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OTAN : Nos avions ont effectué 10.500 missions sur la Libye dont la moitié environ de bombardement

Robert Gates


L’OTAN, critique Gates, fonctionne à deux vitesses : d’un côté il y a les alliés qui ont la volonté et la capacité  de payer le prix et de tenir des engagements (parmi lesquels, même s’il ne la nomme pas, se trouve l’Italie), de l’autre ceux qui profitent des bénéfices de leur appartenance à l’OTAN mais ne veulent pas partager les risques et les coûts. Certains, même,  veulent que ce soit les contribuables étasuniens qui endossent la charge croissante provoquée pour la sécurité de l’Alliance par la réduction des budgets européens de la défense.  Faible aussi l’engagement des alliés en Afghanistan, où, en plus, ceux-ci imposent des restrictions à l’utilisation de leurs propres forces.

 

Et, malgré la décision de l’OTAN d’assumer le commandement de la guerre aérienne en Libye, l’alliance est à cours de bombes après 11 semaines seulement de bombardements. Toute l’opération échouerait s’il n’y avait un gros soutien continu des Etats-Unis, qui fournissent aux alliés les armes pour les attaques aériennes (bombes et missiles), ceux-ci n’ayant pas fait les investissements requis pour avoir les armes nécessaires dans des opérations guerrières prolongées. La guerre en cours en Libye, souligne Gates,  prouve que l’alliance est désespérément à court d’avions de reconnaissance et pour l’approvisionnement en vol des chasseurs-bombardiers.

 

Le problème principal est le manque d’investissements militaires adéquats dans trop de pays de l’OTAN. Ces pays doivent donc potentialiser leur capacité de combat, en termes de ressources financières, d’entraînement et de logistique. Au Congrès et dans le monde politique étasuniens on assiste de fait à une diminution de l’envie et de la patience de dépenser toujours plus de fonds précieux pour le compte de nations qui ne semblent pas disposées à consacrer les ressources nécessaires ou à faire les changements qui s’imposent pour être des partenaires sérieux et compétents dans la défense.

 

 

Sur le ton du caporal hurlant sur ses recrues, le chef du Pentagone engueule les alliés, en les rappelant à la discipline. Il leur ordonne d’avoir plus d’engagement dans les guerres et de plus dépenser dans le domaine militaire, sans dire que toutes les guerres de l’après-guerre froide (les deux contre l’Irak, celles contre la Yougoslavie, l’Afghanistan et la Libye) ont été voulues et dirigées par Washington pour ses propres intérêts, et sans dire que la dépense militaire de l’OTAN atteint les deux tiers de la dépense mondiale. 

 

  

 

Nous sommes avertis : les 25 milliards d’euros annuelsque l’Italie dépense dans le militaire ne suffisent pas[1]. Il en faut davantage pour que l’Italie puisse rester parmi ceux dont le Pentagone fait la promotion.

 

 

Edition de samedi 11 juin de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110611/manip2pg/08/manip2pz/304756/


Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 

[1] La France, d’après http://fr.wikipedia.org/wiki/Budget_de_la_D%C3%A9fense , était en 2010 au 4ème rang mondial des dépenses annuelles de défense (59,3 milliards de dollars).

 

 

 

 




 
La nouvelle conquête coloniale de la Libye
 

par Manlio Dinucci
Le 10 juin 2011



Le ministre italien des affaires étrangères Frattini, avec le gouvernement émirati, a coprésidé orgueilleusement le 9 juin, à Abu Dhabi, la troisième réunion du Groupe de contact sur la Libye. L’Italie donc, comme dit le président de la république Napolitano, joue « son rôle pour qu’avance dans le monde la cause de la paix, des droits humains et de la démocratie ». Les Emirats arabes unis -monarchie absolue dans laquelle la représentation démocratique n’existe pas- ont envoyé récemment des troupes au Bahrein pour écraser dans le sang la demande populaire de démocratie, et ils sont en train de préparer, avec la compagnie militaire privée Xe Services (ex-Blackwater), une armée secrète de mercenaires à employer aussi dans d’autres pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord.  C’est sur cette solide base démocratique qu’on prépare la « phase post conflit » en Libye.

Tandis que l’OTAN démolit systématiquement les bases matérielles de l’Etat libyen, en larguant des milliers de bombes sur Tripoli et d’autres localités, le Groupe de contact soutient avec des millions de dollars et euros le Cnt de Benghazi. Celui-ci, représentant une partie minoritaire de la population, n’arrive pas à gagner du terrain même si l’OTAN entraîne et arme ses troupes et lui ouvre la voie avec des bombardements. A Abu Dhabi, il a été décidé d’adopter le « modèle italien » dans la fourniture des « aides » au Cnt. L’Italie, qui a joué les « ouvreurs », fournira au Cnt des fonds d’une valeur de 300-400 millions d’euros en cash et en crédit disponible, et 150 autres millions en carburant (voir appendice pour la version française, NdT). Les fonds seront « garantis par les biens congelés en Italie et par le pétrole extrait et raffiné dans l’avenir par le nouveau gouvernement libyen ». De cette manière les principaux pays du Groupe de contact (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, monarchies du Golfe) posent une lourde hypothèque sur l’avenir de la Libye. Si un gouvernement obséquieux était installé, ces pays auraient en main l’économie du pays, en gérant les fonds souverains libyens congelés et en contrôlant la production et l’exportation du pétrole.

Pendant ce temps, comme garantie pour l’avenir, Washington a placé la gestion des finances et du pétrole du Cnt dans les mains de son homme de confiance, Ali A. Tarhouni, enseignant à l’université de Washington. Les résultats ne se sont pas faits attendre : le premier contrat pour l’exportation de pétrole libyen, de 1,2 millions de barils, le Cnt l’a conclu avec une compagnie étasunienne : Tesoro. Et, alors que Tarhouni annonce que le Cnt produira rapidement 100 mille barils de pétrole par jour, le Département d’Etat annonce « le soutien américain (étasunien, NdT) pour des ventes ultérieures de pétrole par le Cnt ». Le gouvernement italien, qui a servi d’ouvreur, ne veut cependant pas être de reste. Il appuie donc aussi le Cnt avec « une assistance humanitaire et de coopération au développement » pour un montant de plusieurs millions d’euros. Un de ses projets les plus significatifs, géré par l’Istituto agronomico delle l’oltremare (Institut agronomique de l’outremer) prévoit l’ « amélioration du palmier dattier de l’oasis d’Al Jufra ». Fierté de l’Italie : alors qu’elle largue sur la Libye des bombes d’une tonne à l’uranium appauvri, elle rend plus douces les dattes libyennes.

 

Edition de vendredi 10 juin 2011 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20110610/manip2pg/08/manip2pz/304686/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

 


 

Appendice pour la version française (NdT) : Dépêche Reuters et AFP du 09/06/2011 | Mise à jour : 16:25

 « Juppé: 290 M€ pour les rebelles libyens »

La France est prête à débloquer une aide de 290 millions d'euros aux rebelles libyens du Conseil national de transition (CNT), a annoncé le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, lors de la réunion du groupe de contact sur la Libye à Abou Dhabi.

Plus tôt dans la journée, Abdel Hafidh Ghoga, vice-président du Conseil national de transition, avait déclaré que le fonds international d'aide aux rebelles libyens était  désormais "opérationnel".

 



12/06/2011

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