PerleDeDiamant

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La part humaine dans le réchauffement fait débat au sein de la communauté scientifique

Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /2010 00:07

Ci-dessus : évolution de la température mondiale entre 1993 et 2009, et comparaison avec les projections du GIEC, organe politique onusien concernant les questions climatiques.

 L'Académie des sciences américaine compte 2480 membres (2100 membres américains et 380 "foreign associates"). 258 d'entre eux (soit 10,4%, autrement dit 1 sur 10), dont des "foreign associates" ont signé une lettre politique (publiée aujourd'hui sur le site de la revue Science, télécharger le PDF ici) dans laquelle :

(1) ils affirment catégoriquement que le réchauffement est causé en grande partie par les activités humaines (dogme anthropique)
(2) ils exigent que soient mises en place des politiques de réduction des émissions (considération qui n'a strictement rien à voir avec la science; comme n'importe quel citoyen, il ont le droit d'exprimer leur opinion politique personnelle).

(3) ils indiquent que leur avis n'engagent qu'eux-mêmes, et pas les institutions auxquels ils dépendent.


L'affirmation (1) est contestée par de nombreux scientifiques. Le dogmatisme est d'ailleurs, par nature, anti-scientifique. A titre personnel, je suis d'accord avec le point (2) pour ce qui concerne les USA et l'UE, mais il ne s'agit que d'une opinion politique résultant d'une appréciation personnelle du risque, et non d'une vérité absolue.
   

9000 autres docteurs en sciences *, dans une approche tout aussi dogmatique et via une pétition, affirment que l'homme n'est pas responsable du réchauffement. Ce dogmatisme est tout aussi anti-scientifique que celui des 250 scientifiques qui affirment le contraire.

Un  scientifique peut seulement dire que nous sommes conscients de possibilités. Il est possible (hypothèse sérieuse) que les gaz à effet de serre émis par l'homme aient eu un impact significatif sur le réchauffement observé depuis 1970. Mais il est impossible d'être catégorique, il n'existe aucune démonstration que la part humaine domine sur la part naturelle. On en sait rien. Les 250 signataires indiquent que des causes naturelles peuvent aussi expliquer en partie le réchauffement, mais que ces facteurs naturels sont aujourd'hui "dépassés par le facteur anthropique".  Il n'y a rien de certain, c'est une possibilité. Nul ne sait quelle est la part anthropique dans le réchauffement observée entre les années 70 et 90, nul ne sait si ce sont les facteurs naturels (oscillations océaniques multidécennales, ocean delay etc.) ou le facteur anthropique qui ont dominé **

A supposer que l'on soit certain que l'homme est en grande partie responsable du réchauffement, sur le plan politique, on ne peut en aucun cas obliger les gens à penser qu'il faut sortir rapidement du pétrole, du gaz et du charbon. Je suis pour ma part convaincu qu'il nous faut construire une clean energy economy (dans cette perspective, je donne des pistes sur le présent blog), mais il ne s'agit que d'une opinion personnelle, pas d'une vérité. Le dogmatisme, d'un coté comme de l'autre, est dangereux. Je suis pour une approche climato-pluraliste, où les opinions des uns et des autres sont respectées. Le débat climatique est éminement politique. Les gens qui, dans un débat politique, prétendent avoir la vérité, sont des gens dangereux.

- La logique des 250 est la suivante : ils désirent que soient mises en place des politiques de réduction des gaz à effet de serre, ils n'hésitent pas à abuser de leur  statut de scientifique pour tenter d'imposer leur désir, leur opinion politique. Poussés par ce désir, ils n'hésitent plus à faire croire que l'hypothèse anthropique est une vérité, au mépris de l'esprit scientifique.  
- La logique des 9000 est la suivante : ils ne désirent pas que soient mises en place des politiques de réduction des gaz à effet de serre, ils n'hésitent pas à abuser de leur  statut de scientifique pour tenter d'imposer leur opinion politique. Poussés par cette opinion politique, ils n'hésitent plus à faire croire que leur hypothèse (selon laquelle les activités humaines n'ont pas un impact significatif sur le climat) est une vérité, au mépris de l'esprit scientifique.  

La radicalisation du débat climatique, avec les affrontements violents des représentants des deux dogmatismes opposés, est très préoccupante, car le dogmatisme est le ferment d'une société totalitaire.

    - Olivier

* Plus de 30000 personnes diplômées en science (dont 9000 titulaires d'un doctorat en science) ont signé cette pétition politique, où les co-signataires affirment que le réchauffement n'est pas causé par l'homme, et où ils affirment que des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre auraient des conséquences facheuses pour l'économie : " The purpose of the Petition Project is to demonstrate that the claim of “settled science” and an overwhelming “consensus” in favor of the hypothesis of human-caused global warming and consequent climatological damage is wrong. No such consensus or settled science exists. As indicated by the petition text and signatory list, a very large number of American scientists reject this hypothesis. Publicists at the United Nations, Mr. Al Gore, and their supporters frequently claim that only a few “skeptics” remain – skeptics who are still unconvinced about the existence of a catastrophic human-caused global warming emergency. It is evident that 31,486 Americans with university degrees in science – including 9,029 PhDs, are not "a few." Moreover, from the clear and strong petition statement that they have signed, it is evident that these 31,486 American scientists are not “skeptics.” These scientists are instead convinced that the human-caused global warming hypothesis is without scientific validity and that government action on the basis of this hypothesis would unnecessarily and counterproductively damage both human prosperity and the natural environment of the Earth." http://www.petitionproject.org/

 ** il existe plusieurs hypothèses possibles : 
(1) Oscillations océaniques multidécennales : Pour Mojib Latif, ces oscillations pourraient être responsables jusqu'à 50% du réchauffement observé sur la période (voir ici, références dans le texte).

(2) Ocean delay, concept de réemergence : Kevin Trenberth a proposé dernièrement une piste intéressante à ce sujet (voir ici).

(3) Variation de la vapeur d'eau stratosphérique : pour S. Somomon, cette variation serait à l'origine de 30% du réchauffement observé sur la période (voir ici) 

(4) Gaz à effet de serre anthropiques  : c'est une hypothèse sérieuse mais étant donné que nul ne connaît la sensibilité climatique 2XC02, la part du C02 dans ce réchauffement est inconnue. A noter que la pause du réchauffement observée depuis quelques années affaiblit l'hypothèse anthropique, sans la réfuter.
(5) Aérosol Carbone-suie : selon les études les plus récentes, l'impact de l'aérosol carbone-suie a été sous estimée d'un facteur 3 à 4 (voir ici), ce qui signifie que  l'impact des gaz à effet de serre anthropiques a été sur-estimé.

(6) Hypothèse solaire (magnétisme solaire/rayons cosmiques/ nuages, Svensmark et al). La chaîne franco-allemande ARTE a diffusé un documentaire intéressant à ce sujet ("Le secret des nuages", voir ici), où le scientifique Svensmark livre son expérience auprès du GIEC.

Ces 6 hypothèses sont, bien entendu, non exclusives.

 Lire aussi :  null

 La réaction de Roger Pielke Jr (un scientifique américain dont les travaux ont été déformés dans le rapport AR4 du GIEC) suite à la lettre des 250 :

http://rogerpielkejr.blogspot.com/2010/05/how-many-choices-do-we-have.html 

 null"An Inconvenient Provocateur" - Entretien avec Judith Curry, par Keith Kloor

http://www.electron-economy.org/article-an-inconvenient-provocateur-entretien-avec-judith-curry-par-keith-kloor-49824875.html

Une démocratie qui dérange, l'analyse de Nico Stehr et d'Hans Von Storch

http://www.electron-economy.org/article-une-democratie-qui-derange-par-nico-stehr-et-hans-von-storch-der-spiegel-allemagne-48703173.html


nullRECHAUFFEMENT CLIMATIQUE - "Nous devons respecter les différentes opinions des uns et des autres", par Mike Hulme, climatologue anglais
http://www.electron-economy.org/article-climat-la-qualite-du-debat-tant-scientifique-que-politique-souffre-d-un-manque-d-honnetete-de-part-et-d-autre-par-mike-hulme-climatologue-anglais-49815199.html



07/05/2010

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