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WikiLeaks décrété « menace pour l'armée » par le Pentagone

WikiLeaks décrété « menace pour l'armée » par le Pentagone

Le site publie des documents secrets envoyés par des sources qu'il protège avec soin, et a sorti de nombreux scoops.
Deux des responsables de Wikileaks lors de la conférence 26c3 en décembre 2009 (Andygee1/Flickr)

Les médias de qualité reçoivent de nombreux prix, mais seul l'un d'entre eux, WikiLeaks.org, peut se vanter d'avoir reçu celui de « menace pour l'armée américaine », délivré par le Pentagone. Certes, ce dernier, en qualifiant ainsi WikiLeaks, ne souhaitait pas particulièrement le complimenter. Mais ce sont bien les scoops de ce site d'un genre nouveau qui lui valent cette reconnaissance étonnante.

Ce service, lancé fin 2006 par des journalistes et des mathématiciens, est un site à but non lucratif qui propose aux internautes du monde entier de publier des documents intéressants pour leurs concitoyens -« Wiki » est une racine employée dans le jargon du net pour désigner les contenus issus d'un travail collobatif, et « leaks » signifie « fuite ».

Le serveur garantit l'anonymat des sources grâce à un système de cryptage sophistiqué.

Wikileaks a publié des documents du Pentagone

Fidèle à lui même, WikiLeaks a publié ce rapport de 32 pages (en PDF). Il est intitulé « Wikileaks.org- une référence online pour les services de renseignement étrangers, les rebelles, ou les groupes terroristes ? », et est issu du Centre de contre-espionnage de l'Armée.

Ses auteurs s'inquiètent du fait que des employés du Pentagone ou des agents infiltrés peuvent se servir de ce site pour divulguer des documents sensibles ou classifiés.

WikiLeaks a publié à plusieurs reprises des documents internes au département de la Défense américain, et notamment

  • le livre des procédures de Guantanamo, qui détaillait les contraintes subies par les prisonniers
  • des documents sur les équipement et les opérations de l'armée américaine en Irak et en Afghanistan en avril 2007

En trois ans d'existence, le site a publié de très nombreux documents de première importance. « Il a sorti en trois ans plus de scoops que le Washington Post en trente ans », a pu écrire le journal The National, une formule reprise à l'envi par les fondateurs du site.

Victime de son succès, le site manque d'argent

Plusieurs Etats (Chine, Corée du Nord, Thaïland…) ont tenté de bloquer le site, et de grandes entreprises l'ont poursuivi en justice, sans résultat jusque là.

WikiLeaks est surtout victime de son propre succès, ne parvenant pas à financer son développement.

Le site est financé par les donations d'organisations non-gouvernementales ou de particuliers. Il a besoin de 600 000 dollars par an pour fonctionner, mais ne parvient qu'à lever les deux tiers de cette somme. Il a failli fermer au début de cet année.

Dans une récente interview à la BBC, l'australien Julian Assange, un des cinq responsables de WikiLeaks, un blond d'un calme extrême (à gauche sur la photo ci-dessus), défend le projet :

« Pour la première fois dans l'histoire, nous avons une presse vraiment libre pour ce qui est de la publication de documents importants.

La question intéressante qui est aujourd'hui posée, c'est ce que seront les standards de la presse libre au XXIe siècle, alors que tous les médias basculent vers Internet.

Va-t-on vers un ensemble de bonnes lois, à travers le monde, pour protéger la liberté de la presse et donc la démocratie ? Où va-t-on vers un compromis entre différentes lois, dont celles de la Chine ? »

L'Islande, prochain paradis de la protection des sources ?

WikiLeaks dernier a jusque là réussi à déjouer toutes les attaques, mais avec le Pentagone, il va affronter un adversaire autrement plus sérieux. C'est en Islande que se prépare sa défense.

Sous l'impulsion de Julian Assange, une initiative a été lancée par des députés en vue de doter le pays des lois les plus protectrices possibles pour les journalistes. Le moment est propice : depuis la faillite financière de l'Islande, favorisée par l'opacité des pratiques bancaires, l'opinion est avide de changements radicaux et de transparence accrue.

Si l'initiative des députés aboutit, son impact pourrait être international : l'Islande deviendrait peut-être alors le havre de paix des journalistes d'investigation du monde entier.

Photo : deux des responsables de Wikileaks lors de la conférence 26c3 en décembre 2009 (Andygee1/Flickr)



20/03/2010

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