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Le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de Benazir Bhutto

Le rapport de la Commission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de Benazir Bhutto

Figure de proue de l’opposition, première femme élue démocratiquement en 1988 dans un pays à majorité musulmane, la première ministre pakistanaise Mahtarma Benazir Bhutto, qui se sentait menacée, fut assassinée dans un attentat-suicide en quittant un meeting à Rawalpindi le 27 décembre 2007. Avec elle, 24 personnes périrent, il y eut de nombreux blessés. Une enquête bâclée, entravée, a conclu à l’intervention d’al-Qaida et des Talibans.

En 2009, à la demande du gouvernement pakistanais  (le mari de feue Mme Bhutto, élu en 2008, est l’actuel président du Pakistan), le Conseil de Sécurité des Nations Unies a désigné trois membres de la Commission d’enquête afin de déterminer les faits et les circonstances de l’assassinat. L’ UN News Center nous informe sur le rapport de la Commission remis au Secrétaire général le 30 mars 2010. Si toute la lumière n’est pas faite sur cet assassinat, les manquements graves à l’enquête initiale sont clairement stigmatisés. Il revient maintenant aux autorités pakistanaises de trouver les coupables et de les traduire en justice.  

Nous faisons suivre cet article d’une courte vidéo diffusée sur la chaîne Al Jazeera dans le cadre de l’émission "Frost over the World" : le 3 novembre 2007, David Frost réalisait une interview de  Benazir Bhutto où elle confiait ses craintes.


Bhutto

L’ex-première ministre pakistanaise Benazir Bhutto

 


Selon le rapport de l’ONU sur l’ assassinat de Bhutto, les fonctionnaires pakistanais ont "profondément failli à leur mission."

15 avril 2010 – Pour assurer la protection de la Première ministre assassinée, Benazir Bhutto, les mesures de sécurité des autorités fédérales et locales pakistanaises ont été «irrémédiablement insuffisantes et inefficaces". L’enquête ultérieure sur sa mort, sujet à mascarade, a été partiale comme le dénonce aujourd’hui un rapport d’enquête indépendante des Nations Unies.

La Commission d’enquête des Nations Unies, nommée l’an dernier par le Secrétaire Général Ban Ki-moon à la demande du gouvernement pakistanais, n’a pu tirer de conclusions quant aux organisateurs et aux commanditaires de l’attentat dans lequel un kamikaze de 15 ans a fait exploser la voiture de Madame Buttho dans la ville de Rawalpindi le 27 décembre 2007.

D’après l’enquête, le gouvernement s’est empressé d’accuser le commandant local taliban Baitullah Mehsud et Al-Qaida, bien que les ennemis de Mme Bhutto aient probablement fait partie de l’establishment même.

Selon la Commission : "De nombreux fonctionnaires du gouvernement ont terriblement échoué,  d’abord à protéger Mme Bhutto, à mener une  enquête efficace sur tous les responsables de son assassinat, sur  l’exécution de l’attentat, mais aussi sa conception, sa planification et son financement.»

«Le jour de son assassinat, la responsabilité de la sécurité de Mme Bhutto incombait au gouvernement fédéral, au gouvernement du Pendjab ainsi qu’à la police du district de Rawalpindi. Aucune de ces entités n’a pris les mesures nécessaires pour répondre aux nouveaux risques de sécurité extraordinaires et urgents dont ils savaient qu’ils lui étaient nécessaires."

Le Général Pervez Musharraf était président au moment de l’attentat-suicide de Rawalpindi. Selon le rapport, le gouvernement fédéral n’ayant pas alors de plan de sécurité défini, a préféré s’en remettre aux autorités provinciales, mais sans leur donner les instructions nécessaires.

"Ce qui est particulièrement inexcusable, c’est que le gouvernement n’a pas chargé les autorités provinciales de fournir à Mme Bhutto les mêmes mesures de sécurité rigoureuses et spécifiques ordonnées le 22 octobre 2007 pour deux autres anciens premiers ministres appartenant au principal parti politique soutenant le Général Musharraf," a t-il été déclaré.

"Ce traitement discriminatoire est profondément troublant, compte tenu de la tentative d’assassinat dévastatrice à son encontre trois jours plus tôt, comme les menaces spécifiques contre elle suivies par l’ISI (Inter-Services Intelligence Agency)," a t-il été ajouté, étant souligné que son assassinat aurait pu être évité si la police du district de Rawalpindi avait pris les mesures de sécurité adéquates.

Concernant les répercussions immédiates de l’attentat, la Commission a constaté que les actions et omissions de la police, y compris le nettoyage de la scène du crime et le fait de ne pas avoir recueilli et préservé les preuves, a infligé des dommages irréparables à l’enquête.

Il est noté que : "La collecte de 23 éléments de preuve est manifestement dérisoire dans un cas où il aurait dû y en avoir des milliers. "  "Le seul cas où les autorités ont révisé ces procédures, le comité d’enquête (de la province du) Pendjab sur le nettoyage de la scène du crime était un blanchiment. Nettoyer la scène du crime aussitôt après l’explosion va au-delà de la simple incompétence; c’est aux autorités en vigueur de déterminer si cela tient de la responsabilité pénale. "

Il a également été établi que, durant deux jours entiers après l’assassinat, Saud Aziz,l’officier de la ville, a empêché les enquêteurs de faire leur travail sur place, que les affirmations du gouvernement selon lesquelles M. Mehsud et Al-Qaida étaient les responsables ont été faites bien avant l’amorce de toute investigation sérieuse, court-circuitant, portant préjudice et entravant l’enquête ultérieure.

Selon la Commission, "Mme Bhutto a subi de graves menaces émanant de plusieurs sources au Pakistan." Elles provenaient notamment d’Al-Qaida, des Talibans, de groupes djihadistes locaux, et probablement d’éléments de l’establishment pakistanais. Cependant, malgré ces menaces, l’enquête sur son assassinat s’est focalisée sur la poursuite d’agents de moindre importance, prétendument liés à Baitullah Mehsud.

Il a été souligné que les enquêteurs ont exclu toute possibilité d’implication d’éléments de l’establishment pakistanais, y compris les trois personnes désignées par Mme Bhutto comme représentant une menace pour elle dans sa lettre du 16 octobre 2007 adressée au général Musharraf. Il a également été noté que l’ enquête a sérieusement été  entravée par les agences de renseignement et autres responsables gouvernementaux, faisant obstacle à la recherche sans entraves de la vérité.

Il est dit : "La Commission estime que les défaillances de la police et autres fonctionnaires pour réagir efficacement à l’assassinat de Mme Bhutto ont été, dans la plupart des cas, volontaires."

Les trois membres dirigés par Heraldo Muñoz, l’Ambassadeur du Chili à l’ONU, dont Marzuki Darusman, ancien procureur général de l’Indonésie, et Peter Fitzgerald, ancien fonctionnaire de la police nationale irlandaise, ont exhorté le gouvernement à entreprendre une réforme de la police au regard de ses "performances et de sa conduite profondément viciées"

Il a également été recommandé la création d’une Commission  sur la Vérité et de Réconciliation pleinement indépendante pour enquêter sur les assassinats politiques, les disparitions et le terrorisme au Pakistan ces dernières années au vu d’une histoire sur fond de violence politique commise en toute impunité.

Le veuf de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, est l’actuel président pakistanais.

Dans un communiqué émanant de son porte-parole, M. Ban a félicité les commissaires et leur personnel pour avoir accompli leur difficile mission de neuf mois et demi "rapidement et de manière professionnelle."

Lors d’une nouvelle conférence aujourd’hui, M. Muñoz a souligné que la Commission a réalisé plus de 250 interviews avec des Pakistanais et d’autres à l’intérieur et hors du Pakistan, qu’elle a examiné des centaines de documents, vidéos, photographies ainsi que du matériel documentaire fourni par les autorités fédérales et provinciales au Pakistan et ailleurs.

Dans son rapport, la Commission a déclaré que "les tentatives de certaines hautes autorités du gouvernement pakistanais ont empêché l’accès aux sources de renseignement militaire", mais, que grâce à la prorogation de son mandat au 31 mars, la Commission a  finalement pu rencontrer certains membres, anciens et actuels, de l’armée pakistanaise et des services de renseignement.

Traduction apetimedia pour ReOpenNews


//www.dailymotion.com/video/k7B9goBWzk8kA81tEvX


Interview de Benazir Bhutto peu avant son assassinat
envoyé par ReOpen911. – Regardez les dernières vidéos d’actu.

 

En lien avec cet article :

Le Pakistan mis en cause dans l’assassinat de Benazir Buttho / nouvelobs.com

Le veuf de Benazir Bhutto met en cause le gouvernement / nouvelobs.com

Pakistan – La corruption survit à un changement de régime / Courrier international

 



20/04/2010

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