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«Qu'est-ce qu'ils attendent ? Que des enfants meurent, c'est ça ?»

Dans la catégorie "Les pauvres peuvent crever"...

«Qu'est-ce qu'ils attendent ? Que des enfants meurent, c'est ça ?»

REPORTAGE

Les salariés du Samu social de Paris manifestaient mardi à Paris pour réclamer plus de places dans les hébergements d'urgence.

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Marie PIQUEMAL

Square Boucicaut, ce mardi 2 août. (M.P)

Square Boucicaut, ce mardi 2 août. (M.P)

 

Elle ne sait pas s'y elle tiendra encore longtemps. Clémence, 24 ans, est une toute jeune recrue du Samu social de Paris. Assistante sociale, elle fait partie des équipes mobiles qui sillonnent la capitale toutes les nuits pour venir en aide aux sans-abri. Avec une brochette de collègues, elle participait ce mardi à la manifestation des travailleurs de l'urgence sociale pour réclamer plus de lits dans les centres d'hébergement d'urgence. En France, les salariés du 115, le numéro d'urgence du Samu social, s'étaient mis en grève dans une trentaine de départements.

 

«On travaille avec rien. Le soir, à 22 heures, je n'ai plus une seule place à proposer pour la nuit. On va quand même à la rencontre des gens, en sachant très bien qu'ils vont rester dehors, faute de place», raconte-t-elle, la voix fatiguée d'avoir crié. «Le pire, c'est pour les femmes. Je n'ai que dix lits à proposer chaque soir. Elles sont une quarantaine à rester dehors, toutes seules, exposées à tous les dangers. Mon métier, c'est de permettre aux personnes d'accéder à leurs droits. Pas de les savoir en danger de mort sans pouvoir rien faire !»

 

Ils n'étaient pas très nombreux ce mardi midi au square Boucicaut, dans le 7e arrondissement à Paris. 150 tout au plus. Avec en renfort, Jean-Marc Ayrault du collectif Droit au logement (DAL) qui vient en aide aux mal-logés : «Qu'est-ce que c'est que cette société qui n'applique pas les lois élémentaires?», crie-t-il dans un micro qui fonctionne mal. «On va continuer la mobilisation en attendant qu'Apparu (le secrétaire d'Etat au logement, NDLR) veuille bien rentrer de vacances.»

 

Après la démission de Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social de Paris, il y a quinze jours, Benoist Apparu voulant répondre au malaise, a promis de remplacer «d'ici la fin de l'année» 4500 nuitées d'hôtel (hébergement d'urgence) par autant de logements «durables» (type HLM). Raté. «Complètement débile, il n'a rien compris, lâche une manifestante. Pourquoi opposer hébergement d'urgence et logements sociaux ? On a besoin des deux. L'un ne va pas sans l'autre. Il faut d'abord des lits pour ne pas laisser les gens dans la rue le soir, puis des vrais appartements où les reloger dans un deuxième temps.»

 

La démission de Xavier Emmanuelli les a tous secoués. Clémence résume l'état d'esprit: «Ok, Emmanuelli ne cautionnait pas le système et donc démissionne. Mais nous, qu'est-ce qu'on fait ? On démissionne aussi ?»

A côté des travailleurs en pause déjeuner dans le parc, on croise quelques pancartes bricolées sur des bouts de cartons ou morceaux de tissus. En vrac : «Sarkozy, où sont tes promesses de 2007 ?» «La pauvreté n'est pas un délit. Laisser des gens à la rue est un crime.» «Urgence sociale, besoin vital». Derrière «Maman, où on dort ce soir ?», Raphaèle travaille dans un centre d'accueil de jour pour les femmes en détresse en Seine-Saint-Denis. «Elles viennent se réfugier chez nous pendant la journée pour se mettre à l'abri. On essaie de les aider dans leurs démarches pour trouver un logement. Mais chaque soir, à 17 heures, quand on ferme, elles sont à nouveau dehors, à essayer désespérement de joindre le 115 pour avoir un lit pour la nuit. Alors, oui, on est solidaire avec nos confrères du Samu social.»

 

--> A écouter: «vous avez composé le 115, ne raccrochez pas»

Sur un banc, une dame, mère de trois enfants. Elle vit dans un 30 mètres carré insalubre dans le XXe arrondissement, avec «des cafards partout» et «un enfant atteint de saturnisme». Elle réclame depuis huit ans un logement social, accumule les certificats médicaux attestant l'urgence d'un relogement, enchaîne les procédures, et toujours rien. «“C'est ça ou la rue”, me dit-on. Qu'est-ce qu'ils attendent ? Que des enfants, le mien ou un autre, meurent pour faire quelque chose, c'est ça ?»

 

--> A lire aussi: la lettre ouverte de la coordination nationale des professionnels de l'urgence: «{Monsieur le président, vous aviez dit zéro SDF...»

 



02/08/2011

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