PerleDeDiamant

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L'agriculture poker

Jean Giono écrivait avant la 2ème grande boucherie du 20ème siècle une "Lettre ouverte aux Paysans", par laquelle il les accusait d'avoir vendu leur âme au diable.

 

Ce fameux diable industriel qui fourguait d'une main des machines infernales qui ont ravagé les paysages, de l'autre en finançait l'achat par le moyen des dépôts d'or qu'il encourageait à faire dans ses succursales.

 

L'intérêt versé sur les sommes déposées n'était jamais que la contrepartie des intérêts pris sur les sommes prêtées.

On n'y a vu que du feu. Le feu de l'enfer, bien sûr.

 

Puis le feu, on l'a versé et on le verse sans cesse sur la terre, le feu des engrais, le feu des désherbants et autres traitements, le feu des antibiotiques, le feu du pétrole sous toutes ses formes, de l'enfer encore, puisque le pétrole vient d'en bas.

 

Ce n'est pas nouveau, chacun le sait.

 

Ce qui l'est plus, c'est que la spéculation sur les denrées alimentaires, descendue de l'Olympe financier arrive sur le terrain.

 

Jusque là, les spéculateurs jouaient plus ou moins sur les stocks ou des récoltes bien avancées. C'est fini. Depuis quelques années, des producteurs de céréales - je n'appelle plus ces gens là paysans ou même agriculteurs - des industriels de la quantité se sont mis à jouer au poker, et à vendre par contrat des récoltes à peine semées.

 

Au début, ça concernait les plus gros de ces gens, les plus riches, les mieux organisés, les bien informés, les seigneurs.

 

Puis ça s'est généralisé. La fièvre de l'or est arrivée dans les exploitations moyennes. L'hiver dernier, les stockeurs ont prospecté toutes les fermes ou presque, incitant les producteurs à vendre par avance leur production 2011 à des prix alléchants.

 

Beaucoup s'y sont risqué. Je ne les condamne pas, ils sont pris dans le vertige incessant des augmentations de charges, doivent faire des économies sur tout, redoutent, comme cela s'est produit à plusieurs reprises ces dernières années, un effondrement des cours qui fait toujours la fortune des plus gros requins, et leur ruine subséquente.

 

Les plus prudents ont vendu par contrat 10, 20, 25% de la récolte à venir.

 

Mais d'autres ont joué beaucoup plus, jusqu'à 80%, ai-je entendu.

 

Comme c'est toujours le diable qui gagne, au poker, voici que le ciel est désespérément avare de la moindre goutte d'eau, et les prévisions de récolte baissent de jour en jour. Certains ne récolteront rien.

 

Or, un contrat, c'est un contrat. Lorsqu'on promet de céder une certaine quantité de céréales, il faut s'exécuter, le jour venu. Et lorsqu'on en est incapable, il faut racheter les quantités manquantes, au prix du marché. Et dans un marché déficitaire, on rachète très cher, très très cher, ce qu'on croyait avoir bien vendu.

 

Certains y laisseront tout ce qu'ils croyaient avoir, plus le reste, qui n'est pas quantifiable.

 

Le diable n'existe pas, bien sûr. C'est un conte. Mais tous les mécanismes de la peur, de l'ambition et de la cupidité, oui.

 

Le rôle assigné à ce diable qui n'existe pas, c'est de nous montrer le fruit de nos actes.

 

La Révélation continue son chemin dans les larmes.



23/05/2011

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