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Les Frères musulmans sont un mouvement non violent, légaliste et qui a une vraie légitimité populaire

Le Point : " Les Frères musulmans sont un mouvement non violent, légaliste et qui a une vraie légitimité populaire "


vendredi 11 février 2011, par Tariq Ramadan 

Propos recueillis par Saïd Mahrane

 

Le Point : L’Egypte est en ébullition et Hosni Moubarak sous pression. Etait-ce pensable il y a encore quelques semaines ?

 

Tariq Ramadan : C’était impensable pour l’Egypte, comme pour la Tunisie. La révolution populaire a eu raison de tous les pronostics. Elle a renversé Ben Ali et brisé, de ce fait, un verrou, celui de la chape de plomb et de l’autorité des dictateurs. On savait le système Moubarak extrêmement organisé et extrêmement dur. On savait aussi qu’il bénéficiait de soutiens internationaux, surtout américains, eu égard aux positionnements géostratégiques et à la proximité du conflit israélo-palestinien. La situation actuelle était donc improbable. Cependant, il faut être prudent quant à l’analyse et aux scénarios possibles. En Tunisie, les Américains ont fait partir Ben Ali, car ils refusaient une contagion. Aussi l’ont-ils mis à l’isolement en accord avec l’Arabie saoudite. Concernant l’Egypte, la stratégie est différente, mais l’option reste la même. C’est une option gagnant-gagnant. Tenir le plus longtemps possible afin de voir si le régime de Moubarak peut survivre, ou alors aller vers un plan B. Un plan B visant à trouver des personnes dans l’appareil militaire ou dans la société civile qui pourraient jouer le jeu de la gouvernance. El-Baradei peut être une option.

 

C’est le modèle occidental, vu à la télé, qui est recherché par ces jeunes Arabes ?

 

Les courants et les aspirations sont divers. Nous avons des jeunes qui sont attirés par l’Occident et par la liberté, et d’autres, à l’inverse, qui estiment que la rue arabe s’américanise et qu’il faut revenir à quelque chose de plus traditionnel. C’est un jeu d’attraction-répulsion auquel nous assistons, y compris dans les milieux islamistes. Ces dernières années, l’évolution des Frères musulmans a été aussi importante et fracturée que celle du mouvement turc de l’AKP. On a vu apparaître un positionnement nouveau qui conduit à accepter la laïcité et à accepter les termes de la démocratie sans renier ses origines.

 

Votre grand-père fut le fondateur des Frères musulmans. Quel est le courant majoritaire au sein de cette confrérie ?

 

C’est assez explosif. L’ancienne garde est à la tête du mouvement, mais, à l’intérieur, de jeunes intellectuels, souvent quadragénaires, sont dans une démarche semblable à celle de Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc.

 

Que représentent les Frères musulmans en Egypte ?

 

Ils incarnent l’opposition historique, un travail social de terrain. Ils sont au service du peuple en pratiquant le mapping social. Ils sont partout et proposent des programmes d’aide et de réinsertion sociale et médicale. Mais ils ne sont pas la voix majoritaire de l’opposition. Ils ne sont pas à plus de 30 % d’adhésion de la population.

Les Frères musulmans ont joué un rôle, et non des moindres, dans la déstabilisation de l’Algérie au cours des années 90...

 

Les inquiétudes sont légitimes vis-à-vis d’eux. Cependant, quand on lit la littérature produite par les Frères musulmans aujourd’hui, elle n’est pas une, elle n’est pas commune et elle n’est pas toujours très claire. La mouvance historique des Frères musulmans a eu une constante qu’on ne peut lui dénier, qui est celle du refus de la violence. Ayman el-Zawahiri, le porte-parole de Ben Laden, les a quittés notamment pour cette raison, en les accusant d’être des collaborateurs du pouvoir. C’est un mouvement non violent, légaliste et qui a une vraie légitimité populaire. Il y a bien sûr des débats entre eux sur la façon d’appliquer la charia, de mettre en pratique au quotidien ses références dans la sphère privée ou publique. Mais l’avenir de la démocratie dans les pays musulmans passe par l’intégration de ces mouvements dans le débat.

 

En cas d’alternance politique en Egypte, la paix avec Israël est-elle menacée ? Moubarak a souvent été critiqué pour sa proximité avec l’Etat hébreu...

C’est en effet paradoxal. Israël considère que le maintien de sa sécurité passe par le seul maintien de ces dictateurs. Or les peuples arabes ne sont pas satisfaits de la politique israélienne. Ces mouvements populaires de démocratisation sont donc le meilleur moyen de mettre une vraie pression sur Israël en lui demandant de mettre fin à cette politique du fait accompli et de reconnaître la dignité du peuple palestinien.

 

Donc, la paix est menacée ?

 

La paix dans les termes israéliens est menacée. La paix dans des termes justes, non. Si Israël n’est pas prêt à revoir sa politique, tout processus démocratique dans le monde arabe est un danger pour lui.

Les manifestations peuvent-elles s’étendre à d’autres pays dans la région ?

Si Moubarak tombe, je le crois.

A cette condition, vous pourriez enfin vous rendre en Egypte...

Cela fait quinze ans que je ne peux pas entrer en Egypte. Je serais heureux de pouvoir me rendre dans mon pays d’origine. Quand j’étais étudiant en Egypte, on m’a arrêté et on a torturé des gens devant moi pour me montrer les méthodes de ce régime extrêmement dur, que je critique depuis plus de vingt ans.


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06/08/2011

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