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Pise : l’agrandissement de l’aéroport (militaire).

Pise : l’agrandissement de l’aéroport (militaire). Un Hub de la guerre ?
Le maire : un « honneur »...


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Le 13 aout 2010

Le fait que Pise soit en train de devenir le « point de référence pour toutes les forces armées » envoyées en missions internationales « ne peut être qu’un honneur pour notre ville » : c’est ce qu’a déclaré le maire Marco Filippeschi (Pd, « Parti démocratique de centre-gauche ») en officialisant l’enthousiaste appui de son administration au projet du Hub aéroportuaire en mesure de faire transiter jusqu’à 30.000 militaires par mois, parfaitement équipés (il manifesto, 4 août 2010).

Le projet, dont Filippeschi était certainement informé, a été formalisé par l’Etat-major de la défense en avril, mais rendu public seulement en août, sans que la population de la ville ait été le moins du monde consultée. Comme l’explique le Général Stefano Fort, commandant de la 46ème Brigade aérienne, l’état-major a décidé que tous les contingents militaires « déployés hors zone » transitent  par Pise, parce que son aéroport, ancienne base des avions de transport C-130J, est parfaitement relié au réseau autoroutier, ferroviaire et maritime. Avec la réalisation du Hub national, l’aéroport de Pise deviendra le premier aéroport militaire doté de check in et check out, transit de bagages et autres services analogues aux aéroports civils. Il jouera dans le domaine militaire une fonction analogue à celle de Fiumicino (grand aéroport de Rome, NdT) comme hub civil.

  Nous sommes face à un nouveau type de militarisation du territoire, fondé non seulement sur l’agrandissement des structures militaires mais sur leur intégration avec les structures civiles.  A Pise, ceci se traduit dans ce que le maire vante comme une exemplaire « cohabitation de la base militaire et de l’escale civile ».  L’aéroport, dont la gestion d’ensemble est militaire, est défini par la Sat (Società aeroporto toscano S. p. A.) comme « un cas unique dans le panorama des escales italiennes », parce qu’on y conduit des activités aussi bien militaires que civiles. En conséquence, les investissements « civils » effectués par la Sat, comme celui de 16 millions d’euros annoncé en juin dernier pour la requalification du système de pistes, potentialisent en même temps la capacité militaire de l’aéroport.

Un autre protagoniste en tire profit : la base états-unienne limitrophe de Camp Darby, qui pourra encore plus utiliser l’aéroport de Pise, outre le port de Livourne. La capacité du Hub sera surabondante par rapport aux exigences nationales (on pourra y faire transiter chaque mois un nombre de militaires égal au triple de ceux que l’Italie a déployés à l’étranger) : il pourra donc être utilisé par les forces armées états-uniennes. De plus : la base pisane, a déclaré le général Fort, aura aussi « des attributions de stockage pour un temps prolongé de matériaux qui devront être employés hors de la zone ». En d’autres termes, ce sera une sorte de succursale de Camp Darby, qui approvisionne en bombes et autres matériaux les forces terrestres et aériennes de l’aire méditerranéenne, africaine et moyen-orientale.

Le commandement de Camp Darby aussi, avec le soutien de la Région Toscana et des administrations de Pise et Livourne, conduit depuis longtemps une politique visant à intégrer la base militaire dans le tissu civil du territoire, en se rendant agréable à la population. Le chef d’œuvre a été l’accord, conclu en juin dernier, qui permet à l’équipe (de foot, NdT) de Pise de s’entraîner à l’intérieur de Camp Darby, où elle a à sa disposition deux terrains de foot et autres équipements.

On fait de même en ce moment pour convaincre la population de l’utilité du Hub militaire. Le maire parle d’ « intéressantes retombées sur l’emploi » d’un projet qui prévoit des investissements pour 60 millions d’euros (probablement la pointe de l’iceberg de la dépense réelle, à quoi s’ajoutera celle de gestion). Il ne dit rien par contre des graves retombées environnementales, sociales et culturelles d’une structure en mesure d’accueillir 30.000 militaires par mois dans une ville qui a moins de 90.000 habitants.

L’Unità (quotidien de « gauche ») lui donne un coup de main, en annonçant avec satisfaction le redoublement de l’escale militaire, qu’elle définit comme « une citadelle des cieux ». Le Ministère de la santé, pendant ce temps, récompense la 46ème Brigade aéroportée « pour ses interventions humanitaires », en la présentant comme une sorte de Croix Rouge, et lui confère pour cela (lapsus freudien ?) la « Bandiera di guerra » (Drapeau de guerre, NdT).

 

Edition de jeudi 12 août de il manifesto :
http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20100812/pagina/05/pezzo/284566/

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



13/08/2010

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