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Hommage à Aafia Siddiqui

Journée de La Femme : Hommage à Aafia Siddiqui

Georges STANECHY


« Dis-moi comment tu traites La Femme, et je te dirai qui tu es. »
Marek Halter (1)

En ce 8 mars, « Journée de La Femme », ou plus précisément « Journée des Nations Unies pour les Droits de La Femme et la Paix Internationale », ayons une pensée pour une femme dont on n’évoque jamais le sort dans les médias de l’Empire : Aafia Siddiqui.

 

Quelques courageux s’y sont essayés, en dehors des véhicules traditionnels de l’appareil de désinformation. Notamment, dans les médias indépendants anglophones (2) et francophones (3). Il est vrai que le Pakistan, c’est loin.

Oui, Aafia Siddiqui est Pakistanaise. Diplômée en neurosciences d’une des plus prestigieuses universités des USA, le MIT (Massachussetts Institute of Technology). Elle s’était spécialisée dans les modes d’apprentissage des enfants et sur les thérapies de la dyslexie.

 

Mariée, mère de trois enfants : deux garçons et une fille. Partageant son temps entre ses consultations, car elle était médecin avant tout, ses recherches, son enseignement. Musulmane pratiquante, elle trouvait le temps d’animer des actions caritatives, collectant des fonds, organisant des secours, pour les démunis et les exclus de la société.

 

Le mensonge des escadrons de la mort

 

Jusqu’au jour où son destin bascula. Comme souvent quand il vole en éclats, ce fut dans l’horreur. Enlevée à Islamabad, avec ses trois enfants. En mars 2003. On perd sa trace, totalement.

A l’exemple de ces dizaines de Pakistanais, enlevés, disparus, dont on ne connaît pas le sort. Rappelant les pratiques en usage en Amérique latine lors de l’Opération Condor où les opposants, au Chili ou en Argentine notamment, étaient victimes de ces actions secrètes organisées par les “escadrons de la mort”, émanation des services spéciaux occidentaux.

 

Puis, par un prisonnier de nationalité britannique libéré, on apprend sa présence dans le camp US d’internement et de torture de Bagram, en Afghanistan. Sous le numéro : 650. Elle y aurait subi de multiples tortures, physiques, psychologiques, et viols. Pendant 5 ans.

Pour couvrir cette abjection, les autorités d’occupation inventent un scénario à la hauteur de leur intelligence de soudards : “grotesque”.

 

Ils prétendent ainsi qu’Aafia Siddiqui aurait été arrêtée dans la ville afghane de Ghazni, transportant dans “son sac” des produits chimiques, des plans pour faire des bombes et une liste de cibles aux USA (entre autres : Wall Street et le Pont de Brooklyn…). Tout juste, si elle n’affichait pas tout cet attirail sur une pancarte accrochée à son dos…

Diabolisée, considérée comme une militante d’Al Qaïda, surnommée par les organes de propagande Lady Al Qaïda, diffamée y compris sur sa vie privée, peinturlurée en pétroleuse des armes à feu et des bombes…

 

Suite à cette arrestation, elle est interrogée par une dizaine d’hommes de l’armée et des services spéciaux US. Au cours de cette cordiale entrevue, elle aurait tenté de s’emparer d’un fusil (que faisait un fusil dans une salle d’interrogatoire ?...) tirant sans blesser qui que ce soit. C’est elle qui est blessée par balle à l’estomac.

 

Transférée aux USA, elle est jugée finalement le 23 septembre 2010 à New York. Dans sa condamnation, le juge Richard Berman, ne retient aucun motif relevant du scénario terroriste à l’encontre de cibles aux USA, ni de collusion avec Al Qaïda et autres réseaux armés. Du fait de l’absence de preuves crédibles.

 

Elle est donc condamnée à 86 ans de prison pour avoir menacé et tiré, sans les blesser, sur ses interrogateurs US. Constituant le seul acte de “terrorisme” à sa charge. Ce qu’elle a toujours nié, disant ne pas savoir utiliser une arme.

Mais, six militaires ont témoigné contre elle… L’accusation, par la voix de l’Assistant US Attorney (équivalent d’un substitut du procureur) Christopher La Vigne, souhaitant une condamnation à perpétuité, ne cessant de clamer : « Cet acte, ce crime était horrible par son intention », (“This act, this crime was horrific in its intent”)… (4)

 

Relevez avec soin le mot : « intention ». Le support, la légitimation de toute Inquisition : l’intention.

Parodie de Justice qui choque les citoyens américains eux-mêmes, du moins ceux qui se soucient des Libertés Publiques et de la Dignité Humaine. (5)

Avec dignité, devant les protestations de la salle d’audience à l’énoncé du jugement, Aafia Siddiqui a demandé à l’assistance de pardonner au Juge et au Jury, faisant référence au Prophète qui n’avait jamais pratiqué la revanche personnelle. Affirmant qu’elle ne voulait pas faire appel, sachant que ce serait une procédure inutile.

Elle est, à présent, enfermée dans des quartiers de haute sécurité à la prison de Forth Worth, au Texas, comme une redoutable criminelle. Aucun contact avec l’extérieur. Sans voir ses enfants, bien entendu.

 

Le silence des Belles Ames

 

Notons qu’après plusieurs années de détention, séparés de leur mère, deux de ses enfants ont été rendus à la famille. Le troisième serait mort au moment de l’enlèvement. Ahmed l’ainé, qui avait 12 ans lors de l’enlèvement et souffre de graves troubles psychologiques, se souvient de son petit frère, Souleiman, âgé de 6 mois, gisant sur le sol dans une mare de sang. Dans son procès, Aafia Siddiqui a pu faire allusion au fait qu’ils auraient été torturés sous ses yeux.

Pourquoi cet acharnement ?...

 

Ces personnalités scientifiques, avec leur formation et leur expérience de niveau international, sont très surveillées par les services spéciaux. Elles forment une élite, un leadership potentiel, constituant, dans leur vision paranoïaque, un danger pour les intérêts de l’Empire et les dictatures corrompues qui contribuent à leur protection.

Son simple mode de vie était vécu come une provocation. Elle n’intégrait pas le circuit de la corruption. Au contraire, son comportement citoyen, son éthique, représentaient un véritable blasphème pour l’oligarchie et ses « escadrons de la mort ». Ce déni devenant un délit d’intention, une hérésie, pour atteinte aux intérêts de l’Empire.

 

D’autant plus qu’elle était une femme musulmane, ne correspondant pas aux canons de la propagande islamophobe ne cessant de les dépeindre en “femme-esclave” qu’il convient de libérer. Son dynamisme, son indépendance d’esprit, son rôle actif dans la collectivité, son influence, son rayonnement, gênaient les spécialistes de la désinformation.

Pour eux, il devenait indispensable de la diaboliser comme une sorcière au Moyen-Age, la brûler en place publique après torture et faux procès. Ces personnes qui veulent donner du sens à leur société, à leur collectivité, on les assassine ou on les brise. Elle est tombée dans la deuxième catégorie. Elle est brisée.

 

Pour l’Empire, c’est un exemple destiné à bien faire comprendre que même dans son comportement on se doit de se plier à ses volontés, ses normes, ses représentations, surtout dans les pays colonisés sous dictature. L’Empire ne pratique pas la “guerre contre La Terreur”. Il instaure la terreur.

Mais, Aafia Siddiqui n’est pas oubliée. Heureusement, blogs, sites, se sont constitués à travers le monde. Tout un maillage de solidarité, grâce à Internet. Des bénévoles voulant défendre la Dignité Humaine (6), ainsi que sa famille qui se mobilise tenant un site officiel, malgré menaces et piratages, animé par ses sœurs tout particulièrement (7).

 

Elle est devenue au Pakistan et en Asie un symbole de l’acharnement de l’Occident dans le déni du respect élémentaire de La Dignité Humaine, de la Justice, à l’égard des populations qu’il domine militairement.

Bien sûr, Les Belles Ames se taisent, chez nous. La cause n’est pas « vendable »…

Les associations et ONG ayant pignon sur rue, si promptes à s’enflammer pour le moindre “dissident”, craignent de perdre sponsors et subventions, provenant de multiples canaux. Plus souterrains et occultes que transparents. Leur hantise : voir le robinet soudainement se fermer !… Adieu voyages, congrès et autres prétextes à fréquenter palaces, plateaux TV et « grands » de ce monde !…

 

C’est le culte du Totem : la langue de bois.

Contemplez dans ce texte en français celui, en acajou massif, d’Amnesty International, véritable chef d’œuvre du genre (8)…

Elle a eu 39 ans, le 2 mars dernier.

Aafia Siddiqui, ton supplice incarne toute l’injustice et la violence de cet Empire malade, profondément malade, qui dans sa mégalomanie prétend donner des leçons d’humanité à la planète. Il t’a emmurée vivante, comme au Moyen-Age on jetait dans les oubliettes après la torture. Probablement, pour que tu n’entendes pas les voix de ceux qui partagent ta souffrance et exigent ta libération.

 

Mais, au-delà des murs, grilles et portes blindées, nous savons que tu ressens les vibrations de cette multitude de pensées, de tendresses, de prières, veillant sur toi…

Georges STANECHY

 “C'est mon jugement que le Dr Siddiqui est condamnée à une durée d'incarcération de 86 années,” (pour la tentative de meurtre d'officiers états-uniens en Afghanistan) a déclaré le Juge Richard Berman, juge de cour de district des Etats-Unis d'une cour fédérale à Manhattan le 23 septembre 2010. Le Dr. Aafia Siddiqui, de nationalité pakistanaise, a dénoncé le procès, disant que “(faire appel serait) une perte de temps. J'en appelle à Dieu.”

 

Aussitôt le verdict diffusé dans les médias, la colère est montée chez les Pakistanais et des milliers de gens sont descendus dans la rue pour protester contre la peine de 86 ans du Dr. Aafia Siddiqui. Quelques minutes après l'annonce du jugement, la soeur d'Aafia Siddiqui, Fauzia, a tenu une conférence de presse au côté de sa mère, où elle a critiqué le gouvernement pakistanais de n'avoir pas tenu sa promesse de ramener Mme Siddiqui.

Résultat du tollé contre la sentence, le gouvernement pakistanais s'est trouvé sous la pression intérieure, et le ministre de l'Intérieur Rehman Malik a exigé des USA qu'ils rapatrient le Dr Aafia Siddiqui au Pakistan.

 

Le Dr. Aafia Siddiqui, aussi connue comme le Fantôme de Bagram ou la prisonnière 650, hante la mémoire de milliers de Pakistanais depuis que son absence mystérieuse a été remarquée par les médias en 2007. Mme Siddiqui a passé son doctorat en génétique au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.), aux USA. En mars 2003, elle disparut mystérieusement de Karachi en compagnie de ses trois enfants.

 

 En fait, ce n'est que lorsque le prisonnier britannique Moazzam Begg l'eut mentionnée dans son livre “Combattant Ennemi”, que les organisations et militants des droits humains à travers le monde y firent attention. Le 6 juillet 2008, la journaliste britannique Yvonne Ridley appela à aider une femme pakistanaise qu'elle pensait avoir été maintenue à l'isolement par les Américains dans leur centre de détention à Bagram en Afghanistan, depuis plus de quatre ans.

Selon certaines informations, Ahmed, 12 ans, (fils du Dr Aafia) fut remis à sa tante Fauzia Siddiqui en septembre 2008 après des années de détention sur une base militaire américaine en Afghanistan.

 

Plus tard, les média ont rapporté qu'une fillette prénommée Fatima fut déposée devant la maison de la soeur de Mme Siddiqui, et que son ADN correspondait à celui d'Ahmed (le fils du Dr Aafia). Pendant ce temps, un sénateur pakistanais et président du comité permanent de l'Intérieur du Sénat, Talha Mehmood, “fustigea les Etats-Unis pour avoir gardé l'enfant dans une pièce froide et sombre d'une prison militaire pendant sept ans.”

 

Après le retour de deux de ses enfants, la famille d'Aafia se prit à espérer qu'elle reviendrait aussi bientôt et poursuivit les contacts avec le gouvernement du Pakistan pour garantir la sécurité d'Aafia. Mais tous leurs espoirs ont été réduits à néant avec la nouvelle de l'emprisonnement d'Aafia pour 86 années.

Les médias et blogueurs pakistanais ont des réactions mêlées sur l'affaire, certains clamant qu'Aafia a été victime d'une injustice, tandis que d'autres y voient une leçon sur les valeurs de la justice sociale.

Shaukat Hamdani écrit sur Express Blog:

“Quoi qu'en aient dit les média internationaux, il faut dire clairement que le Dr Aafia n'a jamais été inculpée de terrorisme. En revanche, elle est accusée d'avoir arraché le fusil d'un adjudant américain à la mi -2008 lorsqu'elle était retenue pour interrogatoire dans la province afghane de Ghazni et d'avoir fait feu sur des agents du FBI et du personnel militaire. Toutefois, personne ne fut touché. Le surnom que lui ont donné les médias américains, ‘Lady al-Qaida’ était totalement injustifié et a dû influencer le jury. Ce qui est triste, c'est que tout en étant un allié aussi central des Etats-Unis dans la guerre contre la terreur, notre gouvernement n'ait rien pu obtenir à cet égard, et le traitement infligé à une ressortissante pakistanaise est simplement épouvantable.”

Faisal Kapadia écrit :

Nul ne peut nier que la façon dont elle a été traitée à Bagram était méprisable, mais que le gouvernement du Pakistan puisse réellement obtenir la libération d'un individu jugé et condamné par un tribunal américain ne peut prêter qu'à l'hilarité. Surtout si la personne concernée est citoyen des Etats-Unis.

Beenish Ahmed mentionne des points à méditer :

“L'affaire Siddiqui a contraint certains Pakistanais à regarder au-delà des jugements sociaux pour envisager les questions de justice sociale. L'histoire personnelle de Mme Siddiqui mise à part, les curieuses circonstances de son arrestation et les trous béants dans les preuves non divulguées comme secret défense sont devenus un point de ralliement pour le sentiment anti-américai au Pakistan.”

Les opinions des auteurs occidentaux n'ont pas moins d'intérêt dans cette affaire, en débattant sur le système judiciaire des tribunaux américains au vu des crimes présumés d'Aafia Siddiqui et de la nature de sa peine.

Selon l'article de Stephen Lendman :

“Son affaire est l'un des exemples américains les plus flagrants d'atroces abus et injustice, couronnés par sa condamnation pratiquement à perpétuité pour un crime présumé qu'elle n'a jamais commis.”

Sur Houston Criminal Lawyer, John Floyd et Billy Sinclair écrivent que la condamnation inhabituellement longue est plus lourde que nécessaire, cruelle et inusitée :

“La peine de 86 ans qui lui a été infligée par le juge Berman n'est qu'une continuation injustifiée et cruelle de cette torture..Elle est honteuse, et son cas restera une souillure sur notre système de justice pénale et la réputation des Etats-Unis à travers la communauté mondiale jusqu'à ce qu'elle soit libérée.”

Affiche pour le Dr. Aafia

Yvonne Ridley écrit dans un récent billet sur Countercurrents.org, intitulé “Aujourd'hui Aafia, les citoyens américains demain”:

Il faut maintenant que le gouvernement pakistanais réclame le rapatriement d'Aafia avec effet immediat. Les Etats-Unis doivent se taire, céder et montrer un peu d'humilité en rendant la Fille du Pakistan.

Et avec un peu de chance, d'innocents Américains en voyage à l'étranger ne seront pas pris dans les retombées de cette violation de la loi internationale et des droits humains.

L'affaire du Dr. Aafia est mystérieuse depuis le début, mais en tant que citoyens ou Etat la négligence devant ce genre de cas ne fera qu'allonger la liste de disparus au Pakistan et donner libre cours au chaos dans la société.



30/07/2011

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