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Kurdistan

Depuis qu'à la fin juillet, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan s'est engagé à trouver une solution politique au "problème kurde", les événements semblent se précipiter.

Pour la première fois en vingt-cinq ans de conflit entre l'Etat turc et la rébellion du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe de 34 membres ou proches des groupes combattant a été autorisé à rentrer en Turquie, lundi 19 octobre, relançant l'espoir de trouver une issue au conflit qui sévit depuis 1984 dans le sud-est du pays. Le "groupe de la paix", envoyé par le PKK pour apporter son soutien à la politique "d'ouverture démocratique" du gouvernement turc, rassemblait huit combattants désarmés des monts Qandil, la base arrière située dans le nord de l'Irak, et des familles du camp de réfugiés de Makhmour.


Accueillis en héros, des rebelles kurdes du PKK rentrent en Turquie dans l'espoir de négociations avec Ankara
Des rebelles kurdes - ici, à Diyarbakir - le 20 octobre 2009.

A peine franchie la frontière turco-irakienne à Silopi, le convoi de 4 × 4 a été accueilli dans la liesse. Plus de 50 000 Kurdes, et les responsables du parti pour une société démocratique (DTP), le parti kurde légal, les attendaient au point de passage. Après avoir été brièvement interrogés par la justice turque, les rebelles ont été laissés en liberté. Et depuis deux jours, ils sont fêtés en héros sur leur parcours par des dizaines de milliers de supporters accourus de toute la région. "Bienvenue aux ambassadeurs de la paix, le Kurdistan est fier de vous", scandaient les manifestants, alors que les membres du PKK faisaient le V de la victoire. A leur arrivée, mercredi, à Diyarbakir, près de 100 000 personnes célébraient leur libération. Les chants à la gloire de la guérilla et les feux d'artifice se sont prolongés toute la nuit.

En 1999, après l'arrestation du leader du PKK, Abdullah Öcalan, une délégation similaire avait été envoyée à la frontière turque pour négocier avec l'Etat, mais tous ses membres avaient été immédiatement emprisonnés. Cette fois, le "retour à la maison" de ces combattants et réfugiés, exilés depuis plus de dix ans, a été salué comme un pas "positif" par Recep Tayyip Erdogan, dont le gouvernement a supervisé l'opération. La manoeuvre a été rendue possible par une concertation, depuis plusieurs mois, entre les institutions étatiques et les différentes composantes du PKK, mais aussi avec le président de la région kurde d'Irak, Massoud Barzani.

Le ministre turc de l'intérieur, Besir Atalay, a déclaré que le mouvement de reddition se poursuivrait dans les prochains jours et qu'il espérait voir revenir au moins 100 à 150 Kurdes du camp de Makhmour, en Irak : ce dernier abrite 12 000 personnes chassées de leur village par l'armée turque dans les années 1990. Un groupe de 16 militants réfugiés en Europe est aussi attendu à l'aéroport d'Istanbul.

En ouvrant la voie à un retour des rebelles et à une amnistie, la Turquie a répondu à la main tendue par le PKK d'Abdullah Öcalan, qui avait annoncé la publication d'une feuille de route pour la paix, au milieu de l'été. "Ce retour, c'est l'avancée la plus importante, mais il faut que cela se poursuive", estime Abdullah Demirbas, le maire de l'arrondissement central de Diyarbakir, dont le fils, âgé de 17 ans, a rejoint le maquis du PKK. "Nous avons montré notre détermination à faire la paix. L'Etat doit maintenant autoriser ceux qui descendent de la montagne à rejoindre la vie politique. Il faut également modifier la Constitution", ajoute l'élu du DTP. Dans la montagne de Qandil, un porte-parole du PKK se satisfait lui aussi de la réussite de cette démonstration médiatique, mais "il ne faut pas s'attendre à ce que des centaines de gens descendent", avertit-il.

Le gouvernement de M. Erdogan est désormais attendu au tournant. "Il est grand temps d'annoncer ce que contient concrètement l'ouverture démocratique", souligne l'avocat kurde Sezgin Tanrikulu. Le détail des réformes doit être présenté au Parlement : les noms "turquifiés" des villes kurdes pourraient être abandonnés, la diffusion d'émissions en langue kurde libéralisée... M. Atalay a aussi annoncé que l'administration se préparait à mettre fin à l'isolement total d'Abdullah Öcalan sur son île prison d'Imrali.

Guillaume Perrier


22/10/2009

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