PerleDeDiamant

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Nous Ne Venons Ni Protéger, Ni Porter Assistance Au Peuple Libyen

Nous Ne Venons Ni Protéger, Ni Porter Assistance Au Peuple Libyen

http://sagephilippe.20minutes-blogs.fr/archive/2011/03/21/nous-ne-venons-ni-proteger-ni-porter-assistance-au-peuple-li.html

Un homme qui massacre son peuple ? Ça n’est pas supportable.
Du moins, la communauté internationale ne peut (plus) le tolérer. Or donc, il convient d’intervenir. Pour protéger la population de cette brute sanguinaire. C’est un devoir. Mieux : un honneur. Une fierté.
On aimerait y croire, n’est-ce pas ?
On aimerait.

Aube-de-l'Odyssée.jpgQue Kadhafi soit un tyran, un dictateur, un fou, « un fils de pute » [1], ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais il fut « notre » tyran, « notre » dictateur », « notre » fou, « notre fils de pute ». Comme jadis Saddam Hussein. Qui, lui aussi, massacra son peuple, en 1988, à l’arme chimique. On dut s’en émouvoir, je suppose, à Paris, à Washington, peut-être même à Moscou, mais je ne me souviens pas que l’émotion fut telle qu’elle conduisit la communauté internationale à intervenir. Non, je ne me souviens pas qu’à l’époque quiconque ait songé à venir en aide, ou porter assistance, aux Kurdes que le pouvoir baasiste extermina copieusement.

La liste serait longue, celle des dictateurs soutenus, armés, financés par les occidentaux, ces dictateurs emprisonnant, torturant, mais aussi s’enrichissant sur le dos de leurs peuples, de Zine el-Abidine Ben Ali à Hosni Moubarak en passant par Laurent Gbagbo... Gbagbo, tiens, en voici un autre qui, en ce moment même, dézingue son peuple. En page 14 de nos quotidiens. Vingt-trois secondes dans les journaux de 20 heures (quand ils y pensent).

 

 Circulez, y’a rien à voir ! Démerde-toi Ouattara, l’Alassane adoubé par la communauté internationale. La Côte d’Ivoire, vois-tu, c’est ni le Koweït, ni l’Irak, ni la Libye. C’est pas très pétrolier, en somme. Ça compte pour nib. Même pas pour du cacao. La Côte d’Ivoire, c’est comme le Rwanda, le Darfour, l’Ouganda. On s’en cague, et comment, que l’Afrique noire soit dirigée par des salauds. Qu’elle crève à petit feu. Qu’elle agonise sous nos yeux.

 
Mieux encore : on s’en fout qu’elle s’islamise, y compris radicalement. Ça, c’est un point diablement intéressant, non ? Oh que si !... Car que ne nous a-t-on pas dit, n’est-ce pas, à propos des Moubarak et Ben Ali, et même Kadhafi et Hussein ? Que oui, c’est vrai, c’était des horribles dictateurs, mais que bon, c’était eux ou le fondamentalisme religieux de très mauvais aloi. Ils étaient comme un rempart. NOS remparts.


Tu veux que je te dise ? Ils nous coûtent cher, très cher, tes foutus remparts à la noix ! Mais bon, si enfin on peut refourguer nos Rafale, on n’aura pas fait le voyage pour rien. Parce que là, ils sont en démonstration les coucous au Dassault, c’est le Salon de l’Aviation comme qui dirait. Ah ça, on les voit à l’œuvre. Si demain le Brésil ne nous en achète pas toute une pétée, c’est à désespérer de tout. 

Or donc, la communauté internationale fait dans l’humanitaire. Oyez ! Oyez ! Il s’agirait de porter assistance à la population civile libyenne. Tant c’est insupportable.
Plus insupportable que les bombes au phosphore balarguées sur les civils Gazaouis par l’aviation israélienne en janvier/février 2009 ? … Comment ?… Vous dites ?… Israël, c’est pas pareil ? Parce que c’est une... démocratie ?… Ils sont des nôtres ?… Pardon, j’avais oublié ce détail. Effectivement, ça change tout. C’est pas noté de la même façon.


La Russie, non plus …  Quand elle intervient en Géorgie, la communauté internationale estime qu’il s’agit là, de la part des Russes, d’une « réaction disproportionnée ». L’inénarrable George W Bush Jr (à qui Sarkozy ressemble de plus en plus) avait même parlé d'une « violence inacceptable ». Mais il ne pipa mot, pas plus qu’Obama, quand le phosphore brûla Gaza moins de cinq mois plus tard. Là non, ce n’était pas « disproportionné », ni « inacceptable ». C’était de la légitime défense, donc.

Oui, disais-je en liminaire, on aimerait y croire. Mais faut pas nous prendre, non plus, pour des benêts de compète. Allons ! Qui peut croire que cette opération doucettement nommée Aube de l’Odyssée a pour but premier de protéger le peuple libyen ? Depuis quand la communauté internationale se soucie-t-elle de la souffrance d’autrui, qui plus est, arabe ? Oui, je sais, il y en a dans cette opération.

 

Faut bien une caution. Mais à y regarder de près, ça se réduit à qui ?... Au Qatar. C’est-y pas ce pays qui, coup sur coup, vient de se voir attribuer la Coupe du Monde de Football 2022 et les Mondiaux de Handball 2015 à l’immense surprise générale ?... Ils sont bien occidentaux, dites-moi, ces arabes … Quant aux autres, il me semble qu’ils commencent à froncer méchamment des sourcils. Se demandant s’ils ne se sont pas fait rouler et sévère.


Ce qui est le cas.


Car les français, les britanniques, les américains, bref les occidentaux, n’en ont absolument rien à faire du peuple libyen et de ses insurgés de Benghazi. Il s’agit juste de reprendre le contrôle. Les occidentaux ont décidé d’intervenir non pour aider le peuple libyen, mais pour défendre leurs intérêts. Comme en 2004. En Haïti. Une leçon. Pour qui s’en souvient.

Jean-Bertrand Aristide, ça vous dit quelque chose ?... Début 2004, la communauté internationale décide qu’il doit partir [2]. Et pour bien le lui faire comprendre on envoya sur le sol haïtien (entre autres) des troupes françaises et américaines.


C’était drôlement magnifique. Très émouvant.


Il faut rappeler qu’américains et français étaient alors « fâchés ».
Nous avions décidé, un an plus tôt, par la voix de M. Chirac, suivie d’un discours mémorable de M. de Villepin au Conseil de Sécurité de l'ONU, de ne point intervenir en Irak. Nous conseillions même aux américains de ne pas le faire. Ce qu’ils firent pourtant, dès le 19 mars 2003. Avec le grand succès que l’on sait (combien d’attentats, quasi quotidiens, actuellement, sur le sol irakien ?).


En réaction, les américains boudèrent nos produits – comme on dit – on déversait nos vins dans les caniveaux, on boycottait notre foie gras, souillait notre drapeau. Et puis, voilà donc qu’un an plus tard, nous nous retrouvions dans un des pays les plus pauvres de la planète, Haïti, afin d’en chasser l’horrible Aristide, stabiliser le périmètre...
Je me souviens que l’on parla de « réconciliation franco-américaine » et d’avoir pensé tout haut :

« Ah, ben voilà ! Je sais désormais à quoi ça sert un pays pauvre : à réconcilier les pays riches ».


Mais je n’étais pas au bout de mes surprises.

Naïf comme trois Jospin, je pensais que nos soldats intervenaient en Haïti pour libérer les haïtiens, puisque les débarrassant de leur tyran. Que nenni ! Aux journalistes les questionnant sur leur présence en Haïti, les généraux américains et français eurent la même réponse.


L’américain déclara qu’il était là « pour défendre les intérêts des Etats-Unis d’Amérique » et le français « pour défendre les intérêts de la France ». Jamais ils n’eurent le moindre mot de compassion pour le peuple haïtien. Jamais il ne fut cité.


Eh bien, voyez-vous, il en va de même pour la Libye.
Il ne s’agit pas de défendre les intérêts du peuple libyen, mais ceux des américains, des britanniques, des français, etc.

Je ne sais où nous conduira cette guerre, encore une, mais je crois (j’espère) vraiment que nous le payerons cher. Très cher. Et ce sera amplement mérité. Au moins pour une raison : le cynisme épouvantable qui nous a conduit à soutenir des années durant des dictateurs sans jamais nous soucier de la souffrance des peuples.
Et l’on viendrait nous affirmer, aujourd’hui, qu’on s’en préoccuperait ?
Désolé, mais je n’y crois pas une seule seconde.


[1] C’est ainsi que le président Franklin D. Roosevelt qualifiait le dictateur nicaraguayen, Anastasio Somoza :
« Somoza est un fils de pute, mais c’est NOTRE fils de pute ».

[2] Ils sont nombreux, ceux à qui, la communauté internationale a demandé de « partir ». Tenez, Robert Mugabe, par exemple, triste tyran du Zimbabwe. C’était le 8 décembre 2008.
Il est toujours en place.
Vous me direz, depuis le début de l’année, il apparaît que certains peuples aient décidé de prendre eux-mêmes les choses en main en sommant leurs dictateurs de « dégager ! ». Pas sûr que la communauté internationale s’en réjouisse. Du moins, il ne me semble pas l’avoir entendue, ni vue, sauter de joie après les départs de Ben Ali et Moubarak. Au contraire… Quand vous pensez que Fillon a même été jusqu’à saluer la « décision courageuse » de Moubarak, on peut légitimement se poser quelques questions.


NB
: une musique peut-être. Ne serait-ce pour adoucir ce merdier .... Allez, mets le son à fond !




21/03/2011

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