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La SSR s'interroge: peut-elle accepter des journalistes voilées?

La SSR s'interroge: peut-elle accepter des journalistes voilées?

Médias | Une musulmane, étudiante en journalisme, a postulé à la RTS. Signe distinctif: elle porte un foulard. Compatible avec le service public? La SSR tranchera.

© AFP | La SSR réfléchit à l’interdiction ou l’autorisation du couvre-chef islamique dans les médias du service public - ici une présentatrice du journal de 20 h sur la chaîne El Ayoun, au Maroc.
Martine Clerc | 06.01.2011 | 00:00

Foulard islamique et journalisme font-ils bon ménage? Après l’enseignement, la question fait irruption à la Radio Télévision Suisse (RTS). Cette dernière doit se déterminer sur la délicate candidature d’une jeune musulmane, qui porte un hijab (foulard islamique qui lui enserre le visage), à un poste de journaliste à la Radio suisse romande (RSR). Pas simple.
 

«Le débat est vif» confirment des voix à l’interne. La question avait déjà échauffé les esprits l’automne dernier, lorsque cette étudiante en master de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’Université de Neuchâtel avait effectué un stage de deux mois au sein de la radio. Mais aujourd’hui, le média de service public est contraint de se positionner. Et rapidement. Car, selon nos informations, la jeune Suisso-Egyptienne a répondu mi-décembre à une offre d’emploi de la RSR. Refusant de médiatiser sa situation, l’aspirante journaliste, qui porte le foulard par choix, ne souhaite pas s’exprimer.

 

«Aucune directive»

 

Trancher ne sera pas aisé «car il n’existe aucune directive interne sur le sujet», admet Jean-Jacques Roth, directeur de l’actualité à la RTS. La question du voile s’était déjà posée lorsque l’étudiante, durant son stage, avait dû se rendre sur le terrain pour le compte de la rédaction régionale de Genève. «Elle représentait donc l’institution à l’extérieur», analyse Jean-Jacques Roth, qui précise toutefois qu’aucun problème concret ne s’est produit.

 

Car c’est bien à ce niveau que se situe l’enjeu du débat: une journaliste voilée peut-elle porter l’image d’un média de service public comme la SSR sur le terrain ou par le biais d’un écran TV ou multimédia? A la RTS, les avis sont partagés. Pour les uns, il est exclu que l’employeur s’ingère dans la sphère privée (liberté religieuse) d’un employé. Pour les autres, au contraire, le principe de laïcité du service public doit être conservé à tout prix. D’autres encore doutent de l’objectivité d’une journaliste affichant aussi ostensiblement ses convictions religieuses. Jean-Jacques Roth balaie quant à lui cette dernière objection: «Tous les journalistes ont leurs convictions.»

 

Le débat remonte à Berne

 

Discutée au comité de direction de la RTS, la question est remontée jusqu’à Berne. A la SSR, les directeurs des ressources humaines planchent sur l’élaboration de directives au niveau national afin d’éviter qu’un tel casse-tête ne se reproduise. Une décision sur le port de symboles religieux devrait être rendue publique avant la fin du mois, promet-on.

 

 Le foulard sera-t-il toléré à la radio, où le physique n’est pas visible, et prohibé pour les journalistes de télévision qui apparaissent à l’écran? Qu’en est-il des reporters – des deux médias – qui se rendent régulièrement sur le terrain?

Professeur invité à l’Académie du journalisme et des médias qu’il a également dirigée, Vincent Kaufmann pense que la SSR devrait se doter d’une politique interne sur ce point. A l’image de ce qui se pratique pour les enseignantes à l’école publique. «Cela éviterait que le non-engagement d’une personne en raison du port de symboles religieux relève de la discrimination.»



06/01/2011

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