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Où va le monde musulman ?

Où va le monde musulman ?

Par Mustapha Cherif

 

Après une décennie du nouveau siècle, il est temps de se poser des questions sur l’avenir. De nombreux observateurs à travers le monde se posent la question : où va le monde musulman, composé de 57 pays et plus d’un milliard et demi de musulmans présents aux quatre coins de la planète? Ce monde hétérogène qui s’étend sur trois continents, semble prendre la figure du dissident face à l’Occident, dont il est proche, et échappe aux grilles de lectures classiques.

 

Les préjugés à son égard sont tenaces, alors que l’Occident classique a été judéo-islamo-chrétien et gréco-arabe. Les citoyens occidentaux de confession musulmane sont des ponts et des traits d’union pour le vivre ensemble qu’il faut valoriser. Des intellectuels occidentaux continuent pathologiquement et arbitrairement à faire croire que « la guerre » est à l’origine de l’irruption de l’islam dans l’histoire et que la violence lui est consubstantielle. La propagande cherche à faire croire que les éléments incompatibles avec le progrès lui sont enracinés. Ces contre vérités nuisent aux bonnes relations. Le Maghreb est la région pont, trait d’union entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest, la plus apte à apaiser les relations internationales.

 

Accepter la critique

 

Le monde musulman apparait comme le sous développé politique et en même temps celui qui porte en lui une autre version de l’humain ; selon les musulmans, vivante équilibrée et résistante. Héritier d’une civilisation lumineuse, témoin d’une spiritualité vivace, il est traversé par, d’une part, l’immobilisme et des courants rétrogrades et, d’autre part, par des mouvements de la dilution et la dépersonnalisation fascinés par l’occidentalisation. Aucun deux ne représente l’avenir. Nous sommes confrontés aux extrêmes. C’est un combat entre l’ouverture, la mesure et à l’opposé la fermeture, la démesure. Nous devons nous impliquer par amour de la patrie et retrouver le gout de la culture et de la créativité.

 

Le monde musulman se veut la communauté du juste milieu, ni tourner le dos au monde, sous prétexte que l’Au-delà est la vraie vie, ni se laisser aliéner par lui, sous prétexte qu’il faut assouvir nos besoins illimités. Le drame sur le plan international réside dans le fait que depuis 1989, la chute du mur de Berlin, le monde musulman est dans l’œil du cyclone, perçu comme une source de «menaces ». L’instrumentalisation de la religion, les archaïsmes conjoncturels et les dérives donnent de l’eau au moulin à cette propagande injustifiable. C’est intenable. Le monde musulman les prochaines années doit sortir de cette situation. D’autant que des expériences crédibles de développement sont visibles, comme en Turquie et que des positions géostratégiques et des richesses ne sont pas un mirage comme au Maghreb.

 

Le monde dominant, aussi puissant soit t-il, est décadent. Ce qui complique la situation du monde musulman confronté ainsi à des défis internes et externes. Des médias et des courants d’opinions en Occident, mal intentionnés, amplifient la peur pour faire diversion aux problèmes structurels de l’ordre dominant et imposent l’idée de citadelle. L’islam joue un rôle de révélateur des impasses de notre temps.

 

Cependant, il nous faut accepter la critique, d’autant que l’horizon semble fermé et la démission est la conduite actuelle. L’opinion publique et des observateurs s’interrogent. Ils se demandent si le phénomène de repli est une lame de fond, ou si la raison et le progrès culturel et scientifique vont l’emporter ? Mais ils oublient que le repli est le résultat des manipulations et instrumentalisations, le produit des contradictions de notre temps, une responsabilité partagée.

 

Le vide culturel interne, la crise de l’Ecole et les injustices, mais aussi les inégalités secrétées par les despotismes et le système mondial, la politique des deux poids et deux mesures et les dérives de la modernité consumériste qui déshumanisent produisent tout ensemble un malaise moral, des réactions obscurantistes et de la violence sociale. Les deux mondes, Orient-Occident, tellement liés et imbriqués, doivent s’interroger sur les difficultés propres à chacun et sur les problèmes et défis de l’humanité. Nul ne pourra tout seul faire face aux incertitudes.

 

Au lieu de voir dans le monde musulman « le nouvel ennemi » réfractaire au progrès, il est urgent de changer de comprendre qu’il est capable de contribuer à la recherche d’une nouvelle civilisation, comme par le passé. Il dispose de valeurs et de richesses. Le monde arabe, figé, retrouvera son équilibre s’il sait œuvrer, dialoguer et se faire entendre. Ni imitation d’un mauvais Occident, ni imitation d’un mauvais Orient, mais synthèse et articulation raisonnable entre authenticité et progrès, entre l’autonomie de l’individu et le vivre commun, symbiose entre science et éthique, entre le spécifique et l’universel.

 

Trois priorités

 

Le monde musulman doit assumer trois priorités. Sur le plan scientifique, moderniser l’Ecole, la formation, l’éducation, l’enseignement, la culture, donner la priorité absolue à ces questions, pour progresser et faire reculer le chômage, l’incivisme, la pauvreté et les intégrismes. En conséquence, multiplier les possibilités de cultiver, axer l’aide sur la formation sous toutes ses formes est un chemin incontournable. La jeunesse de nos pays a soif de connaissances.

Sur le plan économique, le poids de la bureaucratie, la faiblesse de la culture de l’entreprenariat pour produire des richesses, des instruments de régulation pour protéger les faibles et la division internationale du travail, conception au Nord, exécution partielle au Sud, constituent des problèmes de fond. Il s’agit d’éviter le repli et le libéralisme sauvage.

 

Au plan politique, l’espérance est réelle, malgré des critiques, il faut rester constructif, car le développement dépend de la bonne gouvernance et du renouvellement des élites, pour sortir de l’usure et liquider la mauvaise gestion. L’urgence c’est l’arrêt de toutes les formes d’incompétence et de remobiliser la jeunesse qui prendra conscience que l’avenir est dans nos pays. Tous les jours des cadres prouvent leur engagement, leur intégrité et leur compétence. Le potentiel existe.

 

Sur le plan des relations internationales, les problèmes cruciaux, qui retardent le développement sont: la volonté d’hégémonie et de domination du monde fondée sur la loi du plus fort et l’ivresse de la logique unipolaire; la mise en œuvre d’une idéologie néoconservatrice au service d’intérêts à courte vue, dont le contrôle sur les sources d’énergie est un des aspects; diversion par rapport aux problèmes politiques et économiques du monde.

 

Face au désordre mondial, à la pérennité de la logique d’un centre qui exploite la périphérie, face aux terrorismes transnationaux et à la pauvreté, nous pouvons diverger sur les méthodes pour les résoudre, mais nous différons surtout sur l’évaluation des causes et l’identification des responsabilités, car les inégalités et les sources de la pauvreté et de la violence aveugle sont multiples. Sans jamais justifier les dérives, il y a lieu de s’attaquer à leurs causes profondes. La mondialisation est dominée par l’américanisation, même si des puissances nouvelles émergent. Le monde Arabe doit revoir sa relation incontournable avec l’Europe et les USA.

 

Le dialogue des cultures

 

Il est important d’insister sur le fait que le peuple américain est un peuple ami et la nation américaine une grande nation. Le monde entier a besoin de la stabilité et de la crédibilité de la première puissance; notre avenir, en partie, en dépend. Les USA, ne l’oublions pas, sont héritiers du siècle des Lumières et attachés aux valeurs de liberté. Ce qui inquiète sont des aspects de leur politique étrangère, tant sur le plan des actes unilatéraux que sur celui d’une vision fondée sur le double standard.

 

Notre démarche, par attachement aux principes de la démocratie universelle, est de continuer à dire à nos amis américains: nous souhaitons renforcer nos liens, favoriser la prééminence du droit international, notamment culturelles, commerciales et économiques. Ce qui nous ne dispense pas de dire que nous ne sommes pas d’accord sur ce qui se passe en Palestine. Tout comme nous ne cesserons pas de répéter à l’opinion internationale que l’extrémisme est l’anti-islam. L’heure n’est pas à l’amalgame, mais à l’alliance entre tous les pays et tous les citoyens du monde épris de liberté, de justice et de paix, quelles que soient leurs religions et leurs cultures.

 

La question de la culture et du dialogue des cultures est primordiale pour faire reculer l’ignorance, source de tant de maux. La mondialisation est inégale et contredit toutes les cultures traditionnelles, notamment au vu de l’économisme fondé sur l’exploitation exponentielle de toutes les ressources, sans tenir compte des critères éthiques, culturels et écologiques. Situation qui porte atteinte à l’écosystème et transforme les cultures et traditions en folklores coupés du mouvement de la vie.

 

Réfléchir et travailler ensemble

 

Même si la complexité de l’époque et le poids de la mondialisation sont immenses et que le monde musulman reste matériellement faible, il résistera encore face à la deshumanisation et aux injustices. Reste à ce que cette résistance soit coopérative et réfléchie et non sauvage et subjective. Le monde musulman, s’il se reforme, favorisera l’humanisme et le pluralisme dans les relations internationales. De source apparente de menaces, il sera enfin compris comme partenaire salutaire.

 

Il peut former des êtres humains qui ont un sens ouvert de la vie, éthique, capable de tenir face au monde désignifié et consumériste, face à la marchandisation, aux remises en cause des fondements de l’humanité. Mais il n’y a pas d’avenir si la créativité, la critique constructive de soi et de l’autre et l’ouverture au changement ne sont pas mises en œuvre.

 

La mondialité, la modernité, la mondialisation s’appuient sur des moyens décisifs et incontournables de la science et de la technique, assumons-les, tout en actualisant notre sens de l’éthique et de l’humain. Relever les défis de manière autocritique, logique, permettra de se désenclaver, de corriger nos dérives et celles de notre temps, dans l’échange, le dialogue et le respect de la différence.

 

Il est vital de réfléchir et travailler ensemble, investir en commun, partager des richesses et montrer que nul n’a le monopole du progrès et de la raison. Il reste un avenir, si on se souvient qu’unité et diversité et paix et justice sont inséparables. Win-Win devrait être le mot d’ordre pour tous nos actes. Le devenir est commun.

 

MC

http://www.pageshalal.fr/agenda/vivre_ensemble_une_conference_debat_a_vitry_sur_seine-fr-516.html

 

La face cachée de l’Arabie Saoudite : sexe, drogue et alcool
publié le jeudi 23 décembre 2010


Jaillissant comme un geyser, la source Wikileaks, intarissable, a inondé le monde de sa transparence qui ne transige avec aucun secret, qu’il soit diplomatique ou d’alcôve, à l’image d’une note révélant la face cachée de l’Arabie Saoudite, ou quand, à la tombée de la nuit, sous le voile austère du conservatisme wahhabite, les interdits volent en éclats dans le huis-clos des riches demeures.

Derrière les luxueuses portes closes, la jeunesse dorée oublie les règles élémentaires de bienséance et s’abandonne à une vie nocturne palpitante et effrénée, où drogue, sexe et alcool font bon ménage, nombre de résidences étant équipées en sous-sol de bars, de discothèques, et autres centres de loisirs, quand certaines grandes fêtes vont jusqu’à s’offrir un extra : des prostituées...

Au royaume du rigorisme, où seuls les nantis ont les moyens de se soustraire aux lois répressives en vigueur, pourtant intraitables avec la consommation de drogue et d’alcool, cette frénésie festive est un secret de polichinelle, les membres de la famille royale comptant parmi les initiés de marque de ces soirées à thème.

« Cette liberté n’est possible que parce que la police religieuse évite les fêtes qui se tiennent en présence ou sous le haut patronage des membres de la famille royale ou des cercles qui lui sont proches » stipule le mémo de Wikileaks, qui décrit avec force détails une fête costumée d’Halloween réunissant plus de 150 convives, âgés de 20 à 30 ans, dont des membres du personnel du consulat américain, avec « alcool à gogo, jeunes couples dansants, et un DJ ».

Les tabous n’existent que pour être transgressés, c’est bien connu, mais la désobéissance qui n’encourt aucun risque est un privilège réservé à une élite, en l’occurrence saoudienne qui, drapée dans sa respectabilité et calfeutrée dans des nids douillets, peut se payer le luxe de s’étourdir dans des fêtes très privées.



31/12/2010

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