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Ils sont entrés, ils tiraient tout autour d’eux, et ils ont ordonné aux filles de sortir.

Libye : des femmes immigrées africaines victimes de viols

mercredi 31 août 2011 - 21h:43

Evan Hill - Al Jazeera


Les travailleurs humanitaires disent prendre au sérieux les dénonciations d’agressions sexuelles contre plus d’une vingtaine de femmes dans un camp pour travailleurs migrants.

 

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Des femmes et enfants africains, fuyant la Libye, après leur arrivée en bateau à Lampedusa en Italie, le 28 mars 2011 - Photo : AFP
 

Des travailleurs migrants vivant dans un bidonville en dehors de Tripoli ont affirmé que plus d’une vingtaine de femmes du camp ont été violées il y a deux semaines par les forces de l’opposition qui ont lancé leur assaut final contre la capitale.

 

Dans un port de pêche abandonné à environ 27 km à l’ouest de Tripoli, les employées nigérianes Rose Johnson et Darcy Ikibueka ont déclaré lundi qu’elles faisaient partie d’un groupe de plus de 20 femmes du camp qui ont été violées par des hommes armés dont les identités et les appartenances restent inconnues.

 

Les noms des femmes ont été changés pour protéger leur identité.

Les informations étaient confirmées par des travailleurs humanitaires de Médecins Sans Frontières (MSF) qui ont eu accès au camp ce samedi. Simon Burroughs, coordonnateur de MSF, a déclaré que les femmes avaient contacté le personnel avec des dénonciations de viol et avaient reçu une assistance.

 

Burroughs a refusé de communiquer combien de femmes avaient dénoncé un viol et a refusé de discuter de leur témoignage, notamment les accusations des femmes sur qui en était responsable.

« Elles ne sont pas libres de parler de cela. C’est la situation qu’il y a ici » a dit Burroughs. « [Mais] nous devons prendre au sérieux ces accusations, nous ne pouvons pas les rejeter. Et ici ce n’est pas l’environnement pour le type de soins et d’attention dont elles ont besoin. »

 

Attaque par des hommes armés

 

Assises sur des chaises en plastique dans une pièce inachevée en béton et remplie de détritus, à l’intérieur du siège du port laissé à l’abandon, Johnson, 25 ans, et Ikibueka, 22 ans, ont raconté à Al Jazeera comment elles ont travaillé ensemble dans le même foyer à Tripoli. Elles vivaient en Libye depuis deux ans et elles sont arrivées dans ce port en juin.

Comme des centaines d’autres migrants en provenance du Nigeria, du Tchad, du Sénégal et d’autres pays africains, elles avaient fui vers ce camp pour échapper aux bombardements de l’OTAN et les batailles de rue imminentes.

 

Le port était devenu ces derniers mois une plaque tournante pour les trafiquants d’êtres humains dont l’activité de contrebande de migrants vers l’Europe - généralement par l’île italienne de Lampedusa - est en plein essor depuis que Kadhafi a ouvert les vannes de l’immigration clandestine.

 

Dans une interview avec la radio italienne Rai, Hafez Gaddour, ambassadeur de Libye en Italie, a déclaré que Kadhafi contrôlait l’immigration illégale « en personne ». L’ambassadeur, qui a déserté pour se rallier au Conseil national de transition (CNT) plus tôt cette année, a ajouté que le flot d’immigrants était destiné à punir les pays de l’OTAN pour leur campagne de bombardements.

 

A présent, des centaines d’hommes et de femmes vivent à l’ombre des bateaux de pêche inclinés. Le lundi, les migrants ont cuit des têtes de chèvres sur des feux de petit bois, se tressant les cheveux l’un l’autre et jouant aux dames avec des capsules de bouteilles d’eau. Beaucoup essayent d’imaginer la localisation de leurs amis et de leur famille, qu’ils ont perdu dans le chaos qui règne à Tripoli.

Dans la nuit du 19 août, des hommes armés sont entrés dans le camp du port. Ils ont tiré en l’air, en criant « Dieu est grand ». Cette nuit-là, disent Johnson et Ikibueka , elles ont été violées sous la menace des armes.

 

Anthony Ogiexeri, un pasteur nigérian de 37 ans qui vit dans le camp, a raconté à Al Jazeera ce qui s’est passé :

« Ils sont entrés, ils tiraient tout autour d’eux, et ils ont ordonné aux filles de sortir. [Quand] elles sont sortis, ils les ont obligé à se mettre sur le sol. Certains d’entre eux ont dit qu’ils devraient permettre aux filles de s’en aller, et d’autres disaient non, et qu’ils allaient les violer. Et à la fin ils les ont violées. Puis ils sont partis. »

 

« Endroits sombres »

 

Johnson, Ikibueka et plusieurs hommes parmi les réfugiés ont dit que les assaillants étaient des rebelles et qu’ils criaient des insultes contre Kadhafi. Au moment des viols, le camp était dans une zone contestée.

Mais Ogiexeri dit qu’il ne pouvait assurer qui avait mené les attaques. Il est possible que les forces des deux côtés, ou même des hommes armés sans affiliation, puissent avoir pris d’assaut le camp de port.

 

Les forces rebelles n’ont pas un commandement unique, ce qui rend difficile de déterminer quelles unités étaient dans le voisinage du camp à ce moment-là. Les tentatives de joindre les représentants du Conseil national de transition dans la nuit de lundi ont été inutiles.

 

Les visites régulières de gangs armés ont diminué depuis trois jours, depuis que l’équipe MSF est arrivé, dit Burroughs. Pourtant, il était toujours préoccupé par la sécurité dans le port et il craint que la publicité sur les témoignage des femmes ne puisse entraîner des représailles.

 

Johnson et Ikibueka pensent que de 25 à 30 femmes ont été violées dans le camp. Il était impossible de vérifier ce nombre, lors du passage d’Al Jazeera, mais un travailleur humanitaire qui a requis l’anonymat a déclaré que ce nombre était proche de l’estimation faite par l’organisation.

 

Les migrants et les travailleurs humanitaires disent que la menace de la violence demeure.

Certains Libyens ont donné de la nourriture et des fournitures de première nécessité pour le camp, mais ces derniers jours, des groupes d’hommes armés et des adolescents sont régulièrement entrés dans le camp la nuit, privant les réfugiés de leur nourriture et de leur argent.

 

Ils enlèvent aussi les femmes au loin pour en abuser sexuellement, dit Ogiexeri.

« Nous essayons de relier les lumières entre elles afin que nous puissions nous voir la nuit, mais ils les emmènent dans des endroits sombres. »

 

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01/09/2011

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