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Le volcan qui a mangé son "gardien"

Le volcan Merapi qui culmine à 2 968 mètres est
un des plus actifs au monde. Son nom est une contraction de Meru, la montagne sacrée des hindous, et api, le feu en sanskrit. Depuis le début du XXe siècle, il est
entré en éruption à douze reprises dont la plus mortelle fut en 1930 :
1 369 victimes. C'est un géologue néerlandais, Reinout Willem van
Bemmelen, qui dans un livre publié en1949 (The Geology of Indonesia) avança le premier la thèse selon laquelle une très puissante éruption du
Merapi en 1006 aurait englouti l'ancien royaume hindou de Mataram, près de
l'actuelle ville de Yogyakarta et aurait enfoui le temple bouddhiste de
Borobudur sous une montagne de cendres. Cette théorie, maintes fois reprise
depuis, est aujourd'hui contestée par plusieurs géologues et archéologues qui
affirment que les temples engloutis l'ont été sur plusieurs siècles par couches
successives de coulées piro-clastiques, énorme mélasse de laves, de roches
comprimées avec des gaz sous pression, de boue et de cendres brûlantes qui
caractérisent les éruptions du Merapi. Depuis les années 1960, malgré huit
éruptions spectaculaires et la très forte densité de population vivant à moins
de sept kilomètres de son sommet, le Merapi n'a fait que 145 victimes car
il est devenu un des volcans les plus observés du monde.

Mbah Marijan, le "gardien" du volcan Merapi

 

Le volcan qui a mangé son "gardien"

 

Sur l'île de Java, l'éruption du Merapi a provoqué la mort d'une trentaine de personnes parmi lesquelles figurait celui qui le "gardait". Une personnalité qui suscite aujourd'hui un regain d'intérêt.

02.11.2010 | Irene Sarwindaningrum, Hariadi Saptono  | Kompas

 

Les trois éruptions successives du volcan Merapi le 26 octobre 2010 à 18 h 10, 18 h 15 et 18 h 25 laissent derrière elles deux questions importantes. D'abord, pourquoi le nombre de morts brûlés par les nuées ardentes est-il aussi élevé, à savoir 32 personnes, y compris le gardien du volcan, Mbah Marijan (83 ans) ? Le gouvernement et le centre de vulcanologie avaient pourtant déclaré l'état d'alerte maximum et anticipé le pire. On peut donc se demander qui était véritablement Mbah Marijan et quel rôle il jouait en tant que "gardien des clés" du volcan Merapi, lui qui, lors des éruptions précédentes, avait toujours choisi de rester chez lui, au village de Kinahrejo. Un nombre croissant d'Indonésiens voudraient le savoir.

//www.youtube.com/watch?v=11QWgv0-gJU&feature=player_embedded


Il vivait avec sa famille dans le village le plus en hauteur sur les pentes du volcan, à seulement quatre kilomètres du sommet, qui culmine à 2 968 mètres. Lorsqu'ils partaient camper sur le volcan ou s'élançaient à son ascension, la communauté des jeunes amoureux de la nature ne manquait jamais de rendre visite à Mbah Marijan. Sa maison se transformait alors en camp de base, avec de vastes lits en bambou pour se reposer. Depuis le début des années 1980, de petites gargotes avaient fleuri tout autour de chez lui. Les grimpeurs et les promeneurs du dimanche venaient y reprendre des forces. Il y avait là du café noir, du thé, du café au gingembre, des arachides cuites à la vapeur, des nouilles instantanées, du riz frit ou sauté, des cigarettes et même de la lotion antimoustiques. Le samedi soir, une myriade de jeunes se retrouvaient là pour manger et unir leurs pensées libres et sauvages au volcan. Mbah Marijan avait toujours le dernier mot. C'est lui qui donnait le feu vert aux groupes de randonneurs, parce qu'il savait si les conditions ce jour-là s'y prêtaient ou non.

Tous ces jeunes et tous les hôtes de passage étaient attachés à cet homme et impressionnés par sa parole si "rusée", par son vocabulaire inventif et son ingéniosité. Nommé en 1983 "gardien des clés du volcan" par le sultan Hamengku Buwono IX, il possédait un langage non linéaire, multidimensionnel et fleuri de métaphores. C'est pourquoi il déroutait les personnes dotées d'un esprit trop logique et rigide. Pourquoi était-il devenu le gardien des clés du volcan ? Cette fonction est liée au fait que la région du Merapi fait partie intégrante du sultanat de Yogyakarta. Le palais a pour tradition de nommer un gardien du volcan qui participe de la "vision du monde" des Javanais, qui tracent une ligne imaginaire entre le volcan Merapi, le palais et la plage de Parangtritis, au sud de Yogyakarta, au bord de l'Océan Indien.

Le 26 octobre au soir, la maison de Mbah Marijan a été pulvérisée par les nuées ardentes, ainsi que tout le village de Kinahrejo. Aucune habitation n'a été épargnée. La nature si verte était devenue en quelques minutes un océan gris. Et Mbah Marijan est mort dans l'éruption. Le lendemain, les cendres volcaniques couvraient d'une couche de plus de dix centimètres les ruines de sa maison. Le toit gisait à terre. Des photos de Mbah Marijan en compagnie de diverses personnalités - dont le champion de boxe indonésien Chris John [avec qui il avait tourné une publicité pour une boisson traditionnelle fortifiante et virile] - étaient éparpillées dans les décombres. Le corps de Mbah Marijan a été retrouvé dans sa maison, en position de prosternation. Un de ses voisins, Sumijo, salue la détermination de Mbah Marijan. "Son dévouement total à sa charge de gardien du volcan est exemplaire." D'après Sumijo, Mbah Marijan avait parfaitement conscience du danger. Il avait encouragé les autres villageois à évacuer au plus vite. Mais plusieurs d'entre eux avaient choisi de rester auprès de Mbah Marijan pour continuer à veiller sur le volcan. Voilà pourquoi le nombre de victimes est si élevé. L'équipe de secouristes a retrouvé 31 corps autour de la maison du gardien du volcan. Sumijo reconnaît que les villageois avaient tendance à idolâtrer Mbah Marijan.

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A présent, Kinahrejo est un village mort. Il est impossible d'espérer que la vie y reprenne. Comme si s'achevait là son histoire légendaire, ainsi que celle de son héros. De Kinahrejo, il ne reste plus aujourd'hui qu'un grand fond de mythologie. Autant de mythes qu'une écrivaine d'origine française, Elisabeth D. Inandiak, a rassemblés dans un livre qui raconte l'histoire d'un banian blanc et d'une pierre éléphant sur les pentes du Merapi. Un conte sur l'amour et l'harmonie entre un homme, un animal et la nature, écrit dans une langue qui réactualise les anciens mythes sur le volcan. Le livre est constellé des paroles de feu Mbah Marijan, des mots simples et directs, chargés de sens qui ont tant marqué la vie sociale de Kinahrejo. Citons-en une : "Qu'un homme intelligent reçoive une chose, il en demandera deux. Mais qu'un idiot en reçoive une, il sera plein de gratitude." Ou encore : "Les gens portent des souliers mais plus de chapeau. Je marche pieds nus, mais je me couvre la tête, car la tête est ce que l'homme a de plus précieux. N'est-ce pas elle qui commande à nos pieds d'avancer ?" Oui, Kinahrejo a beau avoir été pulvérisé, Mbah Marijan a beau être mort, il a laissé de profondes sagesses à ceux qui veulent bien les entendre.

 

PRÉVENTION Un système d'alerte défaillant

Lorsque, le 26 octobre, un tsunami a frappé les îles de Mentawai, la bouée de détection Buoy Sangkuriang reliée à un satellite et placée dans les eaux entre l'archipel de Mentawai et la côte de Padang (Sumatra) se trouvait depuis plusieurs semaines dans un atelier de réparation à Tangerang, dans la grande banlieue de Jakarta, rapporte l'hebdomadaire Tempo. Des vandales avaient saccagé son antenne. Sur les neuf bouées Sangkuriang fabriquées par l'institut indonésien des technologies océaniques, seules trois sont opérationnelles, l'une près de l'île Simeulue (Atjeh), une autre à Cilacap (côte nord de Java) et la troisième à Halmahera (Moluques du Nord). Sachant que sur les 497 districts ou villes de l'archipel indonésien, 150 sont susceptibles de subir un tsunami, il semble bien dérisoire de vouloir compter sur la technologie de pointe pour alerter les populations du littoral. D'autant plus que la majorité des tsunamis en Indonésie ont pour origine des séismes locaux, si bien que les vagues déferlent                            

quelques minutes seulement après la secousse sismique.

Les villes côtières sont situées en moyenne à seulement 250 ou 300 kilomètres du lieu de rencontre des plaques continentales sous-marines. Les vagues d'un tsunami se déplaçant à 600 ou 700 km/h, elles mettent moins de quarante minutes pour s'abattre sur le littoral. Et beaucoup moins pour atteindre les îles au large. Les solutions préconisées sont avant tout une meilleure planification de l'habitat côtier, écrit le quotidien Kompas. Les villages de pêcheurs devraient être construits sur des hauteurs et non pas sur les plages. Les populations devraient être sensibilisées et suivre l'adage de l'île de Simeulue où les habitants furent tous épargnés par le tsunami de 2004  : "Quand la terre tremble, cours sur la colline". Mais seules 171 villes ou districts sont dotés d'un bureau de prévention des catastrophes régionales (BPBD).

 



03/11/2010

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