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Jill Bolte Taylor est une héroïne de la rééducation neuronale

Fascinant discours de Jill Bolte Taylor, ou récit d’une neurologue qui a su explorer son extase pendant une paralysie

Nouvelles Clés

par Fernand Cloutier

Jill Bolte Taylor est une héroïne de la rééducation neuronale. Son aventure ressemble à un scénario de roman. Pour tenter d’aider son frère schizophrène, elle n’avait eu de cesse, depuis l’enfance, de comprendre les dérèglements du cerveau et avait fini par devenir une brillante neuro-anatomiste, à Harvard. En outre, comme ce type de recherche manque cruellement de cultures de cellules nerveuses (ce don d’organe a tendance à refroidir les gens), elle consacrait son temps libre à parcourir les États-Unis d’un bout à l’autre, guitare en bandoulière, pour recruter des « donneurs de cerveau » au nom de la NAMI (alliance nationale pour la maladie mentale)… Et voilà qu’à 37 ans, le matin du 10 décembre 1996, alors qu’elle se réveille, la chercheuse est victime d’un AVC (accident vasculaire cérébral). La matinée qui suit est incroyable. Jill Bolte Taylor va en effet s’avérer capable, pendant plusieurs heures, d’observer sa conscience quitter peu à peu son cerveau gauche. C’est là, en effet, que l’hémorragie s’est produite. Le néocortex de notre hémisphère gauche coordonne nos fonctions conscientes supérieures : langage, calcul, analyse, réflexion, discernement, sentiment du moi… Vague après vague, toutes ces capacités la quittent peu à peu. Avec une douleur épouvantable, la jeune femme se lève et tente d’appeler à l’aide. Mais chaque fois qu’elle s’approche du téléphone, sa raison rationnelle la quitte et elle ne sait plus qui elle est, ni ce qu’elle fait. À mesure que l’hémorragie s’étend, elle réussit néanmoins, zone corticale après zone corticale, à comprendre pourquoi ses perceptions changent. Le plus étonnant est que sa mémoire gardera la trace des différents épisodes, notamment celui de son extase…

 Car, malgré la douleur qui la déchire, la chercheuse constate, ahurie, que, si son cerveau gauche se trouve peu à peu neutralisé, le droit, lui, continue à fonctionner, et même mieux que d’habitude, car il n’est plus entravé par le gauche qui, habituellement, le contrôle. Le néocortex de notre hémisphère droit coordonne nos fonctions subconscientes supérieures : sensibilité, intuition, sens de l’esthétique et de la synthèse, sentiment océanique de participation au monde… Ces fonctions occupant désormais tout l’espace de sa conscience, Jill connaît un véritable satori ! C’est ce qu’elle racontera dix ans après, dans Voyage au-delà de mon cerveau (éd. JC Lattès, 2008). Sa souffrance se trouve effacée par une formidable sensation d’amour cosmique. Une sorte de NDE (expérience de mort imminente). Une immense euphorie l’envahit à mesure que son moi s’évanouit et qu’elle se sent fusionner avec le « tout ».

Le plus fort est que, de temps en temps, son cerveau gauche se remettant à fonctionner un instant, elle comprend rationnellement ce qui lui arrive. Elle vérifie sur elle-même ce que les neurologues commencent à l’époque tout juste à découvrir, en équipant d’électrodes les crânes de moines bouddhistes en train de méditer ou de nonnes chrétiennes en train de prier. Des données qu’Eugene d’Aquili et Andrew Newberg décriront bientôt dans Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas (Éd. Sully, 2003). Chez des sujets entraînés, la méditation ou la prière ont pour effet de réveiller et d’exacerber la vigilance et la présence, mais d’endormir les zones corticales nécessaires pour distinguer et séparer le moi du reste du monde. C’est ce que vit la jeune neurologue qui, plus tard, « remerciera son AVC », de lui avoir fait connaître l’expérience mystique qui transformera sa vie. Un sentiment d’extase si puissant qu’il lui faudra fournir un effort colossal pour finalement réussir à composer un numéro de téléphone et à pousser un grognement, qu’heureusement l’un des ses collaborateurs saura décrypter comme un appel au secours. Paralysée, Jill Bolte Taylor passera très près de la mort. Mais jamais une partie de sa conscience ne cessera de tout noter, par curiosité intellectuelle et, dit-elle, dans l’espoir d’aider et de prévenir les innombrables victimes potentielles d’un AVC. Extrêmement diminuée, elle mettra dix années à récupérer ses capacités physiques et mentales, au prix d’efforts quotidiens, démontrant à son tour à quel point le cerveau humain est plastique et adaptable.

Pas étonnant que son livre soit devenu un best-seller mondial. Imaginez une exploration intérieure comme celle de Jean-Dominique Bauby dans Le Scaphandre et le papillon, mais qui rejoindrait La vie après la vie de Raymond Moody et qui, surtout, se terminerait bien !

Conférence sous-titrée en français. La vidéo a fait le tour du monde, et le livre My Stroke of Insight (Voyage au-delà de mon cerveau) est devenu un best-seller

Jill Bolte Taylor, sous-titre français



18/09/2010

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