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Haïti attend toujours 1,15 milliard$ promis par Washington

Publié le 29 septembre 2010 à 13h39 | Mis à jour le 29 septembre 2010 à 13h39

Haïti attend toujours 1,15 milliard$ promis par Washington

Jonathan Katz et Martha Mendoza
Associated Press
Port-au-Prince

 

Près de neuf mois après le séisme dévastateur du 12 janvier, plus d'un million d'Haïtiens vivent toujours dans la rue entre les amas de décombres. Et à ce jour, pas un seul dollar sur les 1,15 milliard $US promis par les États-Unis pour l'aide à la reconstruction d'Haïti n'a été versé.

Cette somme avait été promise en mars par la secrétaire d'État Hillary Clinton dans le but de financer cette année des projets de reconstruction. Mais à moins d'une semaine de la fin de l'exercice budgétaire 2010 aux États-Unis, l'argent est toujours bloqué à Washington. En cause: la bureaucratie et un manque d'organisation et de sentiment d'urgence, a constaté l'Associated Press en interrogeant des responsables du département d'État, de la commission sénatoriale aux relations extérieures ou encore de la Maison-Blanche.

En attendant, Port-au-Prince, capitale haïtienne dévastée, enregistre un nombre croissant de décès et les rescapés continuent à souffrir de conditions de vie très dures. «Il y a vraiment des vies qui sont en jeu», souligne John Simon, ex-ambassadeur américain auprès de l'Union africaine aujourd'hui membre du Centre pour le développement mondial, un cercle de réflexion de Washington.

L'aide américaine est d'autant plus importante qu'Haïti n'a pas reçu beaucoup d'argent des autres donateurs internationaux. Sur les 8,75 milliards de dollars promis pour la reconstruction par une cinquantaine d'autres pays et organisations, seulement 686 millions de dollars ont été effectivement versés jusqu'ici, soit moins de 15% du total.

 

Le manque d'argent a failli interrompre les travaux menés sur le terrain par CHF International, agence américaine chargée de déblayer les décombres et construire des abris temporaires. Seulement 2% des gravats ont été retirés et 13.000 abris temporaires construits, soit moins de 10% que le nombre prévu.

Le 24 mars, le président Barack Obama avait demandé au Congrès 2,8 milliards de dollars d'aide d'urgence pour Haïti. Les États-Unis ont déjà dépensé 1,1 milliard de dollars pour l'aide humanitaire post-séisme. Reste que le coeur de l'enveloppe demandée par Barack Obama étaient les 1,15 milliard de dollars pour la reconstruction.

Six mois après, le texte de loi qui doit autoriser la distribution de cette aide est bloqué au Congrès par le sénateur républicain de l'Oklahoma Tom Coburn, a découvert l'AP. «Il bloque le texte parce que celui-ci prévoit inutilement un haut coordinateur pour Haïti», explique la porte-parole de l'élu, Becky Bernhardt.

Le projet propose effectivement la désignation d'un nouveau coordinateur chargé d'élaborer une stratégie de reconstruction en partenariat avec l'Agence américaine pour le développement (USAID). La création du poste coûterait cinq millions de dollars sur cinq ans, en incluant les salaires et frais d'une équipe de sept personnes.

Faute d'approbation du texte, le département d'État tente de débloquer des fonds en contournant autant que possible le Congrès. Il a envoyé aux parlementaires un «plan de dépenses» le 20 septembre et a donné aux élus 15 jours pour l'examiner. S'ils ne le font pas, l'argent pourra être débloqué malgré tout pour des projets qui auront été approuvés.

«Nous devons nous assurer que les besoins des Haïtiens ne sont pas sacrifiés à cause d'obstacles procéduraux et bureaucratiques», a déclaré à l'AP le président de la commission sénatoriale aux relations extérieures, John Kerry. Presque neuf mois après le séisme, «des retards supplémentaires (...) ne sont pas acceptables», ajoute-t-il. Le département d'État pense commencer à verser les fonds pour la reconstruction dans les semaines et mois à venir.

À Haïti, beaucoup se sentent abandonnés. Mishna Grégoire, 22 ans, raconte avoir été heureuse de la tenue de la conférence des donateurs, en mars, pour aider son pays. Mais six mois plus tard, elle vit toujours dans un campement d'abris tendus de bâches avec 5 000 autres personnes à Pétionville, dans la banlieue de Port-au-Prince. «Je pensais qu'ils allaient faire quelque chose de sérieux», dit-elle. «Mais rien n'a été fait.»



30/09/2010

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