PerleDeDiamant

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Mister Pierre

Ses protégés l'appellent "Mister Pierre", et, quand ses finances le lui permettent, il traverse la Manche, se rend en Angleterre pour retrouver les clandestins qu'il a hébergés, dans sa petite maison, à Boulogne-sur-Mer. Parfois, il transporte leurs valises, qu'ils avaient stockées chez lui. Pierre Falk, discothécaire, a eu droit à plusieurs gardes à vue. Il assume, et s'explique, dans un texte publié sur Internet (www.millebabords.org).

"Je n'ai pas forcément grand-chose à dire ni à justifier. C'est ainsi et pas autrement, je ne suis pas sûr d'avoir raison, mais ma vie et ma participation à la marche du monde sont ainsi. Je ne me considère pas comme au-dessus des lois, mais je pense qu'elles peuvent être éventuellement transgressées. Je ne me considère pas comme un Juste, un Militant, un Humanitaire, un Droit-de-l'Hommiste ou je ne sais quoi encore.

Je ne suis pas croyant, je ne demande aucune louange, je n'agis pas par pitié ou bon sentiment, je ne suis pas l'honneur de la France, je ne tire aucune fierté ni profit de ce que je fais, je mets même un point d'honneur à ne jamais demander aucune participation aux frais. Juste un humain sur la Terre qui a un peu plus de chance que celles et ceux, tout près, qu'il lui est possible de rencontrer... Alors OUI, depuis plus de six ans, j'essaie d'aider autant que je peux des personnes, d'autres citoyens du monde à survivre un peu mieux momentanément en les hébergeant et en faisant tourner ma vieille machine à laver par exemple.

Ma petite maison est un temps de pause et de repos où des choses élémentaires et vitales sont possibles : s'asseoir à une table pour manger, dormir son content dans du linge frais, se laver, se doucher, aller aux toilettes, prendre soin de soi, se coiffer, se maquiller, se raser, être protégé de la pluie, du froid, de l'angoisse et du stress quasi permanents, regarder des mappemondes, échanger des informations, parler, rencontrer (se), dire, créer du lien, cuisiner, jouer, rire...

Pour ces quelques moments de vie volés à l'adversité, je ne me considère pas comme un délinquant, peut-être comme un désobéissant, et eux, je ne les considère pas comme des sans-papiers, encore moins comme des délinquants. OK, ce sont des illégaux, des irréguliers, mais avant tout des migrants qui n'ont pas d'autre choix que de fuir des pays en guerre, liberticides ou ravagés par des crises économiques endémiques en rêvant d'une vie meilleure. Après des traversées de terres, de déserts, de mers pour le moins très difficiles, ils-elles arrivent ici dans cette espèce de cul-de-sac tenant du cul-de-basse-fosse... Ils y stagnent plusieurs semaines, voire plusieurs mois dans des conditions de vie qu'on ne souhaiterait à personne. Alors oui, c'est vrai, il y a des arnaqueurs, des gens peu fréquentables, des mafias qui prospèrent sur leur dos, un système généré par l'argent roi, mais aussi l'immense fracture Nord-Sud, l'absence de politique migratoire ouverte, digne, respectueuse, l'hypocrisie anglaise, la nôtre.

Je ne m'associe pas vraiment à cette façon exagérée, disproportionnée (mais qui finalement peut être productive) de crier haro sur le baudet, de hurler à la Milice ou au fascisme, d'oser des comparaisons qui n'ont pas lieu d'être. Ma garde à vue, celle-là et les précédentes, s'est bien passée, j'ai eu affaire à une police correcte, qui fait le travail qu'on lui demande de faire, à des interrogatoires courtois et professionnels. Peut-être cette bienséance est-elle due au fait que je sois en situation régulière, citoyen européen, blanc, normal quoi... M'agacent juste un peu les petits sourires narquois : "Ah monsieur l'humaniste, vous êtes un doux rêveur, le monde est ce qu'il est et vous ne pourrez rien y changer." Mais me révoltent et m'atteignent toujours avec force des pratiques indignes, inadmissibles, injustifiables !

Face à ce qui nous est reproché, à nous, bénévoles (la solidarité ? la complicité ?), nous mettre sous écoute téléphonique, sous surveillance, mettre en route de telles procédures d'intimidation, coûteuses qui plus est, ne sert pas à grand-chose. Tout en ne le criant par sur les toits, je sais ce que je fais et je saurai quoi répondre si l'on venait m'interpeller à nouveau. Si jamais j'ai l'occasion de croiser une jeune femme voulant se refaire une beauté ou un homme à la jambe cassée, ma maison restera ouverte."

 

 



08/04/2009

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