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Grippe P, comme paranoïa

Grippe P, comme paranoïa

Le tabac tue de plus en plus, mais personne ne le sait. Les accidents de la route meurtriers sont à nouveau en augmentation, mais chacun s'en accommode. La tuberculose est revenue, le sida ne recule pas, Alzheimer fait des ravages, mais tout le monde s'en fiche. En revanche, la grippe A est le feuilleton de l'été. Qu'on tousse à Megève, qu'on frissonne à Maubeuge, et les médias ne parlent que de ça : les Français seront bientôt incollables sur le b.a.-ba du A, experts en nombre de contaminés, ces touchés-coulés ? du H1N1. La grippe était porcine, elle est devenue mexicaine pour que le cours du jambon ne dégringole pas et que les islamistes arrêtent de zigouiller les cochons ; puis on l'a appelée A, afin d'éviter l'incident diplomatique : l'alphabet ne proteste jamais. En fait, elle devrait s'appeler la grippe R, comme Rumeur : jamais on ne fit autant de bruit pour dire qu'on ne sait rien. Mutation du virus, pics de virulence, disponibilité du vaccin... Les inconnues de la pandémie nous sont devenues familières ; et nous ne sommes pas plus avancés. La molle indifférence des vacanciers cédera bientôt la place à une légitime inquiétude de rentrée, allumée par un premier décès en France : qu'adviendra-t-il pour soi, ses enfants, l'école, les transports en commun, le business ?...

Le gouvernement n'a ménagé ni sa peine ni notre argent pour préparer la résistance. Mais, en son zèle prophylactique, il participe de l'exagération des craintes et de la psychose. Si les politiques s'éloignent ainsi du service de la raison, c'est qu'ils tremblent en songeant aux procès qui les attendent s'ils sont négligents ou indolents. Pour exorciser le syndrome de la canicule ou les fantômes du sang contaminé, ils ont inventé le principe de précaution. Trop en faire aujourd'hui pour que le peuple n'ait rien à redire demain. Alibi de ceux qui ne prévoient rien pour montrer qu'ils ont tout envisagé, le principe de précaution nous fait prendre du retard dans les innovations technologiques, nous met à la remorque des pays audacieux et n'empêche en rien les paniques qu'il est censé conjurer, créant même du soupçon supplémentaire : puisque le pouvoir fait comme si ça allait mal se passer, c'est qu'on nous cache des choses et que la vérité est pire encore. Sans compter les millions d'euros que le principe de précaution prend dans la poche des citoyens pour la verser dans celle des laboratoires pharmaceutiques, des cabinets de conseil en communication de crise et des instituts de sondage.

La grippe A doit être l'occasion de renoncer au principe de précaution, remplacé par le principe de prévention, dont Roselyne Bachelot est une excellente pédagogue, et par le principe de protection, où l'on peut mieux faire : on ignore encore quels seront l'ordre de priorité des vaccinations, la limitation des déplacements ou la mobilisation des agents publics.

Prévention et protection relèvent de la raison vigilante ; le principe de précaution de la paranoïa. Et de la diversion : obnubilés par le H1N1, les Français jugeront moins l'impuissance du pouvoir face à la crise.

La grippe A n'est qu'un risque de plus, mineur, dans un monde périlleux. Ceux qui l'attraperont seront à la mode, ceux qui en mourront seront malchanceux. Point final. Le principe de précaution est le fanatisme des poltrons.



11/08/2009

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