PerleDeDiamant

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En Suisse, 3% de la population possède une fortune équivalente à la fortune cumulée des 97 autres %

Les seigneurs féodaux sont aujourd’hui des oligarques, abrités dans les tours de verre de palais climatisés.

Les nouveaux baillis

Discours de Christian Levrat, conseiller national (FR), président du PS Suisse

02/11/2010

 

Il est bon parfois de se plonger dans l’histoire. Non pas par nostalgie, mais pour comprendre notre monde, et agir en conséquence. Sans connaissance du passé, pas d’avenir.

Aussi, j’ai toujours un certain plaisir à évoquer les grandes étapes qui ont présidé à la construction de la Suisse moderne : la révolution libérale de 1848, au cours de laquelle nous avons conquis les libertés civiques et politiques, la grève générale de 1918 qui a vu nos prédécesseurs tracer l’ébauche de nos droits sociaux et économiques, l’introduction en 1948 de l’AVS qui fera reculer la pauvreté des personnes âgées, et la conquête en 1968 de nombre de libertés sociétales et culturelles qui imprègnent encore notre Suisse en ce XXIème siècle.

Rappeler cette histoire, c’est rappeler notre histoire, c’est dire notre Suisse : celle des lumières, celle du progrès, celle de l’émancipation. C’est dire la liste de nos efforts pour aboutir à cette Suisse de la liberté, de l’égalité et de la solidarité à laquelle nous aspirons.

Mais aujourd’hui, essayons de remonter davantage dans notre histoire. Vers la Suisse – mythique ou non, finalement qu’importe – de 1291. Souvenons-nous de Guillaume Tell, de ces mythes qui ont forgé notre identité : la Suisse centrale est contrôlée par les Habsbourg, lointains et puissants suzerains, représentés par des baillis, agents tyranniques de l’occupant autrichien. Gessler, un de ces baillis honnis, installe un jour, sous un tilleul une perche, au sommet de laquelle il fixe son chapeau. Il poste un valet en sentinelle, et ordonne à tous ceux qui passent devant la perche de s’incliner devant le chapeau, « comme si le seigneur se trouvait là en personne ».

Vous connaissez la suite : Guillaume Tell, l’enfant, la pomme, la flèche, le méchant bien puni puis le pays libéré de la tyrannie. Belle histoire. Mais vous la connaissez déjà et trouvez peut-être même ce folklore un peu désuet. Surtout, vous commencez à vous demandez s’il vaut vraiment la peine de sacrifier un week-end pour venir à Lausanne et entendre des légendes qui figuraient déjà dans vos livres d’école. Vous vous dites : ce n’est pas notre Suisse, celle de 1848, de 1918, de 1948, de 1968.

D’accord. Mais si les mythes agités par nos adversaires se retournent contre eux, que reste-t-il de leur propagande et de leurs affiches. Rien, ou plutôt si : de l’idéologie pure. Le roi est nu. Posons donc quelques questions simples : Qui sont les Habsbourg de notre époque ? Qui sont leurs baillis ? Et qui sont les Guillaume Tell qui se lèvent pour défendre le peuple ?

Les seigneurs féodaux sont aujourd’hui des oligarques, abrités dans les tours de verre de palais climatisés. Ils dirigent des empires mondiaux, ne sont plus vraiment liés à leur pays d’origine, ni à aucun autre. Ils ne travaillent pas, leur argent le fait pour eux. Ils n’investissent pas, ils spéculent. Ils constituent une nouvelle classe féodale , dont la fortune s’accroit de génération en génération.

Vous vous dites: ça y est, le voilà reparti avec ses vieilles théories de lutte de classe, son discours anti-riche primaire. Restons-en donc aux faits : Ueli Mäder, l’universitaire bâlois, a publié cette semaine une étude édifiante : en Suisse aujourd’hui, 3% de la population possède une fortune équivalente à la fortune cumulée des 97 autres pourcents. Et nulle part au monde, à part la Namibie et Singapour, nous n’assistons à des écarts de fortunes correspondant à ce que nous voyons aujourd’hui chez nous. Il n’est dont pas exagéré de parler de nouveau féodalisme. C’est au contraire, une description assez précise de la situation à laquelle nous sommes confrontés. Les Habsbourg de ce temps siègent au sommet de leur tour de verre.

Mais comme Rodolphe de Habsbourg, ils ne seraient rien sans leurs baillis, sans ceux qui font régner la loi du maître, sans Gessler. Qui sont donc aujourd’hui ces courageux, prompts à se ranger du côté du pouvoir et de l’argent ? Qui forgent et défendent un système fiscal inique, qui protège les grandes fortunes et les spéculateurs. Qui fait obstacle depuis des décennies à l’introduction d’un impôt sur les successions, et se refuse à taxer les gains en capitaux ? Qui protège les privilégiés qui abusent de la concurrence fiscale ? Les baillis du pouvoir.

Ceux qui préfèrent défendre des intérêts particuliers, au détriment de l’intérêt général. Ceux qui défendent les privilèges des Habsbourg face aux droits du peuple. L’UDC qui veut réduire et réduire encore les rentes des chômeurs, le PDC qui prône une concurrence fiscale qui ne profite qu’aux plus riches, le PRD qui protège l’UBS, les banques et les assurances, se désintéresse du peuple pour favoriser ses riches protecteurs : voilà les Gessler des temps modernes .

Camarades,

Dans une année à peine, le peuple suisse aura fait son choix : qui doit conduire aux destinées de notre pays ? Ceux qui, depuis des décennies, se sont fait les champions de la défense d’intérêts particuliers, les porteurs de valise des banques ? Ceux des grandes assurances et des multinationales regroupées dans economiesuisse ? Ceux qui placent les intérêts de la pharma avant ceux des patients ? Ceux qui rêvent d’une école élitiste, qui n’aurait pas déparé dans les années 40 du siècle dernier ?

Ou alors, celles et ceux qui placent l’intérêt général avant les petits calculs personnels ? Celles et ceux qui se battent pour une politique pour tous ? Qui mènent systématiquement campagne dans le souci de trouver des solutions satisfaisantes pour une majorité de la population, pour toutes celles et ceux qui ne peuvent se payer leurs petits lobbyistes personnels. Avec toutes celles et ceux qui sont prêts à s’engager pour des projets concrets qui doivent nous permettre de créer une société plus solidaire, plus harmonieuse.

Qui va conduire notre pays dans le XXIème siècle : Gessler ou Guillaume Tell  ?

Camarades,

Nous avons vécu, en septembre dernier, l’élection d’une des nôtres au Conseil fédéral. Une élection remarquable, qui a vu quatre femmes sensibles au bien commun mener campagne l’une au côté de l’autre. Hilde, Eva, Jacqueline et Simonetta ne se sont pas affrontées, comme le veut la coutume dans nos milieux politiques parfois brutaux. Elles ont concouru de concert. Ensemble et non pas opposées les unes au autres. Et je voudrais les en remercier, c’est une leçon pour nous tous, c’est aussi une illustration de la manière dont nous voyons la politique.

Mais nous avons reçu également une seconde leçon. Je me suis souvent demandé pourquoi Simonetta Sommaruga est tellement appréciée par la population, ce qui fait d’elle la femme politique la plus populaire du pays. Je crois avoir trouvé la réponse. Durant toute sa carrière, elle a toujours défendu les intérêts de la majorité de la population. Elle ne s’est jamais cantonnée au rôle de représentante d’intérêts particuliers. C’est uniquement le bien commun qui a guidé l’ensemble de son travail politique, jamais ni les intérêts d’une association quelconque, d’un secteur économique ou d’une entreprise.

Nous tous – et avec nous, toute la population – attendons énormément de Simonetta Sommaruga au Conseil fédéral. Nous sommes convaincus qu’elle continuera à s’engager pour les intérêts des plus faibles de notre société ; que sa voix prépondérante dans les questions économiques et financières continuera à être entendue, même au Conseil fédéral. Elle va continuer à défendre nos revendications en matière de transports publics. Nous sommes également convaincus qu’elle est capable de durcir ses positions claires en matière d’énergies renouvelables et contre toute nouvelle centrale nucléaire.

Notre parti aurait souhaité que Simonetta Sommaruga puisse concentrer son action gouvernementale sur ces défis-là. Or, depuis que les départements ont été redistribués, nous savons aussi que la droite a émis d’autres vœux à son égard : en plus de son engagement constant dans les questions de politique sociale et économique, ont attend d’elle maintenant qu’elle règle la politique migratoire et de sécurité de la Suisse face aux nouvelles difficultés résultant d’un monde globalisé. Ce ne sera pas une tâche facile avec une approche socialiste, et peut être même à cause de cette approche.

Mais c’est peut-être aussi une chance: celle de souligner que la sécurité est un droit. Et la police un service public. C’est là précisément le cœur des positions du Parti socialiste dans ce domaine, illustré par les décisions prises il y a deux ans au congrès d’Aarau. C’est la Suisse qui travaille qui paie le prix de la délinquance, pas celle qui spécule. Et c’est à cette Suisse là que nous devons une réponse claire en matière de sécurité : sans laxisme, mais sans hystérie. Simplement avec efficacité, pour que nous puissions mieux vivre dans notre pays.

La droite se montre volontiers autoritaire, dure dans la lutte contre les délinquants. Son discours masque mal l’échec de la politique qu’elle promeut. Je ne parlerai même pas de son inaction crasse face aux pires crimes économiques – j’ai promis de ne pas faire un discours sur l’affaire UBS - . Je me contenterai de relever son échec complet depuis 20 ans à la tête du département de justice et police. La droite sous tous ses avatars, PDC, UDC, PBD, a échoué sur le plan concret : il suffit de penser aux lacunes de la lutte contre la criminalité sur internet. Et elle a échoué sur le plan politique et pédagogique : elle est incapable de convaincre la population des résultats de sa politique criminelle et court désespérément derrière des initiatives populistes, inapplicables et dangereuses. Des initiatives qui n’auraient pas l’ombre d’une chance si le travail d’explication avait été fait correctement au cours des dernières années.

Camarades,

Nous débattrons demain sur l’initiative UDC et sur notre mot d’ordre. Nos débats ont déjà fait couler beaucoup d’encre, agité les esprits. Et c’est tant mieux. Parce qu’un parti qui débat est un parti qui vit. Parce que dans un grand parti populaire comme l’est notre parti, il est logique que coexistent des positions divergentes. Je dirais plus, c’est même indispensable. Nous en débattrons demain et je me réjouis. Permettez-moi toutefois, aujourd’hui déjà, d’évoquer ma conviction personnelle :

Les étrangers criminels doivent être renvoyés… au terme d’une procédure individuelle.

Je suis convaincu que nous devons dire clairement qu’il existe un intérêt public à éloigner de Suisse les étrangers gravement criminels. Mais que chacun, même les pires délinquants, a droit à une procédure individuelle. Nous devons refuser aussi bien l’automatisme total prévu par l’initiative que l’automatisme partiel envisagé par le contre-projet. La loi actuelle doit être appliquée, dans toute sa rigueur. Ni plus, ni moins. Et si, par malheur, l’initiative comme le contre-projet devaient trouver une majorité, il va de soi que nous choisirons le moindre mal, le semi-automatisme, et que nous donnerons la priorité au contre projet dans la question subsidiaire.

Camarades,

Mais même si nous sommes optimistes quand au travail de nos élues au Conseil fédéral, nous devons dire clairement notre inquiétude face au diktat de la droite auquel nous sommes confrontés. Pas pour nous plaindre d’une perte d’influence, pourtant réelle, au sein de la Berne fédérale. Pas pour nous lamenter sur une marginalisation, malheureusement avérée du Parti socialiste au gouvernement . Pas pour dénoncer un renvoi du parti socialiste aux départements régaliens de l’Etat, loin de nos préoccupations sociales et économiques.

Mais pour dire clairement que nos adversaires se moquent des institutions qui garantissent la stabilité politique, sociale et économique de notre pays. Sur la forme d’abord : un gouvernement dans lequel, sous l’influence des partis du centre droite – ils disposent ensemble de quelque 35%  de l’électorat, soit 76 sièges sur les 200 du Conseil national et ils se sont désormais attribué les quatre départements clés du Conseil fédéral. Un manque d’équité crasse eu égard à leur force électorale. Avec une telle décision, le gouvernement fédéral a jeté par dessus bord les principes applicables jusqu’ici. Le principe de collégialité implique des discussions et des solutions consensuelles et pas de simples décisions majoritaires prises sans débat préalable. Quant au principe de concordance, il exige des égards vis-à-vis des minorités, des solutions discutées avec elles et pas une dictature de la majorité.  

Il est évident que la répartition des départements s’est faite sous une pression énorme d’économiesuisse qui a enchaîné en présentant dans la foulée sa liste de vœux.  L’objectif d’économiesuisse est clair : le DETEC va devenir un département nucléaire ; le DFI un département de démantèlement social ; le DFF pourra continuer à pratiquer une politique de blocage des investissements et d’amortissement de la dette au détriment des générations futures ; enfin, au sein du DFE, le seco pourra poursuivre sur son tracé néolibéral.

Le PS s’opposera à cette politique. Le PS ne tolérera pas qu’il y ait toujours plus de privilèges pour une infime minorité. Le PS veut une politique qui soit celle de la majorité de la population.

  • Le PS ne laissera pas le DETEC libéraliser et privatiser. Nous voulons un réseau postal pour toutes et tous, qui desserve tout le territoire suisse, et non pas des bénéfices de privatisation pour quelques uns. Nous misons ici sur notre initiative postale déposée depuis peu.
  • Le PS ne laissera pas construire de nouvelles centrales nucléaires. Nous voulons 100'000 nouveaux emplois grâce à des investissements dans les énergies renouvelables, et non pas des subventions au lobby nucléaire. Nous misons ici sur notre initiative Cleantech.
  • Le PS ne tolèrera aucun démantèlement social. Nous voulons une retraite flexible et sociale pour toutes et tous et pas de baisse des rentes. Nous avons gagné grâce à notre référendum contre la baisse des rentes. Et nous continuerons à l’avenir à déposer des référendums pour faire en sorte qu’on renforce l’AVS et pas qu’on l’affaiblisse.
  • Nous ne laisserons pas une petite minorité de nantis devenir de plus riches en élargissant toujours plus le fossé entre riches et pauvres.
  • Nous voulons des augmentations de salaires pour toutes et tous et non pas les excès de revenu de quelques profiteurs. Nous misons sur l’initiative 1:12 de la Jeunesse socialiste et soutenons l’initiative qui vient d’être lancée avec les syndicats pour un salaire minimum national.
  • Le PS ne permettra pas que les assureurs maladie et le lobby pharmaceutique dictent la politique de santé sur le dos des assuré-e-s et des patient-e-s.
  • Nous voulons une caisse maladie publique, comme l’exige d’ailleurs notre initiative à ce propos.

Camarades,

Le PS a droit à deux sièges au Conseil fédéral. L’alliance de centre-droit a cherché à nous marginaliser au Conseil fédéral lors de sa décision sur la répartition des Départements. La conséquence logique serait maintenant que cette même alliance se mette à lorgner du côté des deux sièges socialistes au gouvernement lors des prochaines élections fédérales. L’électorat socialiste ne l’entend pas de cette oreille et n’acceptera ni menaces ni marginalisation. Pour le PS, les choses sont claires : nos électeurs doivent être représentés par deux conseillers fédéraux. Et si la droite ou les Verts devaient mettre cette double représentation en jeu, c’est l’intégration de la gauche elle-même qu’ils remettraient en question. Je vous le dis comme je le pense : si nous voulons conserver notre influence à Berne, si nous voulons maintenir nos deux sièges au Conseil fédéral, si nous voulons continuer à représenter efficacement la Suisse qui croit au service public, à l’assurance chômage et à l’AVS, qui s’engage pour remplacer le nucléaire par du renouvelable, si nous voulons continuer à représenter la Suisse de Guillaume Tell face à celle de Gessler, nous devons gagner les élections l’an prochain.

Et nous allons les gagner. Tous ensembles. Parce que nous sommes conscients de l’enjeu et de la responsabilité qui est la nôtre, d’abord. Parce qu’ensuite, nous le voulons. Et vous me permettrez de vous donner un exemple de cette combattivité avec laquelle nous abordons cette échéance.

La succession de Simonetta Sommaruga au Conseil des Etats nous place dans une situation délicate dans le canton de Berne. La lutte s’annonce serrée dans un canton sociologiquement à droite, périlleuse pour notre candidate, pleine d’incertitude. En d’autres temps, les leaders du parti auraient trouvé la passage trop étroit, l’opération trop périlleuse, et auraient renoncé à porter nos couleurs dans de telles conditions. Or, cette semaine, la cheffe du Groupe des Chambres fédérales, Ursula Wyss, vient de se mettre à disposition. Elle illustre, comme d’autres, par exemple Daniel Jositsch à Zürich l’an dernier, cet élan retrouvé du Parti socialiste, cette volonté d’en découdre, cette ambition de porter un projet où les Suisses et les Suissesses, ensemble, se soutiennent. Pour une société solidaire, contre la loi de la jungle, contre une société déchirée par la confrontation.

Notre situation pour 2011 est meilleure que ne le pensent la plupart des commentateurs. Bien sûr, nous avons enregistré au cours des dernières années de lourdes pertes dans diverses élections cantonales, récemment et de manière très douloureuse à Berne. Mais la roue tourne . Nous avons progressé lors des deux derniers scrutins cantonaux, à Zoug et dans le Jura, où notre ami Michel Thentz est particulièrement bien placé pour reconquérir un deuxième siège au gouvernement. Tous les sondages nous donnent en progression de un à trois pourcent. Le PS serait ainsi le seul parti gouvernemental à progresser.

Si je croyais aux sondages, je pourrais m’en réjouir. Mais un autre élément, singulièrement déterminant fonde mon optimisme aujourd’hui et entretient cette flamme qui nous anime tous lorsqu’il s’agit de descendre dans l’arène. Nous dominons l’agenda politique, à tout le moins sur les questions économiques et sociales . Notre victoire, le 7 mars dernier, a montré à la Suisse entière que nous étions les véritables défenseurs des assurés, des retraités, des salariés, face aux porteurs d‘eau de quelques sociétés d’assurance, qui sont sortis laminés de cette campagne.

La défaite fut pour eux suffisamment douloureuse pour qu’ils évitent de rééditer l’expérience, du moins à court terme. Nous avons enregistré trois succès importants lors de la session d’automne du Parlement. Par trois fois, nous avons annoncé que nous saisirions le référendum dans l’intérêt de nos compatriotes. A trois fois, nous faisions valoir l’intérêt d’une majorité de la population face aux intérêts sectoriels de quelques uns. A trois fois nous l’avons emporté : sur l’AVS d’abord, l’UDC a fini par abandonner ses propres positions pour reprendre les nôtres, inquiète de nous voir mener campagne contre une 11ème révision impopulaire jusque dans ses rangs. Sur la privatisation partielle de la SUVA, nous avons su convaincre les milieux de l’artisanat qu’ils n’avaient rien à gagner d’un réforme qui ne profitait qu’aux assureurs, et l’avons emporté sur leurs lobbyistes. Sur la libéralisation du marché postal enfin, le PDC a cédé, écartelé entre son électorat des régions périphériques et sa croyance aveugle dans le marché. En définitive, il nous a aidés à écarter un projet de loi aussi défavorable aux consommateurs et consommatrices qu’aux espaces décentralisés de notre pays.

Aujourd’hui, nous sommes tous en campagne pour l’initiative fiscale socialiste. Et nous devons tout mettre en œuvre pour que celle-ci s’inscrive dans la série de nos récents succès, qu’elle constitue un tremplin idéal vers la campagne décisive de l’automne 2011. Comment mieux dire notre ambition de représenter les intérêts du peuple contre quelques privilégiés que par ce texte ? Comment indiquer plus clairement que nous défendons 99% de la population contre 1 % de super-riches qui abusent des mécanismes de la concurrence fiscale pour échapper à leurs obligations citoyennes. Aujourd’hui, Guillaume Tell ne se contenterait pas de refuser de saluer le chapeau de Gessler. Grâce à notre démocratie directe, il pourrait repousser le bailli, représentant des seigneurs autrichiens. Friedrich Schiller fait dire à son Guillaume Tell en 1804: „Ein jeder wird besteuert nach Vermögen." Précisément ce que nous exigeons pour le 28 novembre prochain. Tell dirait oui .

 Camarades,

 Nous n’avons pas à être jaloux, hostiles, inquiets face aux grandes fortunes. Elles reposent parfois sur de grands mérites. D’autres fois sur la chance et la naissance. Mais nous devons exiger d’elles qu’elles tiennent leur rôle dans la société, qu’elles en soient partie intégrante, qu’elles assument leurs obligations. Et lorsque certains tentent de les fuir, de se couper du monde derrière les murailles de leurs villas à Freienbach ou Wollerau, il nous revient de leur rappeler notre exigence d’une société inclusive. D’une société dans laquelle chacun assume sa part de responsabilité, conformément à ses moyens.

Cette ambition de dépasser une société du tous contre tous, d’aller au-delà de la logique capitaliste de notre temps , cette vision-là va marquer nos débats sur le programme du Parti socialiste suisse.

Laissez-moi vous dire que nous avons tous, ensemble, une chance extraordinaire : celle de prendre du temps pour régler nos boussoles, pour définir un projet pour demain. Nous avons le privilège de tracer, au cours de ce week-end, les lignes de force de notre action pour les dix, quinze ou vingt prochaines années.

Laissez-moi vous dire que je suis fier d’être membre d’un parti, du seul parti, qui a pour ambition d‘allier une ambition visionnaire à une politique concrète au quotidien. Du seul parti qui accepte de réfléchir au-delà de la législature en cours, du seul parti pour qui le projet de société compte au moins autant que la prochaine votation.

Laissez-moi vous dire l immense respect que j’ai face à la tâche considérable qui nous attend, aux mille amendements présentés, aux centaines d’heures de travail et de discussions qu’ils représentent dans trois à quatre cents sections différentes. Ils sont les témoins d’un parti vivant, d’un parti de membres actifs, d’un parti qui croit en son avenir et à la force des idées. Ils constituent un démenti cinglant adressé aux cyniques professionnels de certains médias qui considèrent que toute réflexion qui dépasse l’actualité immédiate relève du temps perdu.

Camarades,

Vous l’aurez constaté comme moi, certains parmi nous souhaiteraient renvoyer la discussion sur le programme, poursuivre la réflexion. Pour ma part, je considère que nous devons débattre ce week-end, et trancher nos différents là où ils existent. Il peut certes être tentant de prolonger un échange mené à un tel niveau. Mais c’est une voie dangereuse, pour plusieurs raisons :

Nous débattons depuis 2004 de ce programme. Plusieurs centaines de page d’analyse ont été soumises à discussion, puis à compter de l’an dernier, le projet de programme à proprement parler. Il faut savoir mener un débat avec la profondeur nécessaire, mais il faut aussi savoir le clore. Le moment est venu d’arrêter nos positions. Et c’est la raison pour laquelle un peu moins de 1000 délégués sont réunis ce week-end à Lausanne.

Le programme sur lequel nous allons nous pencher n’est pas parfait. Nous avons tous certainement, et moi également, des éléments que nous formulerions différemment, des nuances à apporter ici ou là. Nous sommes tous conscients des limites des projets qui y sont présentés. Mais ces limites nous renvoient à l’état actuel des réflexions du socialisme ou de la social-démocratie européenne. C’est un programme de notre époque, pour notre époque, avec les espoirs et les limites de cette époque. En reporter le traitement de six ou douze mois n’y changera rien.

Nous avons plusieurs projets d’envergure en vue des élections de 2011. Nous récoltons actuellement des signatures pour notre initiative Cleantech, de nouveaux  emplois grâce aux énergies renouvelables. Nous nous apprêtons à lancer, à compter de mi janvier, une nouvelle initiative pour une caisse maladie publique, ainsi qu’une autre - en collaboration avec les syndicats - pour des salaires minimaux. Nos énergies doivent être concentrées l’an prochain sur ces initiatives et sur la campagne électorale fédérale.

Nous allons mener campagne sur notre ambition à représenter une majorité de Suisses et de Suissesses face aux oligarques et à leurs baillis. Et à ce titre, notre ambition d’étendre le champ démocratique au monde de l’économie est déterminante. Et elle n’est nulle part définie de manière aussi précise, aussi claire et convaincante que dans notre projet de programme. Parce que nous sommes convaincus que la démocratie ne peut s’arrêter aux portes de nos bureaux, de nos usines, de nos chantiers ou de nos classes de cours, nous devons en déterminer les contours de manière plus concrète. C’est le sens de notre travail ce week-end.

Je suis heureux, fier, oui fier, de notre Parti socialiste. Nous osons poser des questions fondamentales, qui dépassent l’horizon quotidien de la petite cuisine politicienne. Nous osons débattre entre nous, face au public, de questions controversées. Nous avons confiance en nous, confiance en l’avenir, confiance en cette Suisse qui saura honorer notre souci de l’intérêt général. Camarades, ensemble, nous allons gagner les élections fédérales d’octobre prochain. A chaque fois qu’au bistrot, au travail, auprès de votre famille, dans votre club de sport, à chaque fois que vous défendez nos valeurs et nos propositions, à chaque fois,  nous approchons de cette victoire attendue. Camarades, ensemble, nous allons nous mettre en route, pour convaincre, pour gagner. Pour une majorité et contre les représentants d’intérêts particuliers. Ensemble.



03/11/2010

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