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L’Allemagne légitime l’euthanasie passive

justice lundi28 juin 2010

L’Allemagne légitime l’euthanasie passive

La justice renforce le droit des patients à ne pas être maintenus artificiellement en vie contre leur volonté. Ce jugement fera date dans un pays où le débat reste plombé par le souvenir des programmes d’eugénisme du 3e Reich

La Cour fédérale de justice allemande a donné raison vendredi à Wolfgang Putz, un avocat réputé, ardent défenseur du droit à mourir dignement. Wolfgang Putz avait été condamné à 9 mois de prison avec sursis pour avoir conseillé à Elke Gloor, 55 ans, de couper la sonde gastrique qui maintenait sa mère dans un coma profond depuis plus de cinq ans, contre le gré de la malade. Du temps où elle était en bonne santé, la patiente avait expressément refusé d’être un jour maintenue artificiellement en vie.

Dans un pays où le débat sur l’euthanasie est plombé par les souvenirs du IIIe Reich, l’arrêt de la Cour «donne un cadre juridique sûr qui permet de différencier entre l’euthanasie active interdite et l’euthanasie passive» s’est félicitée la ministre de la Justice, la libérale Satine Leutheuser-Schnarrenberger.

En octobre 2002, Erika Küllmer, 71 ans, tombe dans le coma à la suite d’un accident cérébral. Placée dans un hospice, elle ne survit que grâce à la sonde gastrique qui lui permet de recevoir nourriture et eau. «Son état de santé ne laissait présager aucune amélioration», a souligné la Cour de justice dans son communiqué. Toutes les dents de la patiente lui avaient été retirées pour simplifier les soins qui lui étaient donnés. Avant cet accident, Erika Küllmer avait exprimé le souhait de mourir dignement. Mais la direction de l’hospice, craignant d’encourir une peine, refuse de suivre le conseil du médecin qui recommande d’interrompre les soins. Finalement, en décembre 2007, les enfants de la patiente se résolvent à couper la sonde qui maintient leur mère artificiellement en vie, sur les conseils de leur avocat. Erika Küllmer meurt quelques jours plus tard. La fille de la patiente et l’avocat sont poursuivis en justice. La fille est acquittée, l’avocat condamné.

100 000 sondes gastriques sont posées chaque année en Allemagne dans les hôpitaux. Plusieurs études ont montré que les sondes gastriques ne permettent ni de prolonger, ni d’améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de maladies incurables telles que la maladie d’Alzheimer. Jusqu’en septembre 2009 et la réforme de la loi sur la volonté du patient, les familles n’avaient pratiquement aucune possibilité de faire respecter la volonté d’un malade refusant d’être maintenu artificiellement en vie. La réforme de 2009, qui a servi de base à l’arrêt de la Cour de justice, stipule que la pose d’une sonde est un acte médical comme un autre nécessitant donc l’accord du patient.

«L’arrêt de la Cour est un progrès considérable pour la médecine, se félicite Frank Erbguth, directeur d’une clinique de Nuremberg. Il permet au médecin de savoir quand il peut interrompre un traitement non voulu. Cet arrêt rend inutile l’euthanasie active, puisque l’euthanasie passive n’est plus interdite.» Chaque année, des Allemands atteints de maladies incurables, redoutant de subir un jour des soins contre leur volonté mais encore maîtres de leur destin, choisissent de se rendre notamment en Suisse pour y bénéficier d’une législation plus libérale sur l’euthanasie.

«Avec la médecine moderne, il fallait trouver de nouvelles règles, constate le quotidien Süddeutsche Zeitung. Il fallait trouver une réponse juridique à l’angoisse des gens qui ne veulent pas finir «raccrochés à une machine» qui dans leur désespoir vont chercher de l’aide du côté d’organismes hautement suspects tels que l’association suisse Dignitas. Le législateur a franchi un pas important l’an dernier avec la nouvelle loi sur la volonté du patient. La Cour de justice a renchéri. Les choses sont désormais claires: le droit à la vie ne veut pas dire qu’on retire aux gens le droit de s’exprimer.»

Seules quelques voix émettent des doutes… L’Eglise catholique estime que la justice a ouvert la porte vers l’euthanasie active. L’association des patients pour sa part déplore que la justice allemande ne définisse pas suffisamment les critères permettant de juger de la volonté du patient. «Sans critères définissant clairement comment savoir si un patient voulait ou non être maintenu artificiellement en vie, si un vœu exprimé oralement, avec ou sans témoins suffit, les familles seront livrées au bon vouloir des médecins», déplore Eugen Brysch, le président de l’association. Erika Küllmer avait fait savoir oralement à ses enfants, sans autres témoins, qu’elle ne souhaitait pas être un jour maintenue artificiellement en vie.



29/06/2010

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