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«L'OMS a triché»

Wolfgang Wodarg: «L'OMS a triché»

Image © Keystone

Dr Keiji Fukuda

Le président de la Commission pour la santé du Conseil de l'Europe accuse l'OMS et les firmes pharmaceutiques d'avoir organisé la panique pour mieux vendre les vaccins de la grippe A.

Laszlo Molnar - le 24 février 2010, 21h31
Le Matin

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Le Comité d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a estimé hier qu'il est «trop tôt» pour conclure que «le pic» du virus H1N1 est passé dans le monde. Le Dr Keiji Fukuda, conseiller spécial de l'OMS, a déclaré qu'il n'était par conséquent pas opportun à l'heure actuelle de changer de niveau pandémique. Pourtant des voix, dont celle de Wolfgang Wodarg, qui siège à la Commission pour la santé du Conseil de l'Europe, s'élèvent depuis des semaines pour réclamer que l'OMS cesse carrément de considérer cette maladie comme une pandémie. Le Conseil de l'Europe a même ouvert une enquête sur le rôle des compagnies pharmaceutiques dans la campagne orchestrée autour du virus H1N1. Un débat d'urgence a été lancé le 26 janvier dernier et un rapport est attendu d'ici l'été.

Monsieur Wodarg, vos déclarations ont soulevé une tempête. Vous maintenez que l'OMS était sous pression des firmes pharmaceutiques?
Oui, je maintiens mes accusations. En mai 2009, l'OMS a présenté une grippe parmi d'autres comme une menace mondiale offrant ainsi aux laboratoires une formidable opportunité pour faire de l'argent.

L'organisation a donc menti?
Oui, l'OMS nous a dit que cette grippe menacerait l'humanité, que des millions de personnes tomberaient malades. Bien sûr, il y a eu des cas, mais la pandémie n'a jamais été aussi virulente que ce que l'organisation nous avait promis. Je pense que l'OMS a pris une décision incompréhensible qui n'était pas fondée sur des motifs de santé publique.

S'agit-il carrément d'une affaire de corruption?
Une partie des scientifiques qui travaillent à l'OMS ont des liens avec des laboratoires pharmaceutiques privés. Ils ont notamment reçu de l'argent pour des recherches qu'ils menaient. Et surtout le système de recrutement met les scientifiques de l'OMS dans une sorte de dépendance vis-à-vis des compagnies privées.

Quelle est cette dépendance?
Généralement, les contrats d'embauche n'excèdent pas deux ans à l'OMS. Ce sont donc des chercheurs des firmes pharmaceutiques qui quittent pour ce laps de temps leurs employeurs privés... Pour retourner après deux ans passés à l'OMS travailler de nouveau pour leurs ex-patrons. Bref, ils sont sous pression pendant la durée de leur contrat à l'OMS s'ils veulent retrouver un emploi intéressant après. L'organisation internationale nous dit que c'est normal. J'estime que non. Il y a ainsi une influence économique sur des décisions de santé publique.

Comment influencent-ils les prises de décision?
Pour l'expliquer, il faut d'abord parler des accords non écrits qui existent entre les firmes et les Etats. Ils stipulent que les entreprises se lancent dans l'élaboration puis dans la production des vaccins dès que l'OMS a lancé une alerte. Comme les gouvernements se sont engagés par cet accord à acheter la totalité des stocks fabriqués, les intérêts économiques sont évidents.

Comment débutent les pressions?
Les premières pressions arrivent dès qu'un risque moyen a été identifié. Ensuite elles sont permanentes pour que l'organisation internationale fasse monter le niveau d'alerte afin de justifier le plus rapidement possible la mise en chantier d'un vaccin, puis de sa production à grande échelle, avant même qu'aient été définies les quantités de vaccins vraiment nécessaires.

C'est ce qui explique l'existence de millions de doses superflues?
Oui, des pays ont acquis des stocks qui justifiaient la vaccination de l'ensemble de leur population deux fois, puisque l'OMS a recommandé de procéder à deux injections pour les vaccins. Or, dans le cas de la grippe A, comme dans celui de la plupart des grippes saisonnières, il aurait suffi de vacciner les groupes à risque une fois.

Mais n'est-il pas rassurant qu'on puisse développer rapidement un vaccin?
Certes, mais la manière d'organiser la recherche et la production était tendancieuse. Les entreprises pharmaceutiques n'utilisent que des vaccins particuliers, développés et brevetés par eux. Ils créent ainsi un monopole dont le résultat est que les vaccins sont vendus beaucoup plus cher. Pourtant, rien à ma connaissance n'aurait empêché d'ajouter - comme on l'a fait les années précédentes - des particules antivirales spécifiques de ce nouveau virus H1N1 pour compléter les vaccins servant à la grippe saisonnière.

Les dirigeants de l'OMS ne sont pourtant pas des idiots, ils auraient dû prévoir la réaction internationale...
Ce n'est pas la première fois que l'OMS dérape, et le public ne s'est jamais inquiété vraiment. Les mises en garde internationales sur la propagation (2002-2003) du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) ont aussi été exagérées. Aussi dramatiques que puissent être l'existence de 8000 malades et surtout la mort de 800 personnes, ces chiffres ne justifient pas, au niveau mondial, le déclenchement d'une alerte de pandémie. Il était possible de limiter la propagation de cette maladie sans vaccin. Quant à la grippe aviaire, l'OMS craignait que, si elle s'humanisait, elle puisse évoluer en pandémie susceptible de tuer jusqu'à 100 millions de personnes parmi plusieurs milliards de malades. Mais cette évaluation des risques s'est révélée infondée. On ne dénombre d'ailleurs aujourd'hui qu'à peine 500 cas et aucune infection de personne à personne.

Quand est-ce que vous vous êtes aperçu qu'il y a eu dérapage?
Dès avril 2009, l'OMS a lancé l'alerte et parlait déjà de pandémie du siècle alors que le virus H1N1 n'avait sévi quasi qu'au Mexique, où de plus il n'y a eu qu'un millier de personnes contaminées. Selon les règles qui prévalaient avant mai 2009, l'OMS ne lançait une alerte que si un virus frappait plusieurs pays à la fois et occasionnait un nombre anormalement élevé de morts. L'organisation a donc changé les règles pour pouvoir lancer l'alerte plus tôt sans qu'il existe une raison scientifique acceptable.

Comment l'OMS s'est-elle justifiée?
Elle a avancé que le virus était nouveau et inconnu. Mais chaque année apparaît un nouveau virus de type «grippal» et toutes ces maladies se développent avec des virus qui prennent à chaque fois de nouvelles formes, en s'installant chez de nouveaux hôtes, l'animal, l'homme, etc. Il n'y avait rien de nouveau en soi à cela. L'OMS a aussi prétendu que le virus était dangereux car les populations n'avaient pas pu développer de défenses immunitaires contre lui. Ce qui était faux pour ce virus. Car on a pu observer que des gens âgés de plus de 60 ans avaient déjà des anticorps. C'est-à-dire qu'ils avaient déjà été en contact avec des virus analogues.

Faut-il supprimer l'OMS?
Non, mais il faut réformer cette organisation si l'on veut que la prochaine alerte mondiale soit crédible. Pour supprimer les risques de collusion, il convient d'empêcher les partenariats avec le secteur privé et de limiter autant que faire se peut la possibilité de maintenir des scientifiques sous pression avec des promesses d'engagement dans les firmes pharmaceutiques. Il faut enfin changer le processus de décision pour qu'il soit fondé sur des questions de santé publique exclusivement.

Le Parlement européen va-t-il agir?
Le Conseil de l'Europe publiera son rapport en juin sur ces questions. Mais je rappelle que ce n'est pas à nous de blâmer tel ou tel. Nous ne sommes pas des juges. C'est le travail des autorités nationales et de l'OMS. C'est à elles de poursuivre des enquêtes et de prendre des sanctions ou exclusions le cas échéant...

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25/02/2010

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