PerleDeDiamant

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Gris-gris, fétiches, croyances.

Kinshasa : Des gris-gris dans les poches, comme dans les champs

A proximité du tunnel que j’emprunte tous les jours pour me rendre à l’arrêt de bus, il y a quelques plants de maïs. Je n’avais jamais vraiment fait attention à ce petit champ, jusqu’au jour où j’ai remarqué de petits paquets de tissus rouges attachés à certaines plantes. me renseignant sur leur utilité, j’ai appris qu’il s’agissait de gris-gris destinés à décourager d’éventuels voleurs. Cette drôle de découverte me pousse à me poser une question : les oiseaux auraient-ils peur de ces fétiches au point d’éviter de picorer les grains de mais ?

Fiction ou réalité, je me rends compte que le Congolais, qu’il soit de Kinshasa ou de l’intérieur du pays, reste attaché à des croyances ancestrales même quand elles ne sont pas rationelles. Il y a quelques jours, alors que j’étais à bord d’un taxi collectif (qu’on partage à 4 et parfois à 5, sans compter le chauffeur),  j’ai participé à une discussion fort intéréssante. Les autres passagers qui voyageaient avec moi discutaient à propos de la dextérité des pickpockets de Kinshasa. Le premier qui se disait chef coutumier pretendait que nul ne pouvait lui dérober son bien et rester impuni. Et le deuxième d’évoquer la vie du village : « les habitants de mon village ne fermaient pas leurs portes, même lorsqu’ils allaient aux champs, parce que justement personne n’oserait voler, de peur d’en devenir fou, ou pire, d’en mourir », affirmait-il.

Au marché, les commerçantes truffent leurs produits de piments rouges, censés les protéger contre les personnes mal intentionnées. Je m’interroge aujourd’hui sur l’impact de ces croyances dans l’épanouissement du Congolais. Et parfois, dans une vision peut-être un peu exagérée, ces croyances m’apparaissent comme des racines qui nous empêchent d’avoir des ailes.

Gagner de l’argent, tous les moyens sont bons au pays de la débrouille

21 octobre 2009 par Mira, Leki ya Kinshasa Gagner de l’argent, tous les moyens sont bons au pays de la débrouille

En pleine capitale congolaise, juste à l’entrée de Cité verte, un des plus beaux quartiers de Kinshasa, mon attention est attirée par ce panneau. Je pousse alors ma curiosité jusqu’à entrer dans le cabinet « solution ». Un homme, la cinquantaine, un regard interrogateur m’accueille. Curieusement, il enlève tous les papiers qui se trouvaient sur sa table pleine de poussière et les places dans un tiroir. Je me rends compte que c’est mon appareil photo qui le fait paniquer. Du coup, un climat de méfiance s’installe.

Je m’approche et lui dis que j’avais un cas de sorcellerie à la maison et que je chercher une solution auprès de lui. Il me sourit et laisse entrevoir sa mâchoire avec des dents manquantes. Il me présente un registre « vétéran ». Je devais être exactement son 3.652eme client. « Il faut payer 5 dollars avant de voir le docteur pour une maladie et 10 dollars pour un cas de sorcellerie », me lance-t-il.

Sans blague ! Vu le phénomène enfant sorcier qui bat son plein dans la capitale…ce fameux médecin-charlatan a trouvé une bonne façon de se remplir les poches. Hélas, personne pour certifier l’efficacité de ses gris-gris.

Ainsi va la vie en RDC, le pays de la débrouille. La rationalité et le formel ont laissé place à des croyances et pratiques de toutes sortes. Deux voies sont possibles : d’une part les féticheurs et de l’autre les autoproclamés « hommes de Dieu ». Dans les deux cas, il faut payer et espérer en échange une solution miracle qui se fait attendre très longtemps.

A défaut de voir les miracles promis se réaliser, ceux qui choisissent les miracles que vendent les églisettes qui poussent comme des champignons dans tous les coins de la république, peuvent au moins espérer avoir un retour sur leur investissement et gagner une place au paradis…

 

Croyances aux fétiches: l'homme noir doit-il y renoncer ?

INTERTITRES

le blog de Cikuru Batumike

La croyance aux cultes traditionnels en Afrique et aux Antilles a une large composante fétichiste évidente. Utiliser, vénérer, manipuler à des fins diverses, des objets naturels ou artificiels qui renvoient à des puissances invisibles: de la tentation à l'usage des fétiches, l'homme noir fait régulièrement le pas. Et ce, depuis la nuit des temps. A l'instar d'autres cultures du monde. Dans tous les cas, qu'est-ce qui contraint l'usager à courir derrière des pratiques qu'on croit dépassées par rapport aux conceptions évolutionnistes de nos sociétés ?


Novembre. Le ciel de Vitry-sur-seine (France) est d'un gris faible. Quelque part, une rue isolée. Elle abrite un studio aux murs d'intérieur dominés par des tableaux du peintre haïtien Rigaud Benoît. Le plus saisissant représente une cérémonie vaudou. L'occupant des lieux est un devin féticheur d'origine haïtienne. Il a plus de vingt ans d'exercice de cette profession aux multiples mystères. Sa satisfaction: avoir réussi à fidéliser une clientèle issue des milieux sociaux différents. Dans la cinquantaine, l'homme a un corps svelte, un regard criard du buffle noir de savane, laissant apparaître un cou collé à l'épaule par des "carcans de sortilèges". Les membres de sa poitrine sont chargés d'amulettes. C'est avec sympathie -et pour les besoins d'une interview- qu'il nous accompagne chez son confrère sénégalais, domicilié dans un chic quartier à quelques lieues. Avant de nous accueillir chez lui, le devin féticheur sénégalais balaie le sol énergiquement pour, semble-t-il, chasser les esprits malveillants et rendre favorable le climat à notre entretien. Sur son autel de travail sont empaquetées des offrandes. Dans la chambre attenante, une sorte de sanctuaire nous accueille. Avant et après nous, des "patients" y sont passés pour se confier à coeur ouvert, sur fond d'une mobilisation on ne peut plus sacerdotale. Des instruments de musique sont mis à contribution pour diviniser et obtenir la grâce des génies. Petite démonstration: le devin fait raisonner le tam-tam avec ses mains nues. Il nous en indique le sens: "J'utilise beaucoup le rythme. Il a son importance. Chaque mauvais génie y est sensible et sa réaction varie à l'instar des sons obtenus. Après cette petite action, je peux me mettre au travail."  Dans le langage courant, leurs clients les appellent "devin, féticheur, voyant, sorcier, mayemin, etc."  Leurs spécialités consistent à assurer le retour d'affection, à promettre la réussite commerciale, à donner la protection, moyennant une certaine somme d'argent.

Une tête d'oiseau séchée

Nos deux interlocuteurs reçoivent leurs clients tous les jours ouvrables. L'Haïtien et le Sénégalais sont unanimes. "Nous recevons plus de femmes que d'hommes d'Afrique et des Antilles. Elles connaissent beaucoup de problèmes dans leur existence d'exil. Elles ont besoin d'être écoutées, orientées, éclairées et aidées. En général, elles sont satisfaites de notre travail." Issues des milieux divers, elles ont en commun la volonté de mieux vivre, de devenir heureuses, d'être rassurées, protégées, aimées par l'être cher. Femme d'un homme polygame, célibataires, compagnes de cadres, étudiantes d'Université, veuves ou divorcées: elles sont sorties de chez le féticheur emportant, qui une tête d'oiseau séchée, qui des brins d'herbe autour des hanches et autres fil noir, objets auxquels elles donnent une grande valeur. Elles croient que les fétiches satisfont plus ou moins pleinement une fin désirée. C'est tout le donné du monde noir en son caractère des valeurs abstraites.

Conjurer le mauvais sort

En général, l'homme noir croit aux fétiches: ils constituent un rempart sacré dont la vie a le plus besoin. L'autre jour une Togolaise cliente de notre interlocuteur sénégalais, affirmait: "Les fétiches permettent de trouver l'essentiel de ce qu'on souhaite de la vie: le bonheur. Je voudrais en avoir pour garder mon mari et lui donner des bons enfants."  Et pour cause! Dans des nombreuses contrées africaines, une femme sans enfant est vouée à la critique voire à la méfiance de son voisinage. Marginalisée par sa propre communauté, elle est comparée à un morceau de bois inutile, destiné à être mis au feu. Un couple marié sans enfant est objet de risée: leur mariage perd toute sa valeur profonde. Or donc, dans le langage de certaines africaines, se marier se traduit par "avoir non seulement un mari, mais gagner également un bébé." Mari et enfant restent étroitement liés et mêlés à quelque chose de plus: le règne de l'entente au foyer. Au Congo, dans quelques clans, on fait foi aux fétiches pour conjurer le mauvais sort. D'autres raisons peuvent pousser un sujet à recourir aux fétiches. Mme Fatouma, Malienne domiciliée à Genève avoue: "Lorsqu'une co-épouse d'un polygame n'arrive plus à trouver l'égale satisfaction dans sa vie conjugale et domestique, il n'est pas exclu qu'elle regarde de ce côté-là..." La Camerounaise Zabiti, originaire de Maroua, aujourd'hui dans la vingtaine, n'est pas pensionnaire d'une "garcerie". Une prostituée ordinaire, solitaire, qui travaille  sur les trottoirs de Berne depuis bientôt cinq ans. Elle avoue se prostituer par goût, c'est-à-dire par amour de l'argent. Elle en a besoin. "Au fait, pour aider ma famille, sans appui, restée au pays, je dois faire ça. Je ne veux pas les voir tomber au bas de l'échelle. Mes clients sont des fonctionnaires, des hommes d'affaires. Je gagne peu d'argent. J'attends toujours le gros lot, qui sait? Quand rien n'ira plus comme avant, j'aviserais mon féticheur habituel."  Notre interlocutrice juge nécessaire de nous parler du cas d'une amie sud-africaine, qui pour une raison ou une autre n'a pas eu d'enfants de ses trois précédents mariages. Le quatrième a été le bon, après un passage utile chez un devin.

Une tare de la société?

Les fétiches seraient-ils une tare des sociétés particulièrement antillaise et africaine ? Ce n'est pas l'avis de Monsieur ou Madame tout le monde. Mme Zabiti affirme: "Avec ce raisonnement, il y a longtemps que nos sociétés seraient défaites. Les pratiques fétichistes font partie du quotidien dans la vie de l'homme noir. Ils comptent dans les structures traditionnelles de nos sociétés, dans les valeurs indiscutablement permanentes de l'héritage de nos ancêtres." Pour rien au monde, elle ne voudrait pas s'en passer. Ce n'est pas l'avis de ce vieillard tchadien, imbu de sagesse et très sceptique, qui l'autre jour à Paris, nous interpellait: "Il s'agit d'une évidence dans la valorisation des cultes traditionnels, mais peut-on affirmer que ces pratiques ne vont pas sans poser des problèmes graves dans nos sociétés ?" On connaît les prises de position d'hommes de culture vis-à-vis de cette problématique. Signe des temps: l'oeuvre  "L'Enfant Noir" de l'écrivain guinéen Camara Laye, en grande partie autobiographique, essaie de fondre tous les éléments propres aux sociétés paysannes africaines: le culte des ancêtres et des génies tutélaires, la croyance dans les puissances occultes, etc... Elle a suscité des échos dans les rangs de ses confrères. D'aucuns l'ont pris comme une célébration de la tradition quand ils n'adoptaient pas en son endroit une méfiance générale. Sur le même sujet, on connaît le point de vue de l'Antillais Frantz Fanon, qui stigmatisa le recours aux fétiches, leur caractère de "folklore" et mystification. Le Congolais Tchikaya U'Tamsi s'insurgea, lui, contre "un culte du passé à renier".  Dans son roman "Le fils du fétiche", David Ananou s'interroge sur le bizarre attachement de ses compatriotes à certaines pratiques: "Nous ne condamnons pas en bloc toutes nos coutumes, par contre, il en est de bien déplorables que lespréjugés entretiennent avec un soin jaloux et que même les ancêtres, s'ils revenaient parmi nous, trouveraient caduques et opposées à toute saine évolution." Il en est qui ont inculpé la tradition, tel Rémy Medo Mvomo: le héros de son roman "Afrika baa" ne dit-il pas: "La tradition s'oppose à l'innovation et le malheur est que le progrès de notre pays ne pourra chausser des bottes de sept lieues que lorsque la seconde aura triomphé de la première."

La question reste posée: l'homme noir doit-il renoncer aux pratiques fétichistes? Si ce n'est pas l'un, c'est l'autre. La révolution consisterait à condamner et à rejeter, d'une façon catégorique, toute tendance fétichiste jugée inutile. Tandis que le conservatisme serait la démission devant toute idée évolutive. Serait-il souhaitable de refuser à croire et à user des fétiches? A votre avis.



12/11/2009

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