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L’état d’Israël était supposé être "une lumière parmi les nations".......

Quand l’agresseur est un lâche...

mercredi 15 juin 2011 - 05h:32

Andrew Levine - Counterpunch


Israël et la solution à deux Etats

 

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La bande de gaza est la plus grande prison à ciel ouvert dans le monde. L’occupant israélien a su imposer un véritable univers concentrationnaire aux propriétaires historiques de la Palestine - Photo : Associated Press

Des membres éminents du parti du Likoud de Benjamin Netanyahu, dont certains sont ministres dans son gouvernement, font partie du Comité pour la terre d’Israël (Land of Israel Caucus) une formation politique qui s’oppose à ce qu’Israël rende les territoires occupés depuis 1967.

 

C’est la plus grande formation de la Knesset. Pour sauver les apparences Netanyahu n’en est pas membre ; en effet cela fait partie de la fonction des premiers ministres israéliens de faire semblant de préconiser la "solution de deux états". Mais qui peut douter de ce que Netanyahu souhaite vraiment ? Et d’ailleurs qui peut douter que l’option du Grand Israël est celle qui a, et a toujours eu, la faveur des politiciens israéliens de tous bords ?

 

Les liens entre le bras principal du lobby israélien aux USA, le Comité des affaires publiques israélo-américaines (AIPAC), et la droite israélienne sont étroits. Et l’influence de l’AIPAC sur le Congrès et la Maison Blanche sont légendaires. Mais les opinions de l’AIPAC ne reflètent pas l’opinion publique étasunienne. Cela vient des chrétiens évangéliques réactionnaires qui en font partie, car en fait si la plupart des Juifs étasuniens, comme la plupart des Etasuniens soutiennent Israël, leur soutien est tiède et leur soutien pour un "Grand Israël" encore plus. Contrairement à ce que croit notre classe politique et à ce que nos médias voudraient nous faire croire, l’AIPAC est sans doute un tigre de papier. Mais à moins que quelqu’un en position de le faire -comme par exemple un président étasunien qui aurait des cojones- ne les mette au pied du mur, ils peuvent être aussi puissants qu’ils en ont l’air. Netanyahu s’est rendu compte avant même Mitch McConnell et John Boehner que notre président n’en a pas.

 

Mais les temps changent et pas seulement parce que l’éternel conflit israélo-palestinien est devenu un problème pour les machinations militaires et diplomatiques de l’empire. Le printemps arabe modifie des paramètres qui étaient restés stables pendant des dizaines d’année d’un manière qu’il est encore difficile d’appréhender mais qui a peu de chance de renforcer le statu quo. De sorte que, au moment même où Israël fait preuve d’une intransigeance plus grande que jamais, il serait en fait absolument nécessaire que ce pays fasse preuve de souplesse stratégique - s’il veut obtenir un "compromis historique" qui réponde aux ambitions territoriales sionistes.

 

C’est la raison pour laquelle on entend de plus en plus aux USA des appels à un nouveau départ des relations israélo-étasuniennes -et pas moins dans la communauté juive étasunienne qu’ailleurs. La main mise de l’AIPAC sur la classe politique étasunienne est toujours aussi forte mais il devient de plus en plus clair qu’il ne représente que la minorité de la minorité.

 

A l’évidence que de plus en plus de gens sont conscients qu’il faut repenser les présupposés sionistes s’ajoute le fait que beaucoup de partisans d’Israël sont de plus en plus préoccupés par le mépris d’Israël envers le droit international et par l’injustice sans fin de son régime d’occupation. Des nouvelles des flagrants délits israéliens ne pénètrent le brouillard médiatique étasunien que de temps en temps, notamment pendant les guerres d’Israël -qui dernièrement ont été menées non pas contre de vraies armées ni même contre des milices organisées mais, comme à Gaza en 2008, contre des populations civiles.

 

Ces derniers jours, ce sont les manifestants désarmés du plateau du Golan qui ont été attaqués frontalement par l’armée israélienne en dehors des frontières reconnues internationalement. Dans de pareilles circonstances il est difficile de faire semblant de ne rien savoir malgré les efforts dans ce sens des médias défaillantes* comme NPR, le New York Times et les majorettes du parti démocrate le soir sur MSNBC. Les démocrates libéraux du Congrès sont encore pires ; par exemple, Anthony Weiner, qui est (ou était) un des plus remarquables du lot ! Comme c’est ironique qu’il se retrouve aujourd’hui mis à l’index pour des actions perpétrées pendant son adolescence plutôt que pour ce qu’il a réellement fait de honteux !

 

L’état d’Israël était supposé être "une lumière parmi les nations". Quelques défenseurs d’Israël croient qu’il l’est toujours. Mais tout le monde n’est pas capable du niveau de déni et d’autopersuasion nécessaires pour se maintenir dans cette illusion, surtout quand les faits matériels prouvent le contraire.

 

Toutefois le soutien étasunien pour Israël demeure fort parce que beaucoup d’aspects de la religion civile des USA concourent à le maintenir. Un en particulier doit être mentionné : c’est le rôle que joue l’Holocauste dans la vie des Etasuniens en général (et pas seulement des Juifs étasuniens). Entre autres choses, l’Holocauste -ou plutôt la manière dont il est décrit dans la religion civile- sert d’étalon en regard duquel les crimes américains passés et présents (même l’esclavage et l’annihilation des peuples indigènes et de leur culture) font pâle figure et peuvent donc être pardonnés.

 

[Le nom en lui-même est révélateur : "holocauste" est le terme biblique pour "sacrifice par le feu". Il suggère que le meurtre des Juifs par les Nazis de 1942 à 1945 était le mal absolu et qu’il n’a donc pas d’explication historique. Cette interprétation n’est d’aucune utilité mais elle est si répandue qu’elle est devenue incontournable.]

 

L’Holocauste est crucial pour comprendre comment Israël a été créé et pourquoi il a bénéficié de tant de complaisance -surtout de la part des américains du nord, des Européens et de Allemands. Mais cela ne donne pas le droit à Israël de faire tout ce qu’il veut au Moyen Orient. Même si les peuples pouvaient accumuler une sorte de "capital moral" qu’ils pourraient transmettre aux générations futures, ce ne serait pas le cas. Le problème n’est pas seulement que seule une minorité d’Israéliens d’aujourd’hui ont des liens directs avec l’Holocauste, soit par expérience personnelle soit parce qu’ils sont des enfants de rescapés. Le problème est que lorsque le génocide a eu lieu il n’y avait pas d’état d’Israël - et personne en dehors des cercles sionistes "révisionnistes" n’a jamais défendu l’idée, absurde en elle-même, qu’un futur état juif en Palestine représenterait un jour d’une manière ou d’une autre les victimes de l’holocauste.

 

Et pourtant l’idée que l’Holocauste justifie l’usurpation des territoires palestiniens par les colons juifs s’est répandue dans notre culture politique -grâce en partie aux efforts des institutions sionistes laïques et religieuses et à l’empressement de tous - excepté les autorités religieuse les plus orthodoxes - à accepter l’idée que l’établissement d’un état juif en Palestine est l’accomplissement de 2000 ans d’histoire et d’espoirs juifs. En fait, ce que "l’année prochaine à Jérusalem" a signifié pendant la presque totalité de ces 2000 années n’était pas qu’il y aurait un état juif -l’idée même d’état est une invention moderne- mais que le Messie viendrait. Les derniers mots du Seder de Pâques exprimaient une conviction théologique, et non une conviction politique.

 

* * *

 

Même si le soutien à Israël perdure, la croyance qu’Israël est sur la "bonne voie" comme disent les sondages, a diminué. On craint de plus en plus que l’intransigeance d’Israël et le soutien que les USA lui accordent, ne mettent le caractère "juif et démocratique" d’Israël en danger.

Les Sionistes n’ont jamais exprimé clairement des vues anti-démocratiques mais, pour presque tous les Sionistes, le principal est qu’Israël soit juif, pas que ce soit une démocratie. Il y a eu des intellectuels en Palestine dans les premiers temps de la colonisation juive qui étaient des exceptions remarquables -comme Achad Ha’am (Asher Ginsberg), Judah Magnes et Martin Buber. Cependant ce courant minoritaire s’est tari à la création de l’état d’Israël.

 

Toutefois on trouve encore des traces de Sionisme humaniste, centré sur la culture plus que sur la politique, dans des groupes de gauches marginaux en Israël et dans des cercles de gauche et libéraux des communautés juives dans la diaspora. Paradoxalement, avec la droite au pouvoir en Israël et la capitulation de l’administration d’Obama, comme celle de ses prédécesseurs, devant l’AIPAC, l’intérêt pour la démocratie -et pour des relations respectueuses et de bon voisinage avec les Palestiniens- connaît une légère recrudescence.

 

Il ne faut pas exagérer le phénomène mais il faut quand même dire qu’il y a des groupes sionistes organisés qui défient l’AIPAC et d’autres piliers du lobby israélien : J-Street est le plus connu et le plus représentatif d’entre eux. Pour ces groupes, il est capital qu’Israël soit (ou demeure) un état aussi (ou presque aussi) démocratique que juif.

C’est un sentiment honorable en comparaison du point de vue des représentants (autoproclamés) traditionnels des Juifs américains. Mais peut-il vraiment y avoir deux états dans le territoire de la Palestine qui était sous mandat britannique -un juif et un palestinien, et l’état juif peut-il au moins être (ou rester) démocratique ?

 

* * *

 

Cela fait quelque temps maintenant qu’il y a plus de Juifs israéliens qui quittent Israël que de Juifs de la diaspora qui viennent habiter en Israël ; ironiquement l’Allemagne est leur destination favorite. Mais même si le vieil esprit pionnier a fait long feu et même si le moral des Sionistes est bas (en dehors des cercles de religieux fanatiques), il n’y a aucune chance que les Israéliens qui parlent Hébreu renoncent à l’idée d’un état juif. C’est la raison pour laquelle, un état laïque et démocratique qui intègrerait tous les habitants actuels de la Palestine du Mandat sur une base égalitaire est irréalisable dans un futur proche. Il n’existe pas de courant significatif d’opinion en Israël qui envisagerait de renoncer au "caractère juif" de l’état. Et il n’existe pas non plus de force extérieure qui soit le moins du monde capable ni désireuse de promouvoir cette possibilité : surtout avec la propension d’Israël à considérer toute menace réelle ou imaginaire comme des défis "existentiels" qu’il faut résoudre par la guerre ; et pas tant qu’Israël est armé jusqu’aux dents et en possession de deux à quatre cents armes nucléaires.

 

Il est aussi significatif que l’opinion mondiale soit depuis longtemps en faveur de la "solution" de deux états et qu’un accord ait presque été conclu sur ses grandes lignes au sommet de Taba dans les dernières semaines de l’administration de Clinton. Cela fait plusieurs dizaines d’années aussi que les principaux pays arabes, les USA et même Israël ont donné leur accord de principe à cette solution.

 

Cependant la solution de deux états ne peut être mise en oeuvre que si les USA font à Israël une proposition qu’il ne peut refuser. Quand on voit avec quelle rapidité Obama envoie partout ses escadrons d’attaque (pas seulement les Navy Seals mais toute une panoplie de forces d’opérations) et quand on voit qu’il est aussi déterminé qu’un chef de gang a sauver la face et à manifester son pouvoir, on pourrait croire que gérer le style parrain de la maffia de Netanyahu serait dans ses cordes. Mais hélas, le despote est un lâche.

Ce n’est pas de chance : ce serait beaucoup mieux - dans le sens de plus humain et plus sympathique- que ce soit J-Street que l’AIPAC qui obtienne ce qu’il veut. Et tant qu’il n’y a pas d’alternative réalisable sur le plan politique à une prolongation indéfinie du statu quo, qui peut apporter la contradiction à ceux qui sont en faveur d’un état juif et démocratique ?

 

* * *

 

Qui, à part les intransigeants des visions politiques bien construites, peut croire qu’un état puisse être à la fois juif et politique ? Il ne s’agit pas seulement de supprimer la séparation entre l’autorité religieuse et politique -entre la "synagogue" et l’état. Israël a ses théocrates ; tous les états qui ont des religions entachées de religiosité issue d’Abraham en ont. Mais ceux qui veulent qu’Israël soit (ou demeure) à la fois juif et démocratique ne veulent pas d’une théocratie. Beaucoup, sans doute le plus grand nombre, de Juifs israéliens ne sont même pas juifs au sens religieux du terme. Et les fondateurs d’Israël ne l’étaient certainement pas. Pour eux "Juif" désigne une ethnie pas une religion. Ils veulent un état juif pour des raisons ethniques et non religieuses.

 

Il est reconnu que les groupes ethniques et nationaux sont des "communautés imaginaires". L’ethnie juive ne fait pas exception. Cela a toujours posé problème aux Sionistes laïques. Depuis le début ils ont toujours trouvé difficile et parfois même impossible d’imaginer l’ethnie juive sans se référer à la religion partagée par les communautés juives à travers les siècles. Aucun des autres supports habituels n’existe : il n’y a pas de langue commune, pas de terre commune (s’il y en avait une on n’aurait pas besoin du Sionisme) et il devient de plus en plus clair que la revendication d’une descendance commune est problématique. On peut donc penser que l’ethnie juive est plus imaginaire encore que les autres.

 

Il n’y a probablement pas beaucoup de membres du Comité pour la terre d’Israël qui iraient jusqu’à admettre qu’ils veulent un régime ethnique et les Sionistes plus "modérés" ont toujours trouvé cette idée horrible ; c’est encore plus vrai de la gauche sioniste. Ce qu’ils ont toujours voulu c’est qu’Israël soit un état juif dans le sens où le Danemark est un état danois par exemple - pas un état de, par et pour des personnes de l’ethnie danoise (quoi que ça puisse être) mais un état dans lequel une vaste majorité de citoyens sont des Danois ethniques. Ils voyaient Israël comme le Danemark du Moyen Orient.

 

A notre époque de capitalisme néo-libéral et de mobilité de la main d’oeuvre, cette sorte d’état est devenue problématique partout, même au Danemark, mais en plus le modèle ne pouvait absolument pas être appliqué dans la Palestine du Mandat où il y avait déjà une population autochtone et où ce sont les Juifs qu’il a fallu importer.

 

Parce qu’on pouvait importer des Juifs -d’Europe centrale et d’Europe de l’est et ensuite des pays historiquement musulmans et de l’ancienne Union Soviétique - le problème a été ignoré pendant des dizaines d’années. Mais on ne peut pas l’occulter indéfiniment parce que tous les Juifs qui veulent vivre en Israël y vivent déjà et parce que se profile ce que les Sionistes appellent une "bombe démographique".

 

 Le taux des naissances juives n’est absolument pas suffisant pour maintenir la majorité juive dans la Palestine du Mandat. Le taux de natalité des Arabes est en revanche très élevé ; assez élevé pour que même un Israël qui se serait retranché derrière les frontières d’avant 1967 se trouve en danger de perdre sa majorité juive. Il y en a donc qui affirment que la seule solution possible pour qu’Israël reste juif, est de donner aux Arabes un état séparé (mais loin d’être égal en surface) sur une partie (22%) du territoire de la Palestine du Mandat -dans lequel beaucoup ou la plupart des Arabes israéliens iraient volontairement ou seraient déportés pas la force.

 

Le calcul est donc simple : les ambitions sionistes territoriales doivent être en partie abandonnées. La seule autre solution au dilemme du Sionisme serait d’étendre et d’approfondir le régime d’Apartheid qui existe déjà dans les territoires occupés -en renonçant à la prétention d’être à la fois un état juif et un état démocratique.

Maintenant, si "démocratie" signifie bien comme le nom l’indique que "le demos règne" (le peuple et non les élites) alors Israël comme beaucoup d’états de la terre a renoncé depuis longtemps à cette aspiration, sans parler de la réalité. C’est pourquoi la "démocratie" en pratique signifie souvent seulement la compétition aux élections et la protection libérale des droits politiques.

 

Les conceptions modernes de la démocratie, même des plus fragiles, ont coexisté avec la vision issue de la révolution américaine (bien qu’avortée là-bas largement à cause de l’esclavage) et pleinement articulée dans la révolution française, selon laquelle un état est composé de ses citoyens - et non d’une ethnie ou d’un groupe religieux particuliers. Donc la démocratie implique l’égalité des droits des citoyens. Même pour ceux qui considèrent que des élections libres suffisent pour considérer un régime comme démocratique, il est nécessaire que les groupes religieux et ethniques n’aient pas d’importance politique. Des élections compétitives, bien sûr ; mais sur un arrière-plan de droits politiques égaux !

 

C’est pourquoi la démocratie du Herrenvolk, une démocratie seulement à l’usage du groupe ethnique dominant, n’est pas une vraie démocratie, même pour les interprétations actuelles de la démocratie les moins exigeantes. Il y en a qui disent que la démocratie israélienne a toujours été une démocratie du Herrenvolk ; d’autres qu’il menace d’en devenir une. Donc soit Israël n’a jamais été juif et démocratique, soit il ne peut le rester indéfiniment -à moins de rallier le consensus international en faveur de la solution de deux états.

 

Alors applaudissons deux fois -pas trois !- la solution de deux états que J-Street et ceux qui pensent comme lui promeuvent. Un état vraiment démocratique sur toute la Palestine serait mieux bien sûr. Mais le monde étant ce qu’il est (et il le sera sans doute encore pour des générations) il n’y a malheureusement pas moyen d’y parvenir. C’est pourquoi, même s’il faut prendre en considération les inconvénients de la solution de deux états, il faut surtout faire en sorte que le mieux ne devienne pas l’ennemi du bien. Les Palestiniens ont assez souffert.

 

Notes :

* En Anglais lamestream : jeu de mot sur mainstream médias, médias dominants.

* Andrew Levine est un membre éminent de the Institute for Policy Studies. Ses derniers livres sont : THE AMERICAN IDEOLOGY (Routledge) et POLITICAL KEY WORDS (Blackwell) et il a écrit beaucoup d’autres livres et articles sur la philosophie politique. Il a enseigné la philosophie à The University of Wisconsin-Madison et a été professeur en recherche philosophique à The University of Maryland-College Park.

 

 

10 juin 2011 - CounterPunch - Pour consulter l’original :
http://www.counterpunch.org/levine0...

Traduction : Dominique Muselet



16/06/2011

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