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La valeur de l’Homme, une erreur de calcul capitaliste

29 mars 2011

La valeur de l’Homme, une erreur de calcul capitaliste

Caleb IRRI
 


Le capitalisme n’a qu’un seul objet : le profit.

 

Ce profit est le résultat d’une balance entre les recettes et les dépenses liées à une activité, qui doit pour être viable dégager une plus-value, c’est à dire être finalement positive. A la limite de la perte et du profit se trouve un point « zéro », que l’on appelle le seuil de rentabilité.

C’est la recherche de ce seuil de rentabilité qui détermine la viabilité d’un projet, ce qui signifie que le lancement d’une activité dépend d’un calcul établi en amont pour savoir si le rapport entre les investissements effectués et les gains espérés seront globalement positifs ou non. La rentabilité se trouve donc être une projection des profits futurs, une espérance, une probabilité considérée comme suffisante pour atteindre un certain niveau de profit.

 

En d’autres termes, la rentabilité calcule la probabilité d’un profit à venir ; jamais des certitudes.

Dans l’élaboration de ce calcul, les dépenses nécessaires à la création de l’activité se nomment investissement, et se trouvent séparées en deux entités distinctes, le facteur capital d’une part, et le facteur travail de l’autre. Le facteur capital est aisément intégrable dans des calculs, et cela malgré de très nombreuses données. Mais c’est pour le facteur travail que les difficultés sont les plus grandes. Car ce facteur travail c’est vous, c’est moi.

 

 Les recettes, elles, sont calculées à partir d’un concept également non mathématique, le fameux « consommateur rationnel », destiné à rendre l’homme « calculable », mais qui n’existe (heureusement) pas dans la réalité.

 

Pour le nucléaire comme pour toute autre activité, il faut donc, avant de se lancer, examiner le seuil de rentabilité d’un tel projet, ce qui signifie intégrer aux calculs de nombreux paramètres, dans lesquels interviennent donc des éléments mathématiques (les capitaux : combien coûte la maçonnerie, le travail, les impôts, les assurances...), mais également des facteurs humains (le risque d’accident, les conséquences sanitaires et environnementales à court, moyen et long terme). En fonction du prix « calculé » (on devrait dire « imaginé » car la somme des paramètres à prendre en compte ne peut être ni exhaustive ni quantifiée), et toujours en rapport avec les hypothèses de comportements des consommateurs (la demande supposée en électricité), le capitaliste déterminera le prix qu’il doit vendre son « produit » pour estimer si l’affaire est rentable ( si le prix qu’il fixe respecte la concurrence), ou quelle rentabilité il désire pour fixer son prix de vente (dans le cas d’un monopole).

L’exemple de Fukushima nous montre bien que tous ces calculs ne servent véritablement à rien, car en réalité les éléments « mathématiques » que représentent les coûts fixes sont erronés, car ils ne prennent pas en considération la véritable mesure ni des choses, ni des êtres. Même les « choses » sont le résultat du travail humain, et la « valeur » de l’homme est une donnée incalculable, car il fait partie d’un tout, l’Humanité.

 

Et quand bien même nous serions capables d’en rendre compte de manière acceptable, jamais de tels projets n’auraient dû voir le jour, au regard de risques encourus. Nous aurons bon nous évertuer à calculer si oui ou non le bilan du nucléaire est, dans son ensemble, positif pour l’Humanité, cela est inutile. Car bien qu’à court terme cette activité semble « rentable » à certains égards (emplois, confort, prix, pollution), sur le long terme rien n’est moins sûr : ce que va coûter la catastrophe va bien au delà de tout ce qu’on peut imaginer en termes de santé, d’environnement, et même de financier. Et tout cela sans tenir compte des incidences de la production d’une centrale nucléaire, qui sont également incalculables dans une économie mondialisée : l’exploitation des ressources pour extraire le combustible, celle des êtres humains mis en servitude et rendus malades, la pollution et les trafics, les guerres engendrés pour son contrôle et son acheminement...

 

Alors au bout du compte, la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Cela devrait nous faire réfléchir sur les dangers de tels calculs, qui intègrent dans leurs critères une sorte de « valeur » attribuée à l’être humain. Et c’est bien là que repose toute l’erreur du capitalisme : en définissant l’homme selon des critères purement financiers, qui plus est à court terme, il omet l’élément essentiel du fonctionnement d’une société, l’être humain dans son individualité, dans sa complexité, dans son humanité, et la pérennité de son existence. En n’estimant pas le facteur humain comme principal objet de ses calculs, en attribuant une valeur « monétaire » à l’être humain, il inverse les priorités « naturelles » des hommes, et finit par prendre l’homme non plus comme but mais comme moyen, et l’argent comme but alors qu’il ne devrait être qu’un moyen, au service de l’homme.

 

Ainsi, l’objectif primordial d’une société, à savoir la conservation de l’espèce humaine, rentre en contradiction totale avec l’objectif du capitalisme, qui préfère le profit à l’être humain, et qui permet à de telles catastrophes de se produire.

Les choses étant ainsi posées, et puisque le capitalisme attribue une « valeur » à l’être humain, il s’agit maintenant de savoir comment elle est calculée.

 

Parmi les dépenses que le capitaliste doit prendre en compte dans ses calculs, certains coûts sont dits « fixes » (bien qu’ils intègrent eux aussi les coûts « variables » -l’homme- dans le cadre de leur activité spécifique), et d’autres « variables », qui correspondent aux coûts du travail en un lieu et en un moment donnés. Le coût du travail en Chine n’est pas le même qu’en France, car la législation du droit du travail, les taxes, les conditions de vie des travailleurs, etc, ne sont pas les mêmes partout et tout le temps. Le coût du travail, c’est donc la valeur que l’on vous attribue, en fonction de votre productivité (ce que vous êtes capable de produire en un temps donné). Le coût du travail est devenu, selon les lois du marché, la seule variable d’ajustement sur laquelle les capitalistes peuvent encore jouer, et qui détermine donc notre valeur, la valeur de l’être humain. Cela peut paraître effarant, mais c’est bien la triste vérité. La valeur de l’homme n’est un facteur au même titre que le kilo de MOX, que l’assurance ou les conditions de travail.

 

Le principe de la fixation du coût du travail réside dans la conception même de l’être humain, avec comme limite sa capacité à supporter l’exploitation de sa force de travail. En d’autres termes, cela signifie qu’il faut traiter l’être humain le moins bien possible (réduire les coûts), sans toutefois qu’il se révolte. Le travail des économistes (qui se trouve être en réalité un travail de psychologue) se résumant à pousser cette « variable » (vous et moi donc) jusqu’au maximum de ses possibilités de productivité, sans dépasser une limite au delà de laquelle ils n’est plus rentable de la contraindre, car alors la productivité de cette variable baisserait. Il ne faut donc pas croire que les loisirs et autres « conforts » sociaux ne sont seulement que le résultat des luttes sociales, mais plutôt qu’ils sont la nécessaire concession faite par des économistes estimant qu’au dessous d’un certain seuil de confort, notre productivité baisse. La valeur de l’homme n’est donc définie que par le rapport entre ce qu’il est capable de rapporter (sa productivité, l’effort qu’il est capable de fournir), et ce qu’il coûte pour travailler sans se révolter (conditions de travail, salaires...). C’est cela l’optimisation, et c’est cela que vous valez, que nous valons, selon le capitalisme : moins que le profit.

 

Cette manière de calculer la « valeur » de l’être humain remet donc en question toute la morale humaniste des sociétés, et permet d’annihiler la conception égalitaire de nos sociétés selon laquelle un homme en vaut un autre. En « calculant » la valeur de l’être humain, on s’aperçoit qu’il ne s’agit donc plus de le faire « valoir » plus, mais moins. L’homme se trouve sacrifié au profit de la rentabilité, ce qui finit par nuire à l’Humanité toute entière. Car en « moyenne » la vie d’un Chinois vaut moins que celle d’un Français, et à l’intérieur même de chaque société certains valent plus que d’autres. Les « liquidateurs » sacrifiés pour refroidir les réacteurs japonais valent moins que les dirigeants de Tepco, qui achètent la vie des liquidateurs avec l’argent qu’ils ont gagné sur le dos d’autres misérables travailleurs, au nom d’une rentabilité justifiée par un calcul erroné, une conception du monde injuste et inhumaine.

 

Selon cette conception, la valeur de l’être humain ne dépend plus de ce qu’il est intrinsèquement (un être humain parmi des milliards d’autres), mais de ce qu’il fait. Cela signifie que tous les calculs économiques déterminant les activités humaines sont basés sur un principe « moral » qui contredit et outrepasse les lois « naturelles » imprescriptibles de l’Homme, celles de l’égalité et de la conservation de l’espèce. Avec la détermination de la valeur de l’homme les inégalités se sont tellement creusées que selon les critères de rentabilité, certains hommes en valent des millions d’autres : cela met en péril l’équilibre de l’Humanité toute entière, et rend évidemment impossible toute démocratie.

 

Car la démocratie implique la définition d’une majorité, chaque individu ayant le même poids dans les décisions concernant la société. L’objectif d’une société étant la conservation de l’espèce humaine, elle considère qu’en laissant souffrir 10 personnes de la faim pour en nourrir un million, le développement d’une activité est acceptable d’un point de vue global : les 10 misérables ne se révolteront pas, et la majorité se satisfera de ce calcul, acceptant ce principe majoritaire. On peut bien sûr aller plus loin dans les proportions (jusqu’à un maximum de 49, 9% de la population, le raisonnement est « théoriquement » acceptable). Mais d’un point de vue capitaliste, le principe démocratique ne tient plus : puisque quelques hommes en valent des millions d’autres, alors on peut considérer que laisser mourir de faim 90 % des hommes est acceptable, ce qui revient à un suicide programmé de l’espèce humaine.

 

En considérant l’homme seulement comme une variable d’ajustement mathématique, et non plus comme l’objet de toutes les attentions de la société, le capitalisme a fait une erreur de calcul impardonnable, qui va beaucoup plus loin que la raison humaine, comme on le voit aujourd’hui : car si dans la théorie le nucléaire est rentable, elle devrait servir les intérêts de la majorité de la société humaine (50, 01%). Mais en pratique, le risque incalculable que les capitalistes ont pris en fonction de conditions purement financières met en danger l’ensemble de l’humanité, prouvant ainsi à quel point la notion de profit est supérieure à celle de la valeur de l’être humain, et à quel point le système capitaliste est entré en contradiction avec les objectifs de l’humanité. En donnant une valeur différente à chaque être humain, elle sort l’humanité du principe selon lequel chaque homme en vaut un autre, et que la conservation de l’espèce est l’objectif primordial de toute société. Car aujourd’hui, selon les critères capitalistes, à peine 10% de la population sont susceptibles de laisser mourir de faim le reste des êtres humains pour que le système continue d’être rentable... mais pas viable.

 

Nous aurions du nous révolter depuis longtemps déjà, car la situation n’est plus supportable depuis un bon moment. L’homme n’est pas calculable, et le capitalisme est en train de tuer l’humanité. Les solutions existent pourtant, et il ne tient qu’à nous de les réaliser. Qu’attendons-nous pour leur montrer ce que nous valons vraiment ?

Caleb Irri

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29/03/2011

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