PerleDeDiamant

PerleDeDiamant

le programme parole de Dieu contre nourriture

Une nouvelle invention congolaise : le programme parole de Dieu contre nourriture

21 juillet 2009 par Cédric Kalonji Une nouvelle invention congolaise : le programme parole de Dieu contre nourriture

S’il y a un peuple qui devrait avoir priorité quand il s’agira d’entrer au paradis, c’est bien le congolais. Optant pour la débrouille et renonçant à l’électricité, l’eau courante, la santé et l’éducation sur terre, le congolais s’accroche à la vie dans l’au-delà.

Je me souviens encore de ces prédicateurs ou marchands miracles que l’on croise tous les jours dans les rues de Kinshasa. Mira parlait il y a quelques mois des prêcheurs dans le transport en commun kinois et Boyomais racontait plus tard dans un de ses articles l’histoire d’un militaire qui était en même temps pasteur pigiste.

Ce que je trouve drôle c’est le discours de ces « hommes de Dieu » se termine par « salisa mosali ya nzambe » traduction : « soutenez l’homme de Dieu ». Si je dois traduire cette phrase en langage kinois en français ce sera : « donnez-moi de l’argent pour que je ramène à bouffer chez moi ce soir ». On aurait pu parler de mendicité mais comme le prédicateur donne la parole de Dieu en échange, on peut dire qu’il s’agit d’un échange de bons procédés. Comme pour le célèbre programme pétrole contre nourriture, les évangélistes congolais ont inventé le concept de parole de Dieu contre nourriture.

Il y a quelques mois, en sortant de mon travail à Kinshasa, j’ai croisé un cousin que j’avais perdu de vue pendant des années. Ça devait faire près de 6 ans que je ne l’avais pas vu. Après de belles accolades et quelques minutes de discussions, le cousin a vu, pendu sur mon cou, mon badge de service, preuve que je travaillais pour la MONUC. Comme par reflexe, il s’est mis à me parler de Dieu. A la fin de son sermon, il m’a demandé de lui payer son transport.

Ce cher cousin était devenu évangéliste et il essayait de me convaincre que comme je travaillais à la MONUC, c’était une bénédiction divine que je devais partager « avec mes frères » et avec les serviteurs de Dieu. « Dieu t’a donné, il faut partager avec les autres. Tu sais, dans une famille, l’éternel bénit quelques personnes qui sont supposées aider les autres », me disait-il. Surpris par ce discours ma réponse était bien simple : « Je ne pense pas que le Dieu dont tu me parles m’ait envoyé sur terre avec une mission d’esclave qui se réveille tous les matins pour travailler et ensuite partager le fruit de son travail avec ses frères qui ont fait la grasse matinée et qui, plutôt que d’aller travailler, préfèrent passer la journée devant la télé ou à l’église. »

Simple coïncidence ou problème social ? Plus la situation se dégrade au Congo, plus des églisettes poussent comme des champignons. Réalité bien évidente, la bible est devenue une autre voie de débrouille pour ceux qui ont une bonne mémoire pour en mémoriser quelques versets et qui ont une voix assez forte pour crier et se faire entendre dans un marché ou un bus bondé.

Autant je vois souvent des musiciens demander des pièces dans le métro parisien en échange de quelques airs de musique, autant à Kinshasa les « pasteurs » réclament de l’aumône en échange de la lecture de quelques versets bibliques. A chacun ses habitudes…



22/07/2009

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 3 autres membres