PerleDeDiamant

PerleDeDiamant

«J’ai condamné mon fils unique à la perpétuité»

«J’ai condamné mon fils unique à la perpétuité»

INTERNEMENT | Diagnostiqué schizophrène, Fadi Farra est détenu depuis 2004 suite à une simple plainte de ses parents pour violation de domicile. Cet été, il a mis deux fois le feu à sa cellule pour exprimer son désespoir. Et sa demande de liberté conditionnelle vient d’être refusée.

© Alain Rouèche | Samir Farra est désespéré par la situation que vit son fils. Et le pire est qu’il en est indirectement responsable, puisque sur le conseil d’un médecin, il avait porté plainte contre son fils après que ce dernier a tenté de rentrer par effraction au domicile parental.

 

LAURENT ANTONOFF | 04.10.2010 | 00:00

«Mon fils n’a qu’une obsession: savoir si, un jour, il sortira de prison. Le pire, c’est que c’est sa mère et moi qui l’avons condamné à la perpétuité.» Dans son appartement de Nyon, Samir Farra se contient. Suisse d’origine libanaise, il fait bonne figure, mais le cœur n’y est plus.

Pour la troisième fois consécutive, la justice vient de refuser la liberté conditionnelle à son fils unique, Fadi, âgé de 36 ans et détenu aux Etablissements de la plaine de l’Orbe (EPO) depuis 2004. Dont une bonne partie à l’isolement total. Fadi Farra n’est pourtant pas un dangereux délinquant, mais un malade, diagnostiqué schizophrène. «Cette situation est inhumaine», se désole son père.

 

Système implacable

 
Le diagnostic remonte à ses 23 ans. «Avant cette date, tout allait bien. Puis, mon fils a adopté un comportement agressif, verbalement, surtout envers sa mère et moi. Nous l’avons fait entrer en clinique à Prangins. Cela n’a duré que quelques mois», témoigne Samir Farra. Voulant sortir de sa chambre, Fadi bouscule une infirmière, qui porte plainte. Puis il tente d’entrer chez ses parents par effraction.

Sur le conseil d’un médecin, Samir Farra et son épouse portent plainte à leur tour, en 2002. «C’est ainsi que le système judiciaire s’est mis en marche, implacable. Notre fils a été jugé, mais déclaré irresponsable en raison de sa maladie.» Placé tout d’abord au Centre du Levant pour ses problèmes de dépendances aux stupéfiants et pour recevoir un traitement neurologique, il fugue. Après un passage à la prison de Lonay, son internement aux EPO, couplé avec un traitement de sa schizophrénie, est alors prononcé.

 

«Comme Skander Vogt»


«La seule sortie que l’on a autorisée à mon fils, c’était pour voir sa mère mourante. Il a pu lui parler un quart d’heure seulement. Et il était menotté.» Parce qu’aux EPO, cela ne se passe pas bien: sa détention, qu’il ne comprend pas, il la passe entre régime disciplinaire et régime d’isolement total pour refus d’obtempérer, atteintes à l’honneur et à l’intégrité physique de plusieurs surveillants. Ses recours contre son maintien en isolement cellulaire seront tous rejetés.

Fadi Farra est sorti d’isolement en mars 2010. Il a été transféré à l’Unité psychiatrique des EPO, où il se trouve encore aujourd’hui. Pour se faire entendre, Fadi Farra a mis deux fois le feu à sa cellule cet été. «Il voulait faire comme Skander Vogt, le détenu qui est décédé après avoir mis le feu à son matelas», explique Samir Farra. Il a été sanctionné d’un jour-amende à 18 fr. 75.

Son comportement est désormais qualifié de bon, mais «l’irrégularité de son adhésion au traitement, les fluctuations de son état mental et l’instabilité de ses comportements n’ont jamais permis d’envisager un placement différent», a estimé le juge d’application des peines en août dernier. Il a donc rejeté sa demande de libération conditionnelle.

«Chaque fois que je vois mon fils en prison – soit deux à trois fois par mois – il me demande quand il va enfin sortir. Il compare sa vie à celle des détenus de Guantánamo. Son état de santé se détériore. Cette situation ne lui offre aucun espoir. Et encore moins d’avenir.»



04/10/2010

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 3 autres membres