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Il demandait juste à être écouté, le CHUV l’expédie à Cery

Il demandait juste à être écouté, le CHUV l’expédie à Cery

Médecine | Un malade se bat contre le cancer. Transféré contre son gré à l’hôpital psychiatrique, Il exige des excuses. En vain

FLORIAN CELLA
© FLORIAN CELLA | «Voilà trois ans que je me bats pour rester en vie. Comment peut-on croire que j’ai envie de me jeter sous le train?»

ALAIN WALTHER | 05.11.2010 | 00:05

Ancien chef du personnel de grandes entreprises, ancien municipal à Carrouge (VD), Gérald Cachin, 57 ans, est rompu à tous les combats. Il y a trois ans, à Mézières, lors d’une séance d’information sur le réseau des Eaux, il se sent mal. L’homme ne le sait pas encore, mais une tumeur s’attaque à son cerveau.

«En oncologie au CHUV, on m’a dit que j’en avais pour trois mois sans traitement. Avec traitement…» Trois ans plus tard, il est toujours là et «travaille en confiance avec les médecins».

Mais le 14 avril dernier, avant sa cinquantième séance de chimiothérapie, il prend rendez-vous chez un psychiatre du CHUV. «J’avais besoin de faire le point.» L’entretien se passe très mal. Le médecin propose des calmants au malade. «Je n’en voulais pas. Je voulais dire des choses, je voulais qu’on m’écoute.» L’homme se fâche, fait mine de vouloir casser ses lunettes et prononce la phrase qui met le feu aux poudres: «Si ça continue, je n’ai plus qu’à me foutre sous le train.»

Mal lui en prend. Après la séance de chimio qui suit l’entretien avec le psy, deux agents et une civière l’attendent. Direction Cery. «Je suis en fin de vie, je me bats comme un lion pour poursuivre la route et on m’envoie à l’hôpital psychiatrique!» Cellule d’isolement, chambre en solo puis chambre à deux, le cancéreux a le sentiment d’entrer dans un monde irréel. Il se dit: «Tiens-toi à carreau, Gérald.» Stratégie payante. Il finit par avoir un téléphone portable et appelle son médecin traitant, qui le conseille. Il sort de l’hôpital psychiatrique.

 

Juste des regrets

 

Vient le temps des règlements de comptes. En juin dernier, le psychiatre du CHUV et son patient se retrouvent au cours d’une séance au Bureau cantonal de médiation santé. Le malade demande des excuses, le docteur accorde des regrets. «Une simple poignée de main du médecin aurait suffi pour clore cette affaire. Je n’ai obtenu que des regrets du bout des lèvres de sa part. Il ne me regardait même pas dans les yeux.»

Des séances de médiation suivront. Gérald Cachin demande à ce que son dossier psychiatrique soit retiré et que le CHUV n’en garde pas copie. Pour lui, c’est une question d’honneur. «En m’hospitalisant d’office, on m’a volé des jours de vie», insiste Gérald Cachin.

Pour clore la mésaventure, il reçoit au cours de la médiation un document qui stipule que s’il demande la radiation de son dossier psychiatrique, le CHUV pourrait par la suite refuser de le soigner ou lui demander d’être traité ailleurs. Le patient demande cette fois excuses et dommages et intérêts.

 

Le CHUV répond à son patient

 

Le porte-parole du CHUV Darcy Christen explique dans quelles circonstances et par qui l’hospitalisation forcée est décidée. Aux yeux du CHUV, cette mesure exceptionnelle était justifiée dans le cas de Gérald Cachin.

Dire «se jeter sous le train», est-ce risquer l’internement?

L’hospitalisation forcée est une situation exceptionnelle, décidée uniquement lorsque le patient présente des risques imminents pour lui et son entourage. C’est une mesure qui requiert l’avis de deux médecins de structures différentes, habituellement celui qui décide et celui qui accueille le patient à son arrivée à l’hôpital. C’est une décision qui est réévaluée chaque jour, jusqu’à ce que le retour à la maison paraisse approprié.

Pourquoi pas de poignée de main?

La poignée de main a eu lieu. La médiation au Bureau cantonal de médiation santé avait abouti. Elle avait permis au médecin d’entendre la souffrance du patient, et au patient d’entendre les explications du médecin quant aux raisons de son hospitalisation. Le médecin confirme qu’il aurait plaisir à serrer la main de M. Cachin.

Le patient demande des excuses. Pourquoi n’obtient-il que des regrets?

L’hospitalisation était justifiée, donc pas d’excuses. Les regrets reconnaissent une situation particulièrement douloureuse, avec une hospitalisation certes mal vécue par M. Cachin, néanmoins décidée dans son intérêt.

Risque-t-il de ne plus être reçu au CHUV?

Une procédure implique que le patient soit informé que, en cas de nouvelle hospitalisation après radiation de dossier, les soignants n’auraient plus accès à son historique médical.

 

Ne dites jamais

 

Ne dites jamais à un psychiatre: «Je vais me jeter sous le train… Vous casser la gueule… Tuer quelqu’un.» C’est un conseil de la directrice du Groupe romand d’accueil et d’action psychiatrique (GRAAP), Madeleine Pont. C’est clair: Toute menace d’atteinte à la vie, même dictée par une simple colère, donne le droit au médecin de prendre des mesures de précaution.

Toutefois, la directrice du GRAAP estime qu’un médecin devrait être à même de calmer un patient en colère avant de prendre une mesure autoritaire. Une fois hospitalisé de force dans un établissement psychiatrique, le patient peut commencer par expliquer qu’il a retrouvé tous ses esprits, faire intervenir ses proches, son médecin traitant.

Autre possibilité pour mettre fin à une hospitalisation forcée, l’intervention de la Commission d’examen des plaintes des résidents et de la Commission d’examen des plaintes des patients. Toutes les informations se trouvent sur le site cantonal http://www.sanimedia.ch

 



05/11/2010

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