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La Turquie cherche à contenir l'islamisme radical

La Turquie cherche à contenir l'islamisme radical

 

Selcan Hacaoglu

 

Trouver le bon dosage entre la lutte contre l'islamisme radical et le respect de l'Etat de droit: c'est le défi que doit relever la Turquie, un pays considéré comme un pont entre l'Orient et l'Occident, où Barack Obama se rend dimanche pour participer à la conférence de l'Alliance des civilisations.

 

Seul pays à majorité musulmane membre de l'OTAN, la Turquie est vue par l'administration Obama comme un exemple brillant de compatibilité entre l'islam et la démocratie. Reste qu'Ankara est confrontée à des groupes islamistes radicaux qui prêchent la guerre sainte et refusent le modèle démocratique occidental. Le Hizb-ut Tahrir est de ceux-là.

Yilmaz Celik, porte-parole du groupuscule, prône la création d'un Etat islamique mondial et l'instauration la charia (loi islamique). Il juge le forum de l'Alliance des civilisations comme une plaisanterie et estime que les modérés du Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir, sont des valets de l'Occident.

Récemment libéré de prison, où il a été détenu cinq mois pour des charges de terrorisme, Celik exhorte les pays du monde islamique à mener le djihad pour "libérer" les musulmans, mais affirme que son groupe ne soutient pas et ne se livre pas au terrorisme. "Nous sommes pleins de rancune et de haine contre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne parce qu'ils exportent leur idéologie et diffusent des 'messages adoucis' pour tromper le monde musulman, par exemple avec le rameau d'olivier tendu à l'Iran", explique-t-il.

Les chances de la Turquie de rejoindre l'Union européenne sont liées en grande partie à sa capacité à montrer qu'elle respecte les libertés civiles et la liberté d'expression. Mais le gouvernement turc est aussi conscient des risques d'instabilité sociale et politique dans un pays où quatre gouvernements élus ont été écartés du pouvoir par l'armée depuis 1960. Et Ankara estime que sa politique de fermeté est la mieux adaptée face aux extrémistes musulmans.

La Turquie est particulièrement vigilante depuis les attentats commis en 2003 dans le pays par des kamikazes liés à Al-Qaïda, qui ont fait 58 morts.

L'idéologie propagée par l'organisation d'Oussama ben Laden rencontre peu d'écho en Turquie. Toutefois, certains musulmans radicaux dans le pays considèrent l'amitié d'Ankara avec Israël, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ainsi que ses efforts pour rejoindre l'UE, comme une "trahison". Et le débat sur la place de la religion dans ce pays officiellement laïc se poursuit.

Celik accuse les Etats-Unis de mener une "quatrième croisade" contre les musulmans, et il ne fait pas de réel distinguo entre Barack Obama et son prédécesseur George W. Bush. Ils ont "la même mission", dit-il.

Barack Obama arrivera dimanche en Turquie, dernière étape de sa tournée européenne, pour assister à la conférence de l'Alliance des civilisations, une organisation des Nations unies visant à jeter des ponts entre le monde occidental et les pays arabo-musulmans.

Washington considère la Turquie comme une pièce maîtresse dans son combat contre le terrorisme, et semble apporter un soutien implicite à la stratégie anti-terroriste du gouvernement turc. Certains défenseurs des droits de l'Homme dénoncent toutefois une répression excessive contre les groupes radicaux en Turquie.

Le Hizb-ut Tahrir est par exemple interdit en Turquie et en Allemagne, alors qu'il est autorisé en Grande-Bretagne, Australie et aux Etats-Unis, des pays qui se contentent de le surveiller. "L'Etat n'a pas le droit d'interdire un groupe qui n'est pas impliqué dans des violences, qu'il soit islamiste ou marxiste", affirme Ayhan Kucuk, de l'organisation turque de défense des droits de l'Homme Mazlum-Der, proche de la mouvance islamiste. "Autrement, il doit prouver qu'ils représentent une menace à la sécurité."

Celik, 40 ans, fait encore l'objet de poursuites pour des accusations de terrorisme dans cinq affaires distinctes et pourrait retourner en prison, où il a déjà passé deux ans et demi. Selon certains experts, le Hizb-ut Tahrir compte des dizaines de milliers de partisans dans le monde. La police turque a intensifié la répression contre le groupe après que celui-ci a organisé une manifestation en 2005. Celik n'a pas mis de plaque à l'entrée de son bureau car, affirme-t-il, s'il le fait, elle sera détruite par la police. AP

 



04/04/2009

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