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Les indiens équatoriens obtiennent la condamnation du groupe Chevron

Les indiens équatoriens obtiennent la condamnation du groupe Chevron

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ecuador_chevron-73417.jpgIl y a des moments où il faut savoir se réjouir des informations qui nous parviennent du continent sudaméricain. Cette semaine la justice équatorienne a condamné le pétrolier étatsunien Chevron à 9,5 milliards de dollars d’amendes pour avoir dégradé irrémédiablement une région de l’Amazonie à la frontière avec la Colombie.

 

 Des milliers d’hectares de terre ont été imprégnés de résidus de l’exploitation pétrolière que Texaco, fusionné ensuite avec Chevron, a conduite pendant les années 60, 70 et 80. Il ne s’agit pas seulement de pollutions accidentelles, d’erreurs techniques ou de gestion. Non : la société pétrolière a sciemment utilisé des techniques obsolètes et très polluantes dans son exploitation du pétrole équatorien dans le seul but de maximiser ses profits. En comparaison, la pollution provoquée par BP dans le golfe du Mexique il y a quelque mois ressemble à une chiure de mouche sur un abat jour.

 

 C’est l'exemple même de l’arrogance que les groupes occidentaux ont trop longtemps montré dans l’exploitation des ressources naturelles des pays du tiers monde. Cela permet aux discours populistes et parfois simplistes de liders sudaméricains de recueillir une large audience dans les populations latinos américaines.

 

 Les faits : La société texaco obtient dans les années 60 des concessions pour exploiter le pétrole dans le nord-est de l’Equateur. Pendant 30 ans, la société étatsunienne forera plus de 300 puits sur une surface grande comme la moitié de la Corse. Sur ce territoire couvert d’une forêt primaire de grande richesse biologique, vivaient des peuplades indiennes qui jamais ne furent consultées. De cette exploitation est née une ville Lago Agrio, le « lac amère ». Une référence explicite à Sour Lake où est né Texaco au Texas. Mais là s’arrête la comparaison : contrairement aux pratiques utilisées au Texas, en Equateur la société texaco a délibérément rendu les sols inexploitables pour des centaines d’années et l’environnement dangereux pour les populations qui y vivent.

 

Texaco a volontairement déversé les résidus de l’exploitation pétrolières dans des trous creusés à la va vite sans protections des sols, polluant pour des centaines d’années les réserves d’eau. Texaco a rejeté les eaux usées qui résultent de l’exploitation pétrolière directement dans les rivières où s’alimentent les populations de la forêt.

 

Visiter Lago Agrio et ces environs donne la nausée. Impossible de trouver une famille où il n’y ait pas un enfant handicapé de naissance. Quand les hommes tentent d’exploiter la terre, le creusement du moindre trou provoque des émanations nauséabondes et huileuses. Ces populations ont non seulement été privées de leurs terres par la pollution qu’a provoquée l’exploitation pétrolière mais aussi d’avenir, la plupart de leurs enfants portant des séquelles des pollutions générées par Texaco.

 

 Aujourd’hui Texaco fait appel de la condamnation. Mais les familles aussi. En effet, un cabinet étasunien a estimé le préjudice à plusieurs dizaines de milliards de dollars. La seule dépollution des sols coûterait au moins une centaine de milliards de dollars. Ce scandale a inspiré le projet développé par le gouvernement équatorien à Yasuni. Il s’agit pour l’Equateur de s’engager à ne pas exploiter les ressources pétrolières cachées dans le sous-sol du parc de Yasuni, qui abrite l’une des biodiversités les plus extraordinaires du monde, en échange d’un financement international de cette non exploitation. Le raisonnement est le suivant : la biodoversité de la forêt équatorienne appartient à l’humanité. Pour la défendre, il faut que le monde entier collabore en finançant sa préservation. (Photo Lahora.com.ec)

 

PS : en reportage au Chili, je viens de recevoir un mail de l’ambassade du Mexique m’annonçant que l’Ambassadeur de ce pays en France s’est retiré du Sénat après que la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot Marie, a fait référence, lors d’un débat sans aucun lien avec cette affaire, à Florence Cassez, condamnée à une lourde peine de prison pour sa participation supposée à des enlèvements. Décidemment, les interventions de la ministre des Affaires étrangères au parlement ont de plus en plus de succès… Cela me rappelle les pressions infructueuses voire maladroites de la France pour libérer Ingrid Betancourt.

 

Je me souviens notamment d’un voyage de François Fillon à Buenos aires à l'occasion de l’investiture de Christina Kirchner. Le premier ministre français avait reçu le président Uribe à l’ambassade de France pour l’entretenir exclusivement d’Ingrid Betancourt.  La France à l’époque poussait Bogota à discuter avec les Farc (la guerilla colombienne), un alignement contre nature sur les positions d'Hugo Chavez, le président vénézuélien. François Fillon ne réussit qu'à provoquer la colère du président colombien estimant que la France n’avait pas à se mêler des affaires internes de la Colombie. L’histoire a donné raison à Alvaro Uribe, puisqu’il a réussi à libérer Ingrid Betancourt lors d'une action spectaculaire des forces armées dirigées à l’époque par Juan Manuel Santos, le président actuel. En diplomatie, l'arrogance est une faute professionnelle.



28/02/2011

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