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La révolution médiatique Al-Jazeera

La révolution médiatique Al-Jazeera
Lydie Fournier


//www.theatlantic.com/doc/200910/al-jazeera

Tour à tour accusée d’être l’instrument du sionisme et des États-Unis par certains, de « chaîne de Ben Laden » ou d’« antiaméricaine » par d’autres, à n’en pas douter, Al-Jazeera dérange. Comme l’explique le politiste Kamal Kajja, « des banlieues les plus riches de Dubaï jusqu’aux quartiers les plus pauvres du Caire ou des camps de réfugiés palestiniens », Al-Jazeera s’est s’imposée comme la première chaîne
d’information du monde arabe. Avec sa version en langue anglaise, elle enregistrerait jusqu’à 65 millions de téléspectateurs par jour. Un succès qu’elle devrait à la qualité de ses programmes et à la liberté de sa ligne éditoriale, laquelle aborde sur un mode inédit les sujets
politiques et religieux les plus tabous. Depuis sa fondation en 1996 sous l’impulsion du jeune émir du Qatar, elle est notamment devenue un haut lieu d’expression des opposants politiques arabes - libéraux comme islamistes -, mais aussi de personnalités israéliennes et américaines.
Un ton acerbe et un professionnalisme qui contrastent avec la médiocrité des médias arabes nationaux sous contrôle. Et que toléreraient particulièrement mal les régimes en place : tandis que l’Arabie Saoudite et la Syrie auraient refusé l’implantation d’Al-Jazeera sur leurs territoires, l’Égypte, la Jordanie, le Koweït, la Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc auraient plusieurs fois bloqué les activités de la chaîne et/ou fermé ses antennes locales. Mais les régimes arabes n’ont
pas été les seuls à se sentir menacés par la liberté de ton de la chaîne.
Rare espace d’information à couvrir les conflits afghans et irakiens, désignant notamment les dégâts collatéraux de l’invasion armée sur les populations civiles, Al-Jazeera serait également apparue gênante aux administrations américaine et britannique de l’époque. Au nom de liens présumés avec Al-Qaida, ses bureaux de Kaboul et de Bagdad sont bombardés, un de ses journalistes tué et plusieurs arrêtés, et la diffusion de ses programmes est plusieurs fois menacée sur le réseau
câblé américain. Interdictions, pressions politiques, arrestations, puis tentatives multiples de mise en concurrence : en 2004, la première chaîne américaine destinée au monde arabe est lancée. Aujourd’hui encore nombre d’interrogations subsistent chez les observateurs quant aux liens de la chaîne qatarie avec Al-Qaida, ou sur ses intentions occultes supposées. Quoi qu’il en soit, les travaux de Kamal Kajja démontrent qu’Al-Jazeera a su, de façon inédite, faire voler en éclats les clivages idéologiques traditionnels. Et ouvrir une incontestable fissure libérale dans la chape de plomb politique du monde arabe.



26/09/2009

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