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Julian Assange arrêté : c'est quoi le « sexe par surprise » ?

Julian Assange arrêté : c'est quoi le « sexe par surprise » ?

L'avocat de Julian Assange, cofondateur de WikiLeaks arrêté mardi matin à Londres et en détention jusqu'au 14 décembre avant une possible extradition vers la Suède, a expliqué que son client « n'était pas poursuivi pour viol mais pour “sexe par surprise” ». What is « sex by surprise » ? Un sous-viol ?

Me Mark Stephens, spécialiste des médias, précise que c'est une « qualification suédoise punie par une amende de 5 000 couronnes, soit environ 540 euros », qui considèrerait comme un délit le fait de refuser de mettre un préservatif.

Toujours selon le défenseur de l'Australien Assange, cette obscure incrimination n'existerait que sous les latitudes suédoises, en tous cas, « pas aux Etats-Unis, ni en Angleterre, ni même à Ibiza »…ni dans le code pénal suédois, après enquête, sommes nous au regret d'écrire.

Selon plusieurs sources amicales suédoises, « sex by surprise » serait une traduction d'un mot d'argot suédois « överraskningssex » utilisé pour plaisanter sur le viol, ou pour le nier.

Grâce notamment à un article du site américain Slate qui a popularisé le concept, il se raconte désormais qu'en Suède on peut commettre un crime appelé le « sexe par surprise » qui serait différent du viol. Une sorte de sous-viol en quelque sorte.

Miss A et Miss W n'ont pas apprécié les manières d'Assange

Mardi, devant la cour anglaise, la représentante des autorités suédoises a détaillé les quatre chefs d'accusation qui ont semblé assez sérieux outre-Manche pour refuser la libération sous caution de Julian Assange :

  • la contrainte sexuelle (« tvang » en suédois) : Assange est accusé par une première femme -« Miss A » - d'avoir usé du poids de son corps pour la maintenir couchée d'une certaine manière sexuelle, le 14 août ;
  • l'agression sexuelle  : Assange aurait fait l'amour avec Miss A sans préservatif alors qu'elle avait exprimé le souhait d'en utiliser un. Selon Me Pernilla Dahlrot, avocate suédoise du barreau de Paris, cet acte peut être qualifié de viol en Suède ;
  • l'agression, encore, pour le « viol de son intégrité sexuelle » le 18 août, soit quatre jours plus tard ;
  • relations sexuelles avec Miss W, le 17 août dans sa maison de Stockholm, sans préservatif alors qu'elle était endormie. D'après l'acte d'accusation, la qualification retenue serait le viol.

Bref rappel des faits : en août, Julian Assange est à Stockholm pour participer à un séminaire organisé par le Parti social-démocrate suédois (gauche). En quatre jours, il couche avec au moins deux femmes qui vont faire connaissance par la suite et décider de porter plainte ensemble quand, disent-elles, elles s'aperçoivent qu'il n'a utilisé de capote ni avec l'une, ni avec l'autre.

Le Daily Mail a publié les procès-verbaux d'audition des deux femmes -qui ne contestent pas qu'elles étaient désireuses de coucher avec le cofondateur de WikiLeaks. Seulement, elles n'ont pas apprécié la façon dont ça s'est passé.

« Le consentement, c'est dire vraiment “oui” »

Le code pénal suédois.Pour comprendre les subtilités des poursuites suédoises, il faut se reporter au chapitre 6 du code pénal suédois, qui traite des crimes sexuels.

Sections 1, 2 et surtout 7 qui fait référence aux agressions sexuelles (« sexual molestation ») « par séduction, coercition ou mauvaise influence » à l'encontre de mineurs de 15 à 18 ans au cours d'un acte sexuel perpétré dans le cadre d'une production pornographique. (Télécharger le code pénal suédois)

La suite de la section 7 s'appliquerait au « cas Assange », selon le service de presse du parquet de Göteborg :

« L'agression sexuelle est également retenue lorsqu'une personne s'expose elle-même d'une manière offensante ou indécente, par des mots ou par un acte qui attentent à la pudeur. »

 

Il n'y a pas de liste exhaustive, explique une juriste suédoise qui exerce en France :

« Cela peut concerner une pratique sexuelle non désirée -une fellation, la sodomie- alors que le ou la partenaire n'était d'accord que pour un rapport sexuel “classique” ; des injures pendant l'acte sexuel ; des propositions “dégradantes” ; des pressions pour des “positions humiliantes”, etc. »

 

Le refus de mettre un préservatif -ou de s'interrompre une fois qu'il s'est déchiré- a sa place dans la section 7 du chapitre 6, mais également dans la section 1 qui traite du viol (ce qui n'est le cas ni en France, ni en Angleterre).

Une révision de la loi -notamment sur la nature du consentement- serait dans les tuyaux et, selon des informations diffusées notamment par AOL News, la procureure Marianne Ny qui s'occupe du « cas Assange » y serait très favorable.

« Le consentement, ce n'est pas ne pas dire “non”, c'est dire vraiment “oui” », résume Me Dahlrot.

 

En Suède, le droit de dire « non » à n'importe quel moment

« […] Si le nombre de plaintes a augmenté aussi rapidement [en Suède], c'est aussi une conséquence de “la libération des femmes et de l'affirmation de leur droit à décider de leur sexualité” », expliquait, dans Libération, Christian Diesen, professeur de droit à l'université de Stockholm :

« Aujourd'hui, les femmes en Suède considèrent qu'elles ont le droit de dire “non” à n'importe quel moment d'un rapport et qu'une relation forcée, même sans menace ou violence, est un viol qui doit faire l'objet de poursuites. »

 

Dans l'esprit des féministes, qui commencent à réagir au dénigrement dont sont victimes les deux plaignantes, l'expression « sexe par surprise » du défenseur de Julian Assange revient à discréditer les poursuites et la loi suédoises.

« Le consentement avec n'est pas le consentement sans »

Miss Rocio's, influente blogueuse californienne, féministe et de gauche, s'est fendue d'une note pour expliquer à ses amis « radicaux » et libertaires ce que « consentement » voulait dire :

« Si une personne donne son consentement pour faire l'amour avec un préservatif, elle ne le donne pas pour faire l'amour sans préservatif.

Vous devez très spécifiquement obtenir le consentement de faire l'amour sans capote. Et si en plein milieu de l'action, elle change d'avis, vous devez tout arrêter, ou alors c'est du viol.

 

Ce qui me gène le plus dans nombre de papiers sur cette affaire est de lire que Assange est “seulement” poursuivi pour n'avoir pas utilisé de préservatif.

Ce n'est pas le cas : les poursuites concernent le fait de savoir si ces relations sexuelles étaient consenties, et des relations sexuelles sans consentement, c'est du viol. »

 

L'accusation selon laquelle les deux plaignantes seraient des féministes radicales, cherchant à se venger des hommes, a en tout cas été largement reprise par les médias anglais, rapporte Jezebel.com.



08/12/2010

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