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Les sans-abri organisent leur survie dans les recoins cachés de Morges-la-Coquette

Les sans-abri organisent leur survie dans les recoins cachés de Morges-la-Coquette

© FLORIAN CELLA | Cédric et Angell nous font visiter les lieux où ils dorment, à deux pas des passants, mais sans être vus. Ce soir-là, une jeune fille donne à Angell son repas dans un sachet plastique: quelques galettes libanaises et un pâté en croûte sous vide.
Précarité | Dans la rue, ces marginaux font peur, alors qu’ils vivent eux-mêmes dans la crainte.

Laurence Arthur | 30.10.2010 | 00:03

Place de la Gare, à Morges: le square est le salon en plein air d’un petit monde qui survit d’aide sociale, de débrouille, d’un peu de trafic de drogue pour certains, d’un peu de mendicité pour ceux qui osent, d’alcool et de désœuvrement. Bière à la main, regards perdus, ces personnes échangent des paroles qu’aucune d’entre elles n’écoute vraiment. Olivier, Mariano, Angell, Cédric et d’autres passent là leurs journées, vont et viennent entre les différents espaces de la ville qui composent leur habitat à ciel ouvert.

Leur solitude et le rêve d’avoir un toit sont ce qu’ils partagent le mieux. «On en a marre d’être toujours dehors. Je rêve d’un appartement. Même un studio me suffirait, mais comment trouver un logement au loyer de moins de 800 francs, lorsqu’en plus vous avez des poursuites», confie Mariano, ancien toxicomane sous traitement de méthadone. Sans formation, il est au bénéfice de l’aide sociale. «Mon état psychologique est trop instable pour espérer un retour dans le monde du travail. Mais j’aimerais pouvoir accueillir en visite mes enfants de 14 et 11 ans, qui vivent avec leur mère.» Ce soir, il ne reste pas avec les autres, car il est invité à manger une fondue chez Pepe, un ancien sorti de la dèche.

Bière à 15 centimes

Pas loin, le dépôt de l’association Fil rouge, sorte d’Emmaüs local dirigé par Frédéric Ansermet, un personnage à la frontière de leur monde, leur permet parfois d’améliorer l’ordinaire. Angell et Olivier l’ont accompagné pour un déménagement. «Avec les 60 francs de salaire et les 20 francs de bonne-main, j’ai pu m’offrir la cannette de bière à 1 fr. 15, sinon c’est celle à 15 centimes. La bière, ça me tient chaud.» Angell, 33 ans, a perdu sa pudeur, mais pas une certaine dignité: «Je suis touché, car vous vous êtes arrêtée pour comprendre!» Derrière son regard bleu et fixe, rendu étrange par un œil aveugle, lucidité et intelligence percent. Seulement, il a baissé les bras, malgré l’espoir d’avoir un toit, lui aussi.

Ces dernières nuits de bise violente, Angell a pu dormir à l’abri au dépôt, mais sa chambre à coucher habituelle se trouve dans le kiosque du parc de l’Indépendance. Il s’installe là, à même le sol carrelé. Sa garde-robe, qu’il porte sur lui par couches ou qu’il laisse chez Pepe, lui sert de couverture. «Les gars de la voirie sont sympas. Ils me saluent le matin et je retrouve la place toujours balayée. Je reste correct et poli avec tout le monde. C’est aussi la raison pour laquelle la police ne nous embête pas.»

Les recoins de Morges-la-Coquette, qu’ils connaissent si bien, leur servent de refuge sûr pour la nuit. Dès la fermeture des magasins, lorsque l’agitation est retombée, ils s’installent dans un de ces refuges de fortune. Angell conduit la visite guidée dans le labyrinthe des voies de secours d’un parking souterrain chauffé.

Sentiment de danger

Cédric, 40 ans, l’a rejoint. Ce dernier est arrivé il y a deux jours de Lausanne. Il dort en haut d’une cage d’escalier, en lieu sûr, où une porte assure une possibilité de fuite, mais empêche toute intrusion. II sort de sa poche des papiers chiffonnés et un petit Nouveau Testament qu’il lit tous les jours, assure-t-il, tout comme Angell. «J’ai été agressé pendant que je dormais dans le parking du Valentin. Lausanne n’est pas une ville sûre. C’est pour cela que je suis ici», raconte Cédric. Tous sont d’accord: ils fuient La Marmotte, ce lieu d’hébergement de dépannage de l’Armée du Salut à Lausanne, où se trouvent ces «amis» trafiquants. A Morges, l’Armée du Salut proposait aussi quelques lits, qu’ils ne dédaignaient pas, mais la reconstruction du bâtiment les laisse aujourd’hui sans solution.

Petit à petit, les lieux qui les accueillaient encore disparaissent. Olivier en témoigne: «Moi, je vivais chez Sapin, à côté de l’Hôtel de La Couronne, dans une chambre louée 400 francs, peut-être insalubre, mais ça m’arrangeait. Le bâtiment a été reconstruit. Maintenant, je suis à l’hôtel et les Services sociaux paient le tarif de 60 francs la nuit. J’aimerais m’en sortir, car cela fait sept ans que je vis comme cela.»

Bientôt, le bâtiment avenue de Peyrollaz, aux loyers extrêmement modérés, sera détruit en raison de sa vétusté. Ses occupants rejoindront sans doute eux aussi le monde de la rue.

Burki

La stratégie de la Confédération pour lutter contre la pauvreté

 

 



30/10/2010

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