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Saïd Bourarach : Un silence assourdissant !

Saïd Bourarach : Un silence assourdissant !

mardi 13 avril 2010 - par l'Union Juive Française pour la Paix

Voici bientôt deux semaines que Said Bourarach a été passé à tabac et noyé dans le canal de l'Ourcq. Les six personnes arrêtées (deux ont été relâchées en fin de garde à vue) se sont présentées comme juives, un passeport israélien a été trouvé sur les lieux du crime. Il semble difficile d'exclure toute idée de guet-apens à caractère criminel et raciste. D'ailleurs tous les prévenus ont affirmé pour se défendre que la victime avait proféré des propos antisémites, situant d'emblée sur le terrain du racisme communautaire ce qui venait de se passer.

Certes il faut considérer que la police fait son travail et que l'enquête est en cours. On pourrait même accepter la prudence et la discrétion sur une affaire « sensible », cependant l'absence totale de communication et d'information à tous les niveaux, médias, police, préfecture , justice, ne peut que nous interpeller alors que se posent d'aussi graves questions.

En effet sur le fond d'exclusion, de suspicion permanente, de racisme quotidien encouragé par des propos insultants tenus par des ministres, de bavures policières meurtrières, de soi disant débat sur l'identité nationale chargé d'envenimer l'espace public, dans un tel contexte ne pas interroger la nature raciste du meurtre, imposer un bâillon sur les questions légitimes qui se posent ne peut qu'éveiller la suspicion. Que personne, du plus haut niveau de l'Etat, de la justice, de la préfecture, de la police, de la municipalité, ne juge important de préciser publiquement que toute la lumière sera faite sur tous les aspects de cette affaire, que s'il y a eu acte raciste il sera puni de façon exemplaire, ni même d'exprimer sa simple sympathie avec la famille de la victime, constitue une véritable provocation.

De plus force est de constater que tous les précédents dont les victimes étaient juives, ont par contre suscité d'immédiates et nombreuses réactions de toute la classe politique, avec un relai médiatique extraordinaire. Chacun se souvient de la ruée générale sur les micros pour des affaires à apparences criminelles et racistes antijuives, avant même d'avoir pu vérifier le moindre fond, ou attendu le début d'une enquête, comme dans la triste affaire du RER ou de l'incendie du foyer social juif, pour assurer la communauté juive du total soutien et de la totale sympathie de la République, et promettre des sanctions exemplaires.

Ce traitement politique et médiatique si différencié selon les appartenances, ne peut qu'encourager les réactions communautaires qu'il prétend combattre, envenimer un profond sentiment d'injustice de « deux poids deux mesures » s'agissant de juifs ou d'arabes, et est de nature à allumer le feu. Il ne peut que cultiver un sentiment de frustration et de colère chez ceux qui sont toujours les présumés coupables, de racisme, de communautarisme, de violence sociale dont ils sont en réalité les principales victimes. Et si la colère devait exploser, serait-il alors opportun de hurler au banditisme, et au racisme ...arabe ?

L'ujfp tient à manifester à nouveau sa plus profonde sympathie à la famille de Saïd Bourarach, et se tiendra aux côtés de tous ceux qui exigent la vérité et la justice sur Said, de tous ceux pour qui l'égalité et la justice sont le seul garant possible du vivre ensemble.

13.04.2010

« On s’en fout que les meurtriers de Saïd soient juifs, ce qu’on veut, c’est la justice »

Vendredi 09/04/2010 - Posté par Inès El laboudy - Bondyblog

Yasmine, une cousine du vigile retrouvé mort le 31 mars dans le canal de l’Ourcq, à Bobigny, après une altercation avec des jeunes gens de confession juive, ne croit pas à un homicide involontaire et dénonce les tentatives de récupération de ce drame.

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Mardi 30 mars, une altercation a eu lieu à l’entrée du magasin de bricolage Batkor, à Bobigny. Aux alentours de 19h15, un homme souhaite entrer dans le magasin mais Saïd Bourarach, vigile maître-chien de 35 ans lui en refuse l’accès car le magasin est sur le point de fermer ses portes. L’homme commence à se montrer violent et se dispute fortement avec le vigile, jusqu’à en venir aux mains. Saïd utilise sa bombe lacrymogène pour se défendre. L’homme retourne à son véhicule où l’attend son amie et en revient torse-nu, un cric à la main, après avoir téléphoné à trois hommes, a priori de sa famille pour leur demander de le rejoindre.

« On va revenir tout casser », aurait-il dit au vigile, assure Mouloud, la quarantaine, un employé du magasin de bricolage ayant assisté à la scène. Les trois connaissances de l’homme violent arrivent. Le vigile, retourné entre-temps dans le magasin pour se protéger, en ressort rapidement pour défendre sa chienne sur qui les quatre hommes jettent une pierre. Les coups pleuvent et une course-poursuite s’ensuit jusque derrière le magasin.

Les quatre agresseurs, âgés de 18 à 26 ans (l'amie et un sixième homme ont été relâchés par la police), ont dit après leur interpellation : « Nous avons reçu des insultes antisémites, voilà pourquoi nous en sommes arrivés aux mains, nous ne l’avons pas poussé dans le canal, il a voulu se sauver et a sauté dedans pour ressortir de l’autre côté. » Aucun témoin de l’altercation verbale ne confirme que le vigile a proféré des insultes antisémites. Mercredi 31 mars vers 16 heures, le corps de Saïd Bourarach est retrouvé sans vie dans le Canal de l’Ourcq, situé derrière le magasin. Sa chienne était au bord du Canal. Apparemment, il n’y a pas eu de témoin oculaire de la scène.

Pourtant, ceux qui empruntent la Nationale 3 en direction de la Porte de Pantin attesteront que le trottoir de ce magasin est occupé du matin au soir par des hommes en général sans papiers, proposant leurs services à des clients potentiels. Les personnes interpellées venaient de Pantin, toute proche du magasin de bricolage, une ville où réside une importante communauté juive, la confession des agresseurs du vigile retrouvé mort.

Beaucoup, dans les forums de discussion sur Internet ou dans les propos que j’ai recueillis, réfutent la thèse des « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Ils croient à un homicide. Une chose les intrigue, les choque : la faible médiatisation de ce drame. « Pourquoi un homicide commis par des personnes de confessions juive est-il passé à la trappe alors que lorsqu'un Français de souche, non juif, tue un Arabe, on crie au crime raciste ? » s’étonne ainsi Bernard, un entrepreneur parisien âgé d’une cinquantaine d’années. Cette affaire a eu peu d’écho dans les infos à la télévision.

Lundi 5 avril était organisée par la famille une marche silencieuse en hommage à Saïd, mort lors dans l’exercice de ses fonctions. Je me suis entretenue par téléphone avec Yasmine, cousine du défunt. « Ma famille et moi voulons que justice soit faite, dit-elle avec détermination. Que la vérité sorte. Qu’on nous dise les vrais résultats de l’autopsie car nous n’acceptons pas que la noyade soit la seule cause de sa mort. »

Yasmine dit regretter que lors de la de la manifestation de lundi, « un groupe pro-palestinien se soit servi de cette mort et de cette marche pour se mettre en avant : le collectif du Cheikh Yacine. Je vous le dis clairement : que les agresseurs soient juifs, chrétiens, musulmans ou même bouddhistes, on s’en fout ! Tout ce que l’on veut, c’est un jugement normal. Ils ont tué un homme qui faisait son boulot, mais où on va là ? Ça commence comme ça et ça ne s’arrêtera pas. Tout le monde tue tout le monde alors. C’est vraiment inadmissible ! »

Ce drame a fait ressortir de sa boîte le conflit israélo-palestinien et, dans le contexte parfois tendu des relations judéo-musulmanes en France, certains comparent la mort du vigile à celle, en 2006, d’Ilan Halimi, ce jeune juif assassiné au terme d’une longue séquestration. Dans l’un des nombreux sms qui circulent à propos de cette affaire, on peut lire ceci : « Said Bouarach, vigile marocain et père de 2 enfants, à 35 ans, TUÉ SAUVAGEMENT le 30/03/2010 à Bobigny par 6 jeunes JUIFS parce qu’il a refusé de les laisser entrer dans le magasin lors de sa fermeture ! Ils l’ont frappé puis jeté dans le canal ! MOBILISONS-NOUS pour notre frère musulman comme ils se sont mobilisés pour Ilan. Parlez-en autour de vous. Il ne faut pas que ça tombe aux oubliettes. Multipliez vos invocations car ils comptent sur les médias, la politique pour prendre le dessus, or nous, nous comptons sur ALLAH ! »

Les agresseurs affirment que le vigile leur a tenu des propos antisémites. La cousine du défunt confie : « Je connais Saïd comme ma poche, on a grandi ensemble et je sais que jamais il n’aurait tenu des propos racistes envers des juifs ! La preuve, il était marocain musulman et sa femme française est non musulmane ! Ils ont même un fils qui a trois ans. Jamais de sa vie il n’a eu de la haine ou quoi que ce soit envers un juif. Je veux que ces meurtriers disent la vérité car la mort par noyade et ces soi-disant insultes, on n’y croit pas. »

« Nous nous battrons jusqu’à ce que la vérité ressorte, avertit Yasmine. Mon oncle a pris le dossier en main et on ne lâchera pas l’affaire. Vous imaginez, le corps a été jeté à l’eau mardi à 20 heures et on ne l’a repêché que le lendemain à 16 heures... C’est énorme. Et je le redis, nous, la famille, on s’en fout que ses meurtriers soient juifs ou non. Je ne veux pas que ces jeunes prennent cinq ans pour homicide involontaire et ressortent au bout de deux ans et demi, et reprennent le cours de leur vie comme si rien ne s’était passé... »

La cousine de Saïd Bourarach tient un groupe sur Facebook où chacun transmet ses condoléances à la famille. Samedi 10 avril, une nouvelle marche est organisée par l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM 93). Une grande partie de la famille du défunt y participera.

 



13/04/2010

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