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Salivez, vous êtes fichés !

Salivez, vous êtes fichés !

Condamné il y a deux ans pour une broutille, Pascal a été obligé de se soumettre, à La Rochelle, à un prélèvement salivaire destiné à déterminer son empreinte génétique. Comme tout le monde. Témoignage

 Désormais, l'empreinte génétique des auteurs de 137 crimes et délits différents est systématiquement fichée.  photo AFP / eric Estrade

Désormais, l'empreinte génétique des auteurs de 137 crimes et délits différents est systématiquement fichée. photo AFP / eric EstradE

Pascal ne comprend pas. Il sait comme tout le monde que la justice manque de moyens, que la police est débordée. Et voilà qu'à 55 ans, alors qu'il n'a tué personne, violé personne, volé personne, il est convoqué au commissariat de La Rochelle pour tirer la langue à un officier de police judiciaire. « Prélèvement biologique », est-il écrit sur le courrier recommandé qu'il a reçu le 28 janvier, « suite à votre condamnation du 1er décembre 2008 ».

 

« Comme si les policiers n'avaient que ça à faire. Et puis ça coûte cher, ce fichage systématique ! »

Pascal se souvient avoir été jugé en correctionnelle pour une querelle de voisinage. Excédé par un voisin qui, dit-il, « m'a pourri la vie pendant quatre ans », et alors que personne ne prenait en compte ses plaintes répétées, il avait saisi un jour le vieux fusil de son père et tiré un coup de feu en l'air sous le nez de l'emmerdeur.

 

Mais il ne se rappelle pas avoir été condamné. « Le procureur n'avait rien requis contre moi, compte tenu des circonstances. Le juge m'a juste dit qu'il confisquait le fusil. Je n'ai jamais reçu de notification de jugement, seulement un avis à payer les 90 euros de frais fixes de procédure, ce que j'ai fait. »

 

1,5 million de Français fichés

 

Pascal sait qu'il a fait « une connerie ». Mais de là à être « traité comme un criminel », ça le révolte. Qu'il se rassure, il n'est pas le seul. Au 31 janvier 2010, dernier chiffre fourni par la Commission nationale informatique et libertés, le FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques) comptait très exactement 1 257 182 traces, contre moins de 3 000 il y a dix ans. Sachant qu'il s'enrichit chaque mois de plusieurs milliers de noms, on doit approcher aujourd'hui le million et demi.

 

De vrais méchants ? Des terroristes, des criminels, des violeurs multirécidivistes ? Non. Ou pas uniquement. Réservé à l'origine (1998) aux seuls crimes sexuels, le prélèvement d'ADN a été étendu en 2003 à 137 crimes et délits, soit les trois quarts du Code pénal. À l'exception notable de la délinquance financière.

 

Désormais, dans les armoires du FNAEG, le tueur en série côtoie le voleur de poules, le pédophile le militant syndical, l'auteur d'attentats le faucheur d'OGM... C'est Monsieur Tout le monde (et plus rarement Madame) qui est désormais visé par ce fichage de masse dénoncé par les défenseurs des droits de l'homme. Les traces sont conservées quarante ans pour une personne condamnée, vingt-cinq ans pour un « mis en cause », selon la terminologie judiciaire. Car il n'est pas nécessaire de passer par la case tribunal pour saliver. Être impliqué dans une procédure peut suffire. Les « mis en cause » représentent d'ailleurs 75 % du FNAEG.

 

Et Hortefeux ?

 

Pascal n'est pas un rebelle. Jeudi dernier, il s'est rendu gentiment au commissariat. « Ils ont été très sympathiques. Ca n'a pas duré plus de cinq minutes. Ils m'ont montré la pile des prélèvements qu'ils avaient à faire, il y en avait des centaines. "Tout le monde y passe maintenant", m'a dit l'un. Même Hortefeux, j'ai demandé ? Non, les injures raciales ne sont pas concernées. Et puis sa condamnation n'est pas définitive. »

 

Pascal n'a rien contre la police. « J'ai même fait partie de la maison pendant cinq ans. Ils font le boulot qu'on leur demande, même si ça ne les enchante pas. »

Ce qu'il veut dénoncer, c'est « cette insupportable façon de ficher les gens » et « le gâchis insensé d'argent public que cela représente ».

Dernière précision : refuser un prélèvement biologique est un délit passible d'un an d'emprisonnement et/ou d'une amende de 15 000 euros.

La Rochelle · Charente-Maritime · justice · Faits divers


07/03/2011

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