PerleDeDiamant

PerleDeDiamant

Irak : jouer avec les chiffres et avec les vies humaines + IRAK : Les traumatismes laissent des traces indélébiles

Les militaires américains lâcheront-ils un seul pouce de leur contrôle incontesté du ciel irakien ? Abandonneront-ils leur pouvoir sur l’élite politique qui s’accapare le pays ? Abandonneront-il leur influence sur chaque aspect de la vie du pays ? interroge Ramzy Baroud.

 

(JPG)
Habituelle propagande organisée par les services de communication de l’armée américaine et relayée par les médias...

Alors qu’ils traversaient la frontière du Koweït, les soldats de la 4ème brigade américaine Stryker, de la 2ème division d’infanterie, se sont mis à beugler. « Nous avons gagné, » prétendaient-ils. « C’est terminé. »

Mais qu’ont-ils exactement gagné ? Et la guerre est-elle vraiment terminée ?

Il semble que nous tombons de nouveau dans les mêmes trappes, les mêmes affirmations absurdes sur des guerres prétendument gagnées, des missions accomplies, des troupes retirées, et de joyeux soldats brandissant des cartes postales avec des messages rassurants comme « Lindsay et Austin ... Papa rentre à la maison. »

Tandis qu’une grande partie des médias se focalise sur la logistique de ce retrait trompeur de la « dernière brigade de combat » d’Irak le 19 août - certains mettant en avant le fait que le retrait se produit deux semaines avant la date-butoir du 31 août - beaucoup d’entre nous sont coupables d’oublier l’Irak et son peuple. Quand l’économie a commencé à devenir la préoccupation principale, nous avons complètement effacé la guerre de notre liste de revendications.

Mais il n’est pas question de mémoire ou de la façon d’honorer les morts et d’éprouver de la compassion pour les vivants. Oublier la guerre mène à une polarisation complète des discours, permettant de ce fait aux va-t-en guerre de vendre au public tout ce qui sert leurs intérêts et leurs stratagèmes.

Dans un article du Washington Post daté du 22 août et intitulé « Cinq mythes au sujet du retrait de troupes d’Irak », Kenneth Pollack démonte le premier « mythe » : « En date de ce mois, les Etats-Unis n’ont plus de troupes de combat en Irak. » Pollack dénonce le fait que cette idée n’est « pas même proche » puisque « approximativement 50 000 soldats américains restent en Irak, et la majorité d’entre eux constituent toujours des troupes de combat - ils ont juste changé de nom. Les principales unités en Irak ne seront plus appelées « des brigades combattantes » mais « des brigades de conseil et d’assistance ». Mais une rose avec n’importe quel autre nom est toujours une rose, et les différences dans la structure et le personnel des brigades sont minimales.

Ainsi qu’en est-il si l’armée américaine diminue sa présence militaire en Irak et change l’appellation des plus de 50 000 soldats restants ? Les militaires des Etats-Unis cesseront-ils à présent de poursuivre ce qu’ils perçoivent comme des menaces terroristes ? Lâcheront-ils un seul pouce de leur contrôle incontesté du ciel irakien ? Abandonneront-ils leur pouvoir sur l’élite politique qui s’accapare le pays ? Abandonneront-il leur influence sur chaque aspect de la vie du pays, depuis la région autonome kurde au nord jusqu’à la frontière avec le Koweït au sud, que les joyeux soldats ont croisé tout en lançant des cris perçants de victoire ?

Du point de vue du vocabulaire et du discours, la guerre contre l’Irak a été l’une des guerres les mieux contrôlées que les Etats-Unis aient jamais faites. Même ceux qui se sont opposés à la guerre semblent s’être égarés quant à leurs motivations : « les Irakiens doivent prendre en charge leur propre pays », « l’Irak est une société sectaire et les Etats-Unis ne peuvent rien y changer », « il n’est pas possible de créer une démocratie sur le modèle occidental en Irak », « c’est une bonne chose que Saddam Hussein ait été renversé, mais les Etats-Unis auraient dû partir tout de suite après ». Ces idées pourraient être vues comme « pacifistes », mais elles sont toutes fondées sur des hypothèses fallacieuses et elles sont issues de la même rhétorique constamment recyclée et reversée par les officiels et les médias.

Ce n’est pas un mystère que le soi-disant mouvement pacifiste s’est affaibli de manière significative après l’élection de Barack Obama à la présidence. Le nouveau président a simplement changé les priorités militaires en les déplaçant d’Irak vers l’Afghanistan. Son gouvernement remet en avant maintenant la guerre d’Irak, tout en gardant l’esprit interventionniste en retrait. Il semble tout à fait logique que le Département d’État des États-Unis soit aujourd’hui devenu le responsable de la future mission en Irak. Alors qu’elle annonce beaucoup de violence et de sang, l’occupation de l’Irak est maintenant présentée comme une question politique. Cela exige de bonnes relations publiques.

C’est le Département d’Etat qui gérera maintenant la future violence en Irak, laquelle est susceptible d’augmenter dans les mois à venir suite à l’impasse politique qui perdure et aux divisions sectaires qui s’aggravent. Une attaque attribuée à al-Qaeda contre un centre irakien de recrutement pour l’armée [irakienne] le 17 août a tué 61 personnes et en a blessé un grand nombre. « Les officiels irakiens déclarent que le mois de juillet a vu l’assassinat de plus de 500 personnes, dont 396 civils, ce mois étant le plus mortel depuis plus de deux ans, » a rapporté Robert Tait de Radio Free Europe.

Depuis les élections de mars, l’Irak n’a toujours aucun gouvernement. Le fossé politique dans le pays, même entre les groupes chiites aux affaires, est profond et va en s’élargissant. Les Sunnites, mécontents, ont été humiliés et collectivement persécutés en raison de l’affirmation abusive qu’ils auraient été favorisés par Saddam. Les haines s’amplifient et les affaires intérieures du pays sont manipulées de concert par certains des politiciens les plus corrompus que le monde ait jamais connus.

Washington comprend qu’il faut lâcher du lest sur certaines des nombreuses promesses faites par Obama durant sa campagne, et cela avant les élections de novembre. D’où le redéploiement à chaud, qui pourrait vouloir dissimuler le fait que les Etats-Unis n’ont aucune véritable intention de se retirer d’Irak, sur le plan militaires comme politique. Mais puisque les effectifs militaires d’aujourd’hui pourraient ne pas suffire pour contrôler le chaos qui va en s’amplifiant dans le pays, les nouveaux vigiles du Département d’Etat jouent avec les chiffres.

« P J Crowley, porte-parole du Département d’Etat, a déclaré qu’un projet devait faire grimper à environ 7000 le nombre d’agents de sécurité utilisés par le gouvernement en Irak, où depuis l’invasion américaine de 2003 les firmes privées de sécurité ont souvent été accusées d’agir en dehors de toute loi, » selon Reuters.

Il est important que nous comprenions bien que le jeu avec les chiffres est juste un jeu. Beaucoup de puissances coloniales dans le passé ont contrôlé leurs colonies en se servant de forces locales [supplétifs] et avec une implication directe minimale. Ceux d’entre nous qui s’opposent à la guerre d’Irak devraient le faire en s’appuyant sur le principe de base que les invasions, les occupations et les interventions étrangères dans des pays souverains sont une violation directe du droit international. C’est précisément cette mentalité interventionniste qui doit être combattue, contestée et rejetée.

Alors que c’est une bonne chose que des milliers de pères de famille américains retournent maintenant chez eux, nous devons cependant nous souvenir que des centaines de milliers de mamans et de papas irakiens n’ont jamais pu faire de même. Les millions de réfugiés jetés sur les routes par l’invasion américaine errent toujours dans le pays et dans tout le Moyen-Orient.

Les guerres ne sont pas une question de chiffres et de dates. Il est question de peuples, de leurs droits, de leur liberté et de leur futur. Maquiller l’armée et la guerre n’amènera rien de tout cela aux Irakiens désespérés et vulnérables.

En vérité personne n’a gagné cette guerre. Et l’occupation est tout sauf terminée.

(JPG)

Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international syndiqué et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com.

Du même auteur :

-  ourj el-Barejneh : en quête d’une signification, dans un camp de réfugiés
-  Au-delà de la violence et de la non-violence : la Résistance comme Culture
-  La Turquie relève le défi
-  Les bombes à fragmentation et la vie des civils : meurtres, profits et Droits de l’Homme
-  Les Palestiniens réfugiés au Liban : La réparation d’une vieille injustice
-  Le vieil enfant de Gaza et la mer
-  Tu écris avec quelle main ?

 

IRAK : Les traumatismes laissent des traces indélébiles

Le président des Etats-Unis Barack Obama a certes salué la fin des opérations de combat en Irak, mais sept ans de guerre ont marqué de façon indélébile beaucoup de gens ordinaires qui ressentent encore le traumatisme des scènes horribles dont ils ont été témoins.

Chaque fois qu’il voit une voiture lancée à toute vitesse, Ammar Khalil Sadiq se souvient de l’été 2006 quand l’auteur d’une attaque suicide est rentré de plein fouet dans une patrouille de police avec son véhicule chargé d’explosifs, à quelques mètres de son magasin de musique à Bagdad.

 

(JPG)
Depuis 2003 les nombreux bombardements ont provoqué de sévères traumatismes au sein de la population - Photo : Nations Unies

Quelques secondes plus tard, Sadik, 34 ans, s’est retrouvé sous les étagères du magasin, couvert d’éclats de verre, à moitié asphyxié par la fumée, la poussière et une forte odeur de dynamite. Ignorant ses propres blessures, il savait qu’il lui fallait absolument sortir de là pour vérifier comment allait son frère qui était dans la rue juste avant l’explosion.

 

« Je sens encore l’odeur de chair humaine brûlée et j’entends les hurlements des blessés », a dit M. Sadiq. « Je ne pourrai jamais oublier comment j’ai marché sur des lambeaux de chair humaine, jusqu’au moment où j’ai reconnu le corps disloqué de mon frère grâce à sa montre, qui se trouvait encore à son poignet gauche ».

 

Selon Sabah Karkoli, porte-parole du ministère irakien de la Santé, les autorités irakiennes ne se sont mises que récemment à s’occuper des problèmes de santé mentale et des séquelles psychologiques provoqués par trois décennies de guerre et de troubles économiques et sociaux.

 

En 2009, le ministère de la Santé a commencé à mettre en place un programme de soins psychologiques et à former du personnel, afin de répondre au besoin croissant de ce genre de soins dans le pays, a indiqué M. Karkoli. L’Irak a ouvert des services de santé mentale dans chacun des quelque 3 500 hôpitaux et centres de santé répartis dans le pays.

 

Le pays a deux grands hôpitaux psychiatriques, Al-Rashad et Ibin Rushid à Bagdad, et six autres centres pour traumatisés, récemment inaugurés.

 

« Nous avons commencé à ouvrir un service dans chacune de nos structures sanitaires et à encourager les médecins à se former en psychiatrie... Nous voulons que les gens prennent conscience de ce qu’est la maladie mentale et les pousser à venir se faire aider quand ils en ont besoin », a expliqué M. Karkoli.

 

Enquête sur la santé mentale

 

En mars 2009, l’Irak a publié sa première et unique étude nationale sur la santé mentale. Menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le ministère de la Santé, l’étude peint une image assez terrible de la réalité.

 

Parmi les 4 332 personnes de plus de 18 ans ayant répondu aux questionnaires, près de 17 pour cent avaient souffert d’un trouble mental durant leur vie, allant du stress post-traumatique à la dépression. Un taux plus élevé de dépression grave et de phobies, telles que la peur de sortir de chez soi, a été observé chez les femmes.

 

Ce rapport de 102 pages a indiqué qu’une bonne partie des cas étudiés concernait la période - pendant et après- de l’invasion américaine de 2003, invasion qui a renversé Saddam Hussein. Selon le rapport, 70 pour cent des personnes souffrant d’un trouble mental ont affirmé avoir envisagé le suicide.

 

Histoire de réussite à Bassorah

 

Après avoir suivi aux Etats-Unis une formation sur le diagnostic et le traitement des cas de traumatismes dans le cadre d’un programme de coopération avec le ministère de la Santé américain, le psychiatre Aqeel Al-Sabagh et trois de ses collègues ont ouvert un centre de santé mentale dans la province méridionale de Bassorah en décembre 2009.

 

Au départ, a dit M. al-Sabagh, la demande pour ce genre de service était très faible, car la maladie mentale fait l’objet d’une forte stigmatisation et les gens ont plutôt l’habitude de se tourner vers les religieux ou les charlatans quand ils ont besoin d’aide.

 

« Nous avons alors lancé une campagne dans les médias locaux pour que les gens se rendent compte de ce qu’est le traumatisme et de ce que le Sarah Centre pouvait leur offrir. Nous avons aussi organisé des conférences dans les universités de la province et distribué des tracts avec l’aide des leaders communautaires, a-t-il dit à IRIN.

 

Suite à cela, le nombre de personnes s’adressant au centre - le seul centre public de Bassorah - a augmenté. « Nous avons maintenant l’intention d’agrandir le centre et d’accroître le nombre d’employés pour répondre à l’augmentation du nombre des visiteurs ».

 

Selon M. al-Sabagh, la plupart des cas traités par le centre sont d’anciens prisonniers du régime de Saddam Hussein ou bien des déserteurs, dont certains ont eu les oreilles coupées en guise de châtiment, et aussi des personnes ayant survécu à la torture, aux enlèvements, au viol et aux violences familiales.

 

On y apprend aussi qu’il n’y a que 437 travailleurs sociaux et travailleurs psychiatriques dans tout le pays pour une population de près de 30 millions.

 

 2 septembre 2010 - IRIN News - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.irinnews.org/fr/ReportFr...

 



07/09/2010

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 3 autres membres