PerleDeDiamant

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"Il faut réinventer le contraire du monde dans lequel nous sommes"

« La main invisible du marché, c’est pour les Bisounours, c’est quand tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Faut arrêter : le marché, c’est la jungle. […] Les néolibéraux, c’est des grands malades, ces mecs-là ! Friedman et toute sa bande… C’est eux qui ont mis en place la politique économique de Pinochet, au Chili ! Et c’est enseigné dans toutes les écoles de commerce ! C’est des psychopathes ! » 
Ces mots ne ne sont pas ceux d’un révolutionnaire, d’un cagoulé ou d’un énième prophète du Grand Soir. Mais de Régis Aubenas, un agriculteur responsable.

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Extrait :

......D’autres types de « clones brevetés » (non pesticides) sont souvent mis en avant par les promoteurs de l’industrie agroalimentaire. Le riz doré [9] par exemple…


Voilà. Ça, c’est le rêve. Cette idée que nous allons faire mieux que la nature, qui a quand même à peu près 4 milliards d’années d’expérience, d’essais et d’erreurs… Elle a pourtant à peu près tout essayé, conservant seulement ce qui fonctionne… Mais il faut quand même que nous jouions aux apprentis-sorciers… C’est d’autant plus dramatique que si on raisonne sur un plan strictement technique, il faut souligner qu’on sait faire autrement. On n’a pas besoin de tout ça. Je définis l’agronomie, ou l’agro-écologie, comme la science et l’art de faire faire gratuitement par la nature ce qu’on fait aujourd’hui à coups de moyens industriels ruineux. Ruineux économiquement, pour l’environnement, pour la santé publique, pour les agriculteurs, pour les paysages…

Il y a d’excellents exemples à donner de ces techniques agro-écologiques, incompatibles avec la règle du jeu - soit le profit à tout crin - du monde dans lequel nous sommes. Prenons-en un au Kenya, pays sous-développé, avec une absence de moyens qui pousse à la réflexion. Au Kenya, donc, le maïs se fait bouffer par une pyrale ; il s’agit d’un insecte foreur, une chenille rentrant à l’intérieur des tiges pour manger le maïs et qui peut détruire entièrement un champ. C’est d’autant plus embêtant que le maïs est aussi parasité par une plante qui s’appelle la striga, laquelle s’enroule autour des racines de maïs et détourne à son profit la photosynthèse. 
On a évidemment essayé tous les moyens de la science moderne pour lutter contre ces fléaux ; mais les insecticides et les herbicides en sont incapables - en général d’ailleurs, les insecticides fonctionnent très mal en Afrique, parce que les générations d’insectes s’y renouvellent très rapidement et que les résistances apparaissent très vite. Un centre de recherche, l’ICIPE (Centre de recherche sur la physiologie des insectes et l’écologie), a alors vu le jour, résolu à travailler avec des méthodes intelligentes. Les membres de ce centre ont commencé par étudier toutes les associations de cultures pratiquées par les paysans au Kenya et dans l’Est de l’Afrique. Après plusieurs années d’études ils ont retenu une technique, qui consiste à cultiver en même temps que le maïs une légumineuse s’appelant desmodium. 

 
Desmodium a quatre effets. Elle a d’abord une odeur désagréable, repoussante pour le papillon de la pyrale, lequel s’éloigne alors du champ de maïs ; il en sort d’autant plus facilement que, pour l’attirer à l’extérieur, on cultive autour du champ de maïs une bande de deux mètres de large d’une plante qu’il apprécie beaucoup, l’herbe à éléphants (penicetum purpureum). Le papillon de la pyrale sort donc du champ de maïs parce que ça sent mauvais et que ça lui est désagréable, il voit l’herbe à éléphants, il aime ça, il pose ses œufs dessus. Les chenilles se développent et mangent un peu les feuilles, puis, au bout d’un moment, une fois grosses, elles rentrent à l’intérieur des tiges de la plante. Là, la plupart d’entre elles sont détruites par le mucilage 
[10] agressif que produit cette plante (qui est en outre une très bonne plante fourragère, donc une très bonne plante pour l’élevage). Exit la pyrale : vous la contrôlez de cette façon. 
En outre, la fameuse striga ne pousse pas en présence de desmodium. Peut-être que desmodium émet des substances qui inhibent la germination des graines de striga ? En tous cas, vous voilà débarrassé de la striga. Et vous avez en plus réussi à faire ce dont tout agronome rêve, c’est-à-dire d’associer une légumineuse et une graminée. Desmodium (la légumineuse) apporte donc la petite usine d’engrais au pied du maïs. Enfin et pour ne rien gâcher, desmodium est aussi une plante de couverture, qui protège les sols du rayonnement solaire et de l’érosion par ruissellement.

Voilà donc une technique qui protège les sols et qui permet aux paysans keynians d’avoir des récoltes fiables, abondantes, sans acheter ni engrais, ni pesticides, ni insecticide ou herbicide. Mais si on la regarde du point de vue dominant de notre société, c’est c’est à dire sous le prisme du PIB, donc des profits, il est évident qu’elle ne génère aucun profit. Au contraire : elle produit du bien-être. La contradiction est absolue : le bien-être des paysans croît, mais le PIB décroît. Et l’État kenyan ne peut plus toucher de taxes sur les pesticides, les engrais et tous les intrants importés. 
C’est pour ça que ce genre de techniques n’a strictement aucune chance de se développer chez nous. Il faudra qu’on soit vraiment dans le mur pour que la recherche agronomique finisse par chercher une autre manière de faire. Tant qu’il y aura des possibilités de poursuivre cette fuite en avant que j’ai décrite, le système refusera ces techniques différentes et toute forme d’alternative gratuite. C’est inscrit dans ses gènes. Parce que son but n’est pas de produire du bien-être. Parce qu’on s’en fiche, du bien-être. Parce que c’est finalement très bien, de leur point de vue, que les paysans kenyans crèvent pour que les entreprises fassent du profit…


10/04/2010

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