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Mutilations sexuelles et religions

 Mutilations sexuelles et religions

Ainsi, actuellement, l'essentiel des populations qui pratiquent ces mutilations sexuelles sont soit animistes, soit musulmanes. Il existe aussi certaines communautés chrétiennes au Ghana ou au Togo qui pratiquent les mutilations sexuelles ainsi que la communauté juive des Falashas. Les sources religieuses musulmane, juives et chrétiennes ne font pas mention de cette pratique.

Cependant, l'Islam peut servir de moyen de justification comme d'interdiction à la pratique de l'excision. En effet n'y a pas consensus parmi les savants[6] sunnites sur le rapport entre Islam et excision, leur position allant de l'obligation à l'interdiction pure et simple. En effet, si le Coran ne prescrit aucune obligation d'excision[7], certains hadiths sont utilisés par les savants recommandant ou prescrivant sa pratique pour la justifier religieusement. Est notamment mentionné, le hadith rapportant que Mahomet recommanda à une exciseuse « Effleure et n’abuse pas, car cela rend le visage plus rayonnant et est plus agréable pour le mari. »[8]. De même, un autre hadith indique que « La circoncision est une tradition louable pour les hommes et un honneur pour les femmes. »[9]. Dans tous les cas, si ces hadiths permettent à certains savants de recommander ou obliger l'excision, les savants défavorables à sa pratique soulignent que les chaînes de transmissions qui soutiennent ces textes seraient trop faibles pour cautionner une pratique aussi grave, d'autant qu'aucun ne mentionne d'obligation formelle.

Une autre défense de l'excision s'appuie sur les valeurs et la culture des sociétés. Ainsi, considérer la femme comme responsable de tous les manquements à la morale et aux bonnes mœurs légitime le contrôle strict de son comportement (notamment sexuel). La littérature juridique qui parle de l'excision, sans la recommander formellement, l’évoque sous le vocable de « khafdh » ou «  khifâdh » qui signifie l’affaiblissement du plaisir sexuel. Cette signification est associée à une conception du statut de la femme comme soumise à l'homme qui, en retour, se doit de défendre l'honneur de sa lignée en contrôlant la virginité des femmes pré pubères avant de les confier par contrat à un autre homme (mariage) ou en diminuant le désir sexuel (une des vertus attribuées à l'excision).

Dans le cadre islamique, la nature primordiale de l'humanité (appelée Fitra) est caractérisée par les 5 éléments suivants :

  • la circoncision

  • le fait de se raser le pubis

  • le fait de se couper les ongles

  • le fait de s'épiler les aisselles

  • le fait de se tailler la moustache.

De ce fait, la pratique de l'excision déjà traditionnellement installée bien avant l'arrivée de l'Islam, n'a pas été fondamentalement modifiée par la nouvelle religion.

Il faut souligner que récemment certains responsables religieux musulmans ont innové en s'opposant franchement à l'excision.

C'est le cas par exemple au Sénégal (où des imams éduquent les populations à risque, appuient chaque argument en citant le Coran et sensibilisent aux problèmes de santé générés par l’excision) ou en Égypte (où des responsables religieux ont appelé à l’interdiction de ces pratiques et à la punition de leurs auteurs lors d'une conférence internationale sur les mutilations génitales féminines (MGF) au Caire).

Opposition et répression

L’excision est considérée comme une mutilation grave et injuste dans les pays occidentaux, mais aussi par des organisations internationales telles que l’ONU, l’OMS et l’Unicef . Dans la plupart des pays occidentaux, elle est poursuivie et punie comme un crime grave. Il subsiste quelques régions du monde, notamment dans certains pays d'Afrique, où cette pratique reste tolérée au nom de la tradition. Toutefois, suite aux scandales internationaux que cette pratique génère, ces États ont tendance à la réprimer plus.

Raisons de l'opposition

Les opposants à l’excision en appellent au respect de l'être humain. En effet, l'excision est une atteinte à l’intégrité physique et morale de la victime de cette pratique. La plupart des opposants sont particulièrement sensibles :

  • à la mainmise du groupe social sur la sexualité des individus ;

  • à la perte du plaisir sexuel chez la femme ;

  • aux risques encourus par la petite fille lors d’excisions dans des conditions d’hygiène parfois insuffisantes (pouvant aller jusqu’à la mort suite à une infection), ainsi qu'à la douleur liée à l'opération, souvent faite sans anesthésie ;

  • aux risques augmentés en matière de maladies sexuellement transmissibles, de susceptibilité augmentée aux affections plus ou moins graves comme les kystes, les abcès, les infections de l’urètre, rétention urinaire, etc. ;

  • aux complications, soit directes soit indirectes, que cela entraîne lors de la miction, des règles, des relations sexuelles ;

  • aux risques de mortalité accrus lors d'un accouchement ;

  • au handicap sexuel ainsi imposé (plaisir sexuel fortement limité ou impossible, relations sexuelles douloureuses) ;

  • perturbation de l'identité féminine, de la représentation de sa sexualité par la femme excisée (associée à une expérience sexuelle dégradée).

  • Livres :

  • Waris Dirie Fleur du désert (J'ai lu, 2001) top model ambassadrice de l'ONU contre les mutilations sexuelles traditionnelles

  • Ayaan Hirsi Ali Insoumise (Pocket no 13024). Alors députée à la chambre néerlandaise (somalienne d'origine et ayant, elle-même, subie une excision au cours de son enfance), Ayaan Hirsi Ali propose un système de contrôle pour rendre plus efficace la répression de cette pratique et l'aide aux victimes sur le sol néerlandais (cf. chapitre 12).

  • Khady Mutilée (Oh éditions)

  • Moka Pourquoi ? (L'école des loisirs) : un roman de littérature jeunesse, accessible dès 12 ans. Il raconte la vie d'une famille somalienne vivant en France. La fille aînée refuse l'excision de sa petite sœur, et se heurte aux traditions.

  • Nura Abdi Larmes De Sable (L'Archipel) Récit : histoire d'une fille qui a vécu l'excision à 4 ans.

  • Katoucha Niane Dans ma chair (Lafon) : L'un des premiers top models noirs raconte son excision subie à l'âge de 9 ans.

  • Marie-Noël Arras Entière ou La réparation de l'excision Préface du Docteur Pierre Foldes (éd. Chèvre-feuille étoilée - mars 2008)











Une excision est, dans son sens le plus général, l'ablation d'un petit morceau de tissu biologique. Cependant le terme excision est beaucoup plus communément utilisé pour désigner spécifiquement l'excision clitoridienne.

L'excision clitoridienne est une mutilation génitale féminine (MGF) impliquant l’ablation de la partie externe prépondérante du clitoris (clitoridectomie) et de son capuchon, parfois accompagnée de l'ablation des petites lèvres et de la suture des grandes lèvres. Cette mutilation est illégale dans la plupart des pays du monde[1]; de nombreuses organisations militent pour son abolition mondiale. L'excision présente plusieurs variantes qui diffèrent par l’étendue de l’ablation et des pratiques annexes.

Géographiquement, la pratique se rencontre en de nombreuses parties du monde, mais elle est plus courante en Afrique subsaharienne et dans quelques régions du Proche-Orient et de l’Asie du Sud Est (Yémen, Indonésie et Malaisie). (voir cette liste non exhaustive). Dans les pays occidentaux, ces pratiques se retrouvent dans les communautés issues de ces pays[2]. Selon les pays, la proportion de femmes excisées varie de façon importante, allant de 1,4 % au Cameroun à 96 % en Guinée au début des années 2000[3].

On considère qu’environ 100 à 140 millions de femmes[4] ont subi une excision (principalement en Afrique). Environ 2 millions de fillettes sont susceptibles de subir une telle mutilation tous les ans. Selon une étude de l'INED, 50 000 femmes ont subi des mutilations sexuelles et vivent actuellement en France[4].

Les pratiques d'excision sont considérées comme traditionnelles dans la mesure où elles se sont installées dans un contexte animiste ou pharaonique (c’est-à-dire bien avant l'arrivée des grandes religions monothéistes dans ces contrées). D'autre part, l'excision fait souvent office de rite de passage et de reconnaissance de la petite fille dans sa société.

L’excision est actuellement défendue au nom de :

  • la préservation de la virginité (considérée comme un idéal féminin au mariage),

  • l’amélioration du plaisir sexuel masculin (par le rétrécissement du vagin ou de l’orifice vaginal)

  • la protection contre le désir féminin (considéré comme malsain par les partisans de l’excision ou non contrôlable en cas d'absence d'excision),

  • raisons hygiéniques,

  • raisons esthétiques,

  • patrimoine culturel ou traditionnel (initiation à l’état de femme, peur que le clitoris n'empoisonne l'homme ou l'enfant à la naissance...).

Dans de nombreux cas, on observe que les mères participent activement aux mutilations de leur(s) fille(s) dans le but d’améliorer leurs chances de faire un « bon » mariage.

Le clitoris est souvent considéré comme une imperfection de la création divine, un résidu masculin devant être ôté pour que la femme soit finie. De la même manière la circoncision ou ablation du prépuce est censée enlever à l'homme la partie féminine restante. La psychanalyste Marie Bonaparte a écrit[5] : « Les hommes se sentent menacés par ce qui aurait une apparence phallique chez la femme, c'est pourquoi ils insistent pour que le clitoris soit enlevé ».




01/12/2009

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