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Gentils voisins pas très loin de chez nous...suite...re-merci Berlutruc

Pise, un aéroport à conduite militaire

Une ville à risque
Mondialisation.ca, Le 25 novembre 2009

Hier après-midi (23 novembre 2009), les voyageurs qui cherchaient des informations sur des vols sur le site de l’aéroport de Pise étaient priés de réessayer plus tard à cause de « problèmes techniques ». L’origine des problèmes n’était pas une interruption de la ligne Internet mais le fait qu’un avion militaire C-130J s’était écrasé au décollage, en tombant sur une voie de chemin de fer proche, et que, du coup, tout l’aéroport avait été fermé. Les cinq militaires à bord sont morts mais le bilan aurait pu être beaucoup plus grave. Souvent, de fait, les C-130 et autres avions survolent à basse altitude la ville de Pise. Ceci est du à l’activité intensifiée de la 46ème brigade aérienne, qui effectue plus de 10 mille mouvements annuels d’avions militaires. S’y ajoutent plus de 40 mille vols civils. C’est le personnel de la 46ème brigade aérienne qui dirige tout le trafic. « Le radar et la tour de contrôle –souligne Il Tirreno (31-3-2009)- sont gérés par des militaires et ceci donne des garanties de fiabilité à l’aéroport, en le mettant à l’abri de grèves et interruptions de service ». L’aéroport de Pise est donc un aéroport à conduite militaire qui, ayant été élargi au secteur civil, est en expansion continue.

Le rôle de la 46ème brigade aérienne s’est accru proportionnellement à l’augmentation des missions militaires à l’étranger. Dans ce but, elle a été dotée d’avions de transport C-130J (version ajournée du C-130H) de la société Lockheed Martin. L’Italie a été en 1997, pendant le gouvernement Prodi, un des premiers pays à les acheter : depuis lors elle en a reçu 22, pour un coût de plus de 60 millions de dollars pièce (plus les dépenses opérationnelles). Employé par la 46ème brigade aérienne de Pise, cet avion (d’une longueur de 30 mètres environ et d’une envergure de 40) constitue l’ossature de la composante de transport de l’aéronautique militaire. Celle-ci a été la première à l’utiliser dans des théâtres d’opération : les C-130J transportent continuellement des troupes et du matériel en Afghanistan, au Liban et dans les Balkans. Comme en informe un communiqué de Lockheed Martin (17 février 2009), les C-130J de l’aéronautique italienne ont effectué plus de 75 mille heures de vol. Pendant la cérémonie célébrant ce record, qui se montera bientôt à 100 mille heures de vol, le vice-président de Lockheed pour le programme du C-130J a donné à la 46ème brigade un modèle de grandes dimensions de l’avion qui sera placé au Centre national d’entraînement, géré par Lockheed elle-même, à Pise. Sur tout cela, précise le communiqué, se fondent « les relations fortes entre l’Italie et Lockheed Martin, développées ultérieurement par la participation italienne au programme du chasseur F-35 Lightning II Joint Strike Fighter ».

L’aéroport de Pise est ainsi devenu l’un des principaux nœuds du mouvement de personnel et de matériel militaires. S’ajoute à cela le fait que ce même aéroport est utilisé, avec le port de Livourne, par la base étasunienne voisine de Camp Darby, qui approvisionne les forces terrestres et aériennes dans la zone méditerranéenne, africaine et moyen-orientale. On ne sait pas combien et quels sont les vols de transport des matériels et des hommes de la base, mais ils sont certainement nombreux. Par exemple, quand, en août 2008, Camp Darby a été utilisé pour l’envoi de « fournitures humanitaires » en Géorgie, le transport a été effectué par le Fleet Logistic Support Squadron 46, qui a transféré à l’aéroport de Pise du personnel et des avions depuis la base navale de Marietta, située dans l’Etat de Georgie aux USA. Cette mission fut, naturellement, présentée comme une « mission humanitaire ».

On présente généralement dans la même veine l’activité de la 46ème brigade aérienne. Par exemple, le journal cité ci-dessus écrit que « le travail le plus significatif s’est joué sur le front humanitaire, dans lequel la brigade aérienne s’est distinguée de façon particulière, à partir de janvier 2008, quand ont atterri sur l’aéroport militaire de nombreux enfants afghans affectés de fissures palatines, qui ont été l’objet d’interventions chirurgicales avant leur rapatriement avec la collaboration de la Croix-Rouge ». A cet effet, un groupe de parlementaires du Partito democratico, parmi lesquels l’ancien maire de Pise, Paolo Fontanelli, a présenté au gouvernement une intervention où sont demandés davantage de fonds pour la 46ème brigade aérienne, « qui s’est distinguée à la fois pour son activité dans les théâtres d’opération les plus engagés, et pour ses nombreuses interventions à fins humanitaires ».

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio

Publié par il manifesto, le 24 novembre 2009.
//www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20091124/pagina/06/pezzo/265417/ 


Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Manlio Dinucci publiés par Mondialisation.ca
Mondialisation.ca, Le 27 novembre 2009

Le C-130J écrasé à Pise est le « bon géant » qui approvisionne les chasseurs-bombardiers

« Polar » officiel pour le moment quant aux causes du désastre aérien de Pise, où sont morts lundi cinq militaires, et qui par pur hasard n'a pas provoqué de tragédie : le gigantesque avion est tombé, en soulevant d'immenses flammes, sur la ligne ferroviaire Rome-Pise-Gênes à quelques centaines de mètres d'un train qui arrivait et de quelques habitations. L'aéronautique se borne à communiquer qu'un avion de transport C-130J est tombé lors du décollage pour une mission d'entraînement. Mais une information importante est tue. Elle est fournie par Flight International, une des revues internationales d'aéronautique les plus autorisées : « Le Lockheed Martin C-130J de l'aviation italienne, qui s'est écrasé le 23 novembre, a été identifié comme le premier exemplaire à avoir été modifié en avion-citerne » (24 novembre 2009). L'avion a été le premier des douze C-130J à fuselage court (auquel s'ajoutent dix autres à fuselage long) livrés à l'Italie à partir de l'année 2000. Il a été ensuite reconfiguré en avion-citerne et qualifié pour l' « approvisionnement en vol de l'hélicoptère AgustaWesland AW101 et de l'avion de combat Eurofighter de l'aéronautique italienne ».

Le C-130J a été modifié en citerne volante avec le même kit de réservoir que celui utilisé sur les C-130J des marines Usa. Les vols de test et d'entraînement de l'équipage ont été effectués en 2006 aux Etats-Unis. L'avion citerne, doté de réservoirs de 32.540 litres de carburant (auquel on peut en ajouter un autre de 13.600 litres), peut approvisionner en vol deux chasseurs simultanément. Le « bon géant qui atterrit dans le désert » comme le définit Il Tirreno (24 novembre), en exaltant les « missions humanitaires » dans lesquelles il est utilisé, sert donc non seulement à transporter des troupes et du matériel dans des théâtres d'opérations guerrières lointains, mais aussi à approvisionner en vol des avions de guerre qui y sont envoyés, comme les chasseurs Tornado et AM-X déployés en Afghanistan. Le même avion-citerne, une fois au sol, peut aussi approvisionner des véhicules de combat.


L'acquisition des 22 C-130J de Lockheed Martin a donc permis aux forces armées italiennes d'être projetées rapidement dans des théâtres de guerre lointains. Cette capacité a été potentialisée par l'accord triennal de 97 millions d'euros, stipulé en 2007 (gouvernement Prodi) avec Lockheed Martin, Alenia Aeronautica et Avio, pour assurer à la flotte des C-130J de l'aéronautique italienne « un support technique logistique de plus en plus efficace ». Le rôle du transport aérien –souligne l'aéronautique dans son communiqué sur l'accident- s'est accru de façon exponentielle car « les Forces Armées ont vu, dans l'utilisation hors des frontières nationales, la projection naturelle de leur mission au service de la défense et de la sécurité, en protection des valeurs de progrès civil et de libre circulation des idées et des individus qu'une nation démocratique et pacifique comme l'Italie est constamment employée à défendre ». On trouve sur la même tonalité l'administration communale de centre-gauche de Pise. Le maire adjoint et conseiller à la protection civile, Paolo Ghezzi, a déclaré que, même si « l'événement a eu un impact émotionnel fracassant, il nous a trouvés préparés ». La Municipalité de Pise avait de fait déjà décidé d'effectuer au début de l'année 2010 un exercice de protection civile sur un éventuel désastre aérien. La réalité l'a précédé. La Municipalité, donc, ne s'apprête pas à empêcher que les C-130J et autres avions ne survolent la ville à basse altitude, mais à évacuer les blessés et ramasser les morts si un « bon géant » chargé de carburant s'écrasait sur Pise.


Edition de jeudi 26 novembre 2009 de il manifesto

Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio



29/11/2009

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