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Eric Cottier....Prison à vie pour F.L.: «Erreur judiciaire en direct», selon son avocat

F. L. entre la prison à vie et l'acquittement

TRIPLE MEURTRE | La parole était au procureur et à la défense hier devant la Cour criminelle de Lausanne. L'un a minimisé le témoignage de la boulangère, l'autre l'a présenté comme une preuve irréfutable d'innocence.

© www.gef-art.ch | Pour le procureur Eric Cottier, la logique, le droit et la sagesse commandent de confirmer la condamnation à perpétuité de l'accusé.

GEORGES-MARIE BÉCHERRAZ | 06.03.2010 | 00:03

Prison à vie pour un triple meurtre ou acquittement faute de preuves? Les jeux sont faits dans le procès de F. L., 45 ans, accusé d'avoir tué en décembre 2005 dans leur villa de Vevey sa mère, une amie de celle-ci et sa sœur («TG» de jeudi). Après une semaine d'auditions, dont celle de la fameuse boulangère qui, par ses déclarations, a fait casser la condamnation de 2008, les jurés ont toutes les cartes en main pour trancher.

Pour le procureur général Eric Cottier, la logique, le droit et la sagesse commandent de confirmer la condamnation à perpétuité de F. L. Malgré l'absence d'aveux, de preuves irréfutables et la disparition de la troisième victime.

En trois heures d'un réquisitoire particulièrement musclé, l'avocat général s'est efforcé de communiquer son intime conviction au jury. Persuadé que F. L. a tué sa mère parce qu'elle refusait de continuer à le financer, ainsi que les deux témoins de la scène, Eric Cottier avait deux possibilités d'intégrer les déclarations de la boulangère: soit en les discréditant, soit en révisant son scénario.

Il a choisi la première. «Je ne dis pas que la boulangère est une menteuse, je dis qu'elle se trompe de jour. Elle a servi ces dames le 23 décembre lorsqu'elles sortaient de chez le coiffeur, non le 24.» Pourquoi cette confusion? Parce qu'en janvier 2006, le premier avis de recherche mentionnait qu'elle avait disparu le 23 décembre.

Le 24 décembre au matin, c'est à la fois le jour où l'une des victimes a été vue chez Manor. Et c'est surtout la date que F. L. a donnée pour raconter sa visite et la découverte des corps lorsqu'il a été confronté à une trace de son ADN trouvée dans la villa.

On sait qu'il s'est rétracté à son premier procès, mais Eric Cottier ne croit pas à l'explication selon laquelle F.L aurait cédé à la pression du juge.

Le verdict est attendu le 18 mars.


«Le dossier est plein de vides»

Après la charge musclée du procureur, la défense avait fort à faire pour remonter la pente. Me Pierre de Preux a dénoncé les défauts de l'acte d'accusation, la violation de la présomption d'innocence et le non-respect du droit au silence de l'accusé. «Je ne vois pas par quel artifice le témoignage de la boulangère ne serait pas crédible», a poursuivi l'avocat en mettant en garde contre les erreurs judiciaires. Celles-ci proviennent souvent des déclarations de l'accusé.

Pierre de Preux a jugé Eric Cottier «peu convaincant» dans sa contestation du témoignage de la boulangère. Pour lui, «la justice ne doit pas avoir peur du vide» et il ne faut pas inventer un coupable parce que l'on n'en trouve pas.

Prenant le relais, Me Robert Assaël a démonté les éléments à charge: besoins financiers, traces d'ADN, relevés téléphoniques. F. L. venait de faire la paix avec sa mère, il n'avait pas le couteau sous la gorge. Les autres indices ne démontrent en rien sa culpabilité. «Le dossier est plein de vides, on ne condamne pas un homme parce qu'il y a un mystère», a tonné l'avocat qui a appelé le jury à faire preuve de courage et à acquitter l'accusé.

Les jurés oseront-ils acquitter F. L. demain après-midi?

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© PATRICK MARTIN | La lettre écrite par F. L. compte six pages, toutes signées de la main du condamné.
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RAPHAËL DELESSERT | 30.03.2010 | 00:07
«Excusez-moi Monsieur le président Colelough. Excusez-moi de vous dire encore une fois que je suis innocent…»

Il y a dix jours, la justice l'a condamné une deuxième fois à la prison à vie pour avoir tué sa sœur, sa mère et une amie de celle-ci sur la Riviera, en décembre 2005. F. L., 45 ans, ne jette pas l'éponge pour autant. Plutôt silencieux pendant son procès – à l'issue de la plaidoirie de ses avocats, il n'a pas souhaité s'exprimer, alors qu'il en avait la possibilité –, le prisonnier est plus disert dans sa cellule du pénitencier de Bochuz. C'est là qu'il vient de rédiger une «lettre ouverte de F. L. aux jurés et à ceux qui veulent comprendre «l'affaire judiciaire» dans l'affaire Légeret».

Six pages, toutes signées
La missive, aux allures de plaidoirie, a été transmise hier à plusieurs médias romands. Elle s'étend sur six pages, toutes signées de la main du condamné. Il explique que c'est la lecture, mercredi dernier, d'une interview du procureur général Eric Cottier dans Le Matin qui l'a conduit à prendre la plume. «Eric Cottier déclare bien dormir, car il se dit bien convaincu! Mais de quoi? De son intime conviction uniquement, à défaut de preuves irréfutables ou objectives», écrit F. L.

Plus loin, il dénonce «un jugement basé sur un préjugé conduisant à un délit de faciès», faisant référence à ses origines indiennes – F. L. est fils adoptif.

Enquêteurs fustigés
Plus troublant, le prisonnier fait référence à l'une des zones d'ombre qui planent encore sur l'affaire Légeret. Il évoque en particulier la paire de ciseaux trouvée sur les lieux du drame, une villa cossue des hauts de Vevey; des ciseaux sur lesquels les enquêteurs ont décelé l'ADN du condamné.

Lors de la lecture du jugement, le 18 mars dernier, le président de la Cour a clairement indiqué que la paire de ciseaux avait été découverte sous les fesses de Ruth Légeret, l'une des deux octogénaires décédées dans la villa. «Or le rapport de description des positions des corps et les photos prises démontrent que ces ciseaux étaient bien visibles, sur une marche d'escalier», écrit F. L. en substance dans sa lettre.

«Comment est-il possible, si je suis l'auteur du drame, que je puisse oublier un objet hautement compromettant, indice puissant de culpabilité? Que je puisse déplacer des objets et oublier d'enlever les ciseaux bien visibles? Que je puisse prendre le temps de faire une mise en scène, nettoyer minutieusement la scène du crime et oublier les ciseaux, objet dont la victime s'est servie pour se défendre?» s'interroge F. L. Avant de signaler que les traces d'ADN sur les ciseaux ont été décelées par les enquêteurs neuf mois après le drame (24 heures du 22 octobre 2009). Le prisonnier fait encore référence aux enquêteurs qui ont tenté de faire la lumière sur le drame, coupables, selon lui, de «violer systématiquement ma présomption d'innocence!»

Comment réagiront ses deux avocats?
Il semble que le condamné a pris la décision de rédiger cette lettre ouverte et de la rendre publique sans en référer à ses deux avocats. Ceux-ci n'en prendront-ils pas ombrage? Rappelons que les relations de F.L. avec ses défenseurs précédents ont parfois été mouvementées. Depuis le début de l'affaire, pas moins de sept avocats, dont certains ténors du barreau, se sont succédé à ses côtés.


«Je n'avais jamais été confronté à ce type de procédé»

Philippe Colelough, président du tribunal qui a condamné F. L. le 18 mars: «Je n'ai pas de commentaire particulier à apporter sur cette lettre que j'ai découverte sur le site internet de 24 heures. Et encore moins de commentaire à faire sur ce procédé. Je rappelle néanmoins qu'un recours a été déposé par les avocats de F. L. Toutes les questions qui peuvent et doivent être discutées le seront dans le cadre de cette procédure.»

Eric Cottier, procureur général du canton de Vaud: «Je n'avais jamais été confronté à ce type de procédé dans le cadre d'une affaire dont je me suis occupé. Sans avoir lu le contenu de cette lettre, je n'ai pas d'avis à émettre sur cette façon de faire. Je n'ai rien dit à aucun média que je n'ai déjà dit durant l'audience.»

Pierre de Preux, un des deux avocats de F. L.: «Je n'étais pas informé par la démarche de mon client, vous me l'apprenez. Je m'abstiens de tout commentaire.»

 


 



31/03/2010

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