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L'obésité, prétexte pour favoriser l'aspartame

L'obésité, prétexte de Bertrand pour favoriser l'aspartame

Xavier Bertrand à l'Assemblée nationale le 11 mai (Charles Platiau/Reuters)

Le gouvernement a choisi de taxer les boissons « à sucre ajouté ». Mais pas celles « à édulcorant ajouté ». Sacré coup de pouce pour l'aspartame, alors qu'au niveau européen, ça commence à sentir le roussi pour ce produit chimique présent dans les produits light.

 

Justification du Premier ministre pour aller chercher « 120 millions d'euros » destinés à combler (en petite partie) le déficit de la Sécurité sociale ? Les sodas seraient à « à la source de dépenses de santé importantes », car ils favoriseraient l'épidémie d'obésité.

 

Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, s'est empressé de déclarer à la télévision qu'il s'était « battu pour qu'on puisse obtenir une différence entre les sodas qui sont particulièrement sucrés, et ceux qu'on appelle les sodas light ».

Les risques de l'aspartame pour les femmes enceintes

Un peu rapide, lui a écrit le député socialiste Gérard Bapt, héraut de la lutte contre le bisphénol A (qu'on retrouve d'ailleurs dans les canettes) et inquiet des risques de l'aspartame sur les femmes enceintes.

« Ça m'a fait bondir », assure de son coté l'eurodéputée Corinne Lepage :

« Faire participer les industriels à la lutte contre les conséquences négatives de leurs produits, c'est sain. Mais si on s'arrête aux sodas, ça ne fait pas une vraie politique de santé publique. Aller dire que c'est mieux de consommer de l'aspartame que du sucre, ce n'est pas sûr du tout que ce soit une bonne idée. »

 

Corinne Lepage attend toujours que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) lui prouve qu'elle fait bien d'autoriser comme « dose journalière admissible » (sans effet sur la santé) d'aspartame l'équivalent de 30 canettes de Coca Light par personne et par jour.

Une hausse de prix d'un centime d'euro par canette

Du coté de l'agroalimentaire, on s'attend à subir une « accise », comme celle déjà appliquée aux viticulteurs (3,55 euros par hectolitre). La taxe renchérirait la canette d'un centime d'euro, a calculé l'association nationale des industries alimentaires (Ania).

Une hausse de prix anecdotique pour le consommateur, d'autant que les industriels peuvent aussi la gommer en réduisant leurs marges. Reste que Jean-René Buisson, le président de cette association, n'a pas du tout apprécié la « campagne de stigmatisation injuste » visant les boissons à sucre ajouté :

« Ce n'est pas l'effort demandé qui pose problème aux industriels, mais la motivation de cet effort : on sous-entend que ces produits sont dangereux. Nous ne voulons pas que les produits alimentaires soient considérés comme le tabac ou l'alcool.

Et puis ce n'est pas au gouvernement de dire ce qui est bon ou pas pour la santé, mais à la Commission européenne. »

 

« Pas de preuve que le sucre mène à l'obésité »

L'Association française des diététiciens nutritionnistes (AFDN) ne voit pas pourquoi on créerait une « taxe soda » et pas une « taxe chips » ou une « taxe mayonnaise », et suggère, à l'inverse, de « réduire le prix des produits sains, les fruits, les légumes, le poisson, plutôt que de taxer les produits sucrés ».

Jean-Philippe Zermati, animateur le Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids (le Gros, qui nous avait déjà expliqué que « les régimes font grossir ») va plus loin :

« L'ensemble des mesures annoncées pose un problème, autant la volonté de diminuer la consommation de sucre pour lutter contre l'obésité que celle de favoriser le light.

 

Il n'y a pas de preuve convergente pour dire que le sucre mène à l'obésité. On voit par exemple qu'aux Etats-Unis, où les apports lipidiques ont diminué de 12% entre 1976 et 1991, tandis que l'obésité a augmenté de 30%.

 

De plus, on est absolument certains que la consommation de produits light n'a jamais permis de faire baisser l'obésité. »

 

Enfin, désigner certains aliments comme boucs émissaires risque d'entrainer des troubles du comportement alimentaire, ça va augmenter la confusion et l'anxiété. »

 

Photo : Xavier Bertrand à l'Assemblée nationale le 11 mai (Charles Platiau/Reuters)



30/08/2011

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