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POLITIQUE PÉTROLIÈRE : Où sont les arbres cinquantenaires ?

Nigeria: 50 ans d'indépendance
POLITIQUE PÉTROLIÈRE : Où sont les arbres cinquantenaires ?

 

   
Nnimmo Bassey

Traduit par  Isabelle Rousselot
Edité par  Fausto Giudice

 

Les arbres sont les poumons de la terre ; on peut donc

supposer que le Nigeria, qui connaît une forte déforestation,

cherche littéralement son souffle par manque d'oxygène.

On sait pourtant depuis longtemps que les forêts tropicales

du Nigeria se sont réduites à moins de 10 % de leur taille

en 50 ans.

Ce qui reste de nos forêts est menacé et de nombreuses régions sont

dégradées et converties pour d'autres usages. Ce phénomène n'est pas limité

 au Nigeria. Globalement, les Nations Unies présument que 13 millions

d'hectares de surfaces forestières ont été convertis chaque année pendant

ces dix dernières années et la plupart, dit-on, pour l'agriculture.

 

Dans des lieux comme l'Amazonie, la plupart des conversions ont été faites
pour des fermes de monoculture où les cultures comme celle du soja sont
pratiquées pour l'alimentation animale et d'autres utilisations industrielles.
En Asie du Sud-Est, la menace vient de la conversion de la forêt en
plantations de palmiers à huile pour la production finale de carburants pour machines. D'ailleurs, la consommation de la terre et les palmiers à huile extrêmement envahissants, font grimacer l'auteur de ces lignes à chaque
fois que des amis latinos veulent à tout prix appeler l'arbre, le “palmier
africano” ou “palmier africain”. Une culture, originaire d'Afrique, qui a été
introduite dans des environnements où les habitants perçoivent son arrivée
avec de grandes inquiétudes et parfois de la colère.
 
Au Nigeria, nos forêts sont menacées par l'abattage pour l'exportation et la conversion en plantations. Certains disent que nous exportons des rondins
que nous importons à nouveau au Nigeria sous forme de parquets, de
mobiliers ou même de cure-dents. Comme l'a noté The Economist dans une publication récente, “L'abattage des forêts enrichit peut-être ceux qui le font
 mais sur le long terme, il épuise la planète toute entière.”
 
Il y avait une célèbre entreprise de déboisement qui était connue pour
abattre les arbres en dehors de sa zone de concession dans la forêt d’Omo.
À chaque fois qu'on les trouvait en dehors de leur zone, les exploitants de
cette compagnie prétextaient qu'ils s'étaient perdus dans la forêt. Chose
curieuse, ils s'égaraient toujours “innocemment” dans les zones où se
trouvaient les plus gros arbres.
 
L'invention des compagnies pour se soustraire à leur responsabilité a
peut-être atteint son apogée dans la forêt de Cross River où ils se sont
installés après avoir trouvé la forêt d’Omo trop chaude pour y rester.
Quand les gens de la communauté de Cross River commencèrent à se
plaindre des activités de la compagnie, celle-ci recruta un groupe de la
communauté qui leur était favorable et qui organisa même une
 manifestation où on pouvait lire sur des pancartes :
“Nous voulons des usines, pas des  singes.”
Cette compagnie a finalement été virée de la forêt par le
gouvernement de l'État.
 
Quant à ceux qui transforment les forêts en plantations d’hévéa ?
Des tronçons de la forêt d'Okomu ainsi que de la forêt à proximité
d'Iguobazuwa se sont trouvés à la merci des filiales nigérianes d'une
multinationale française de pneus qui convertissaient les forêts en
plantations d’hévéa. Certaines personnes ont même été jusqu'à dire que
les plantations sont comme les forêts et qu'elles fournissent les mêmes
services. La vérité est que les plantations sont loin d'être des forêts.
Même la FAO (l'Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture des Nations
 Unies) dit le contraire. A un niveau très basique, un arbre ne peut pas
faire une forêt même si vous plantez un million de bosquets de cet arbre. L'augmentation des plantations en monoculture a vu une utilisation énorme
 de substances agrochimiques, y compris de pesticides qui mangent le cœur
même de l'écologie d'une forêt.
 
Les plantations n'ont pas la même sorte de couverture terrestre et de
sous-bois que les forêts et ne peuvent pas absorber autant de carbone que
les forêts. Les plantations ne fournissent pas de végétations, d'herbes
médicinales ni d'autres moyens de subsistances aux communautés. Elles
n'offrent pas non plus les services essentiels de protection de la ligne de
partage des eaux comme le font les forêts. Sans mentionner non plus
qu'on ne trouve pas de viandes de brousse dans les plantations.
 
Il est temps de poser des questions
 
Alors que le Nigeria célèbre ses 50 ans d’indépendance politique, il est
approprié de se demander si nous pouvons facilement trouver des arbres cinquantenaires encore debout, où que ce soit à l’intérieur de nos frontières.
 On pourrait probablement en trouver dans les forêts gérées de façon communautaire ; particulièrement dans celles désignées comme sacrées
ou même comme maléfiques.
 
La perte massive de nos forêts devrait nous inquiéter sérieusement alors
que nous trinquons pour les célébrations, auxquelles de nombreux Nigériens
 sont incapables de s’identifier à cause du bilan  négatif et aliénant que nous
 avons eznregistré dans divers secteurs, y compris environnemental.
 
Alors que nous célébrons 50 ans d'indépendance politique, nous ferions bien
 de repenser aux nombreuses marées noires qui ont inondé le Delta du
Niger durant la même période. Pour ce cinquantenaire, nous devrions nous
demander pourquoi la moitié de la population de l'État de Jigawa a du être
déplacée par les inondations et pourquoi les niveaux des eaux des barrages
dans les parties nord de notre pays ne sont pas gérés correctement.
 
Pour ce cinquantenaire, nous devrions peut-être mettre des guirlandes aux
cous des multinationales pétrolières qui ont brûlé du gaz, de façon régulière,
 sur les champs pétrolifères pendant toute cette période sans se soucier que
 nous soyons quotidiennement affectés et tués par le cocktail toxique qu'ils
crachent dans l'environnement.
 
Alors que nous célébrons 50 ans d'indépendance politique, nous devrions
examiner comment tous nos indices de développement humain ont chuté.
C'est un bon moment pour faire une pause et se demander si 50 ans ne
sont pas suffisants pour que le Nigeria et les autres pays africains qui
célèbrent leur indépendance, fassent une pause et se demandent quand
surviendra leur véritable indépendance socio-économique.
 
Alors que nous célébrons 50 ans d'indépendance, c'est le bon moment pour
se demander quels sont les programmes écologiques de ceux qui souhaitent
concourir pour la présidence et d'autres postes d'importance au Nigeria. L'environnement est notre vie et nous ne pouvons pas nous permettre
d'avoir des députés et autres dirigeants politiques qui ne se soucient
d'écologie que pour engloutir les fonds écologiques et les utiliser pour
financer leurs campagnes électorales.
 
Ce devrait être un bon moment pour chercher un arbre cinquantenaire s'il
peut être trouvé, s'asseoir sur ses racines et réfléchir. Si nous ne pouvons
pas trouver d'arbre de cet âge, alors nous devons trouver le premier jeune
arbre venu et promettre de le laisser grandir jusqu'à ce qu'il atteigne au
moins 50 ans.

 





Merci à Next
Source: http://234next.com/csp/cms/sites/Next/Money/Business/5624652-147/oil_politics_where_are_the_50-year-old.csp
Date de parution de l'article original: 30/09/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2161


01/11/2010

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