PerleDeDiamant

PerleDeDiamant

Un aller sans retour pour les SDF de New York

Un aller sans retour pour les SDF de New York

Par Marie Simon, publié le 10/08/2009 19:16

Deux SDF dorment encore sur les bancs de New York alors que la ville se réveille... Trouver des abris pour tous coûterait plus cher, d'après la mairie, que d'en "délocaliser" certains, en leur offrant un aller sans retour.

Mario Tama/Getty Images/AFP

Deux SDF dorment encore sur les bancs de New York alors que la ville se réveille... Trouver des abris pour tous coûterait plus cher, d'après la mairie, que d'en "délocaliser" certains, en leur offrant un aller sans retour.

C'est ce que leur "offre" le maire de Big Apple, Michael Bloomberg qui veut "économiser l'argent du contribuable". Quelque 550 familles new-yorkaises sans domicile fixe ont déjà été déplacées depuis le début du programme, en 2007.

Peu importe la distance. Peu importe le prix. Seul le but, affiché sans complexe, compte: délocaliser les SDF new-yorkais en leur "offrant" un billet d'avion sans retour. Seule exigence pour pouvoir prétendre à "bénéficier" de ce programme: prouver qu'un proche peut leur offrir, au moins temporairement, le gîte et le couvert...

Ensuite, ce sont les services de la ville qui prennent le relais afin de trouver les billets d'avion via l'agence Austin Travel pour les vols domestiques ou acheter les tickets de bus Greyhound pour les courtes distances, obtenir les visas ou encore payer les passeports s'il s'agit d'un voyage vers l'étranger, précise le New York Times

En chiffres

Le Department Homeless Service met en ligne presque quotidiennement des statistiques. Ainsi, le 6 août dernier, 35 580 personnes ont-elles bénéficié d'un abri, dont 15 083 enfants.

D'après les chiffres avancés sur le site, le nombre de SDF dans la rue ne bénéficiant d'aucun abri
aurait diminué de 47% entre 2005 et mars dernier, passant de 4395 à 2328.

Le programme a été mis en place en 2007, sans que les services de la mairie (Department of Homeless Services, DHS) le clament sur les toits. C'est un article publié par ce quotidien américain le 28 juillet dernier qui a permis de le mettre en évidence.

C'est ainsi que, depuis 2007, 550 familles new-yorkaises sans domicile fixe ont été catapultées "dans 24 Etats américains ou sur les cinq continents, le plus souvent à Porto Rico, en Floride, en Géorgie ou dans les Carolines", énumère le New York Times.

Un "nouveau départ" qui permet surtout à la mairie de faire des économies! Le DHS a fait un rapide calcul: ce programme coûte en moyenne 218 dollars par personne... plutôt que 36 000 dollars l'année pour trouver un abri à une famille de trois personnes. L'enveloppe globale de 500 000 dollars par an pour ce programme équivaut donc à ce que le DHS débourserait pour loger "seulement" 13 familles à New York. 

En campagne pour un troisième mandat municipal, le "roi de New York" milliardaire Michael Bloomberg ne s'en cache pas et insiste même sur les efforts faits pour "économiser l'argent du contribuable". 

 

Si la ville de New York se targue du fait que personne n'ait réclamé de billet retour, le président du groupe de défense des SDF Partnership for the Homeless estime qu'il ne s'agit là que de "rustines": "On délocalise le problème. Les gens qui étaient sur un lit dans un abri ici se retrouvent sur le sofa de leurs proches ailleurs. Mais ils restent sans toit", s'insurge-t-il dans les colonnes du New York Times.

On délocalise le problème. A New York ou ailleurs, ces gens restent sans toit!

Le "nouveau départ" vendu par le républicain Michael Bloomberg ne prend d'ailleurs pas en compte le fait que nombre de ces familles sans abri sont justement venues à New York dans l'espoir de fuir une situation inextricable...

Mais, face aux critiques, interrogé par CNN, Bloomberg ne décolle pas de l'aspect comptable de son programme, faute d'en savoir plus sur le sort des "bénéficiaires", semble-t-il: "Est-ce que l'on est en train de transférer le problème ailleurs? Je ne sais pas. Peut-être trouvent-ils un nouvel emploi quand ils arrivent dans un nouvel endroit, peut-être pas. C'est peut-être plus facile pour eux". Beaucoup de "peut-être"...

"Ce qui est sûr, ajoute-t-il, c'est que l'on a deux choix: faire ce programme, ou payer très cher, chaque jour, pour leur fournir un hébergement." L'administration Bloomberg a fait son choix. 



10/08/2009

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 3 autres membres