser la porte ouverte aux analyses négatives et risquer un procès pour antisémitisme, qui pourrait marquer d’une tache indélébile une carrière de journaliste ».

Espoirs de paix en fumée. Négociations au point mort. L’effet Obama n’a toujours pas donné de résultats au Proche Orient, malgré les attentes suscitées par son discours du Caire, en juin dernier. « Les Israéliens sont égarés par leur nationalisme, conclut l’universitaire. C’est ce nationalisme-là qui empêche les Israéliens d’aujourd’hui de voir la souffrance d’un autre peuple, les Palestiniens, dont l’itinéraire est pourtant si proche du leur (...). Comment des juifs dont les ancêtres ont vécu la persécution et la souffrance, l’exil et le rejet peuvent-ils accepter qu’un autre peuple, près d’eux, et sous leur férule, connaisse un sort similaire ? En devenant israéliens, ces juifs ont-ils été frappés d’amnésie jusqu’à oublier les principes premiers de l’éthique, socle de leur être juif ? »

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Thierry Leclère

A lire
Etre juif après Gaza, d’Esther Benbassa (CNRS éditions, 74 p, 4 €).



29/11/2009

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