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En route pour Athènes. Gilad Atzmon

En route pour Athènes

dimanche 16 mai 2010 - 07h:30

Gilad Atzmon


La semaine prochaine, je me rendrai à Istanbul, Athènes et Nicosie. J’y donnerai des concerts et des conférences, en soutien à la flottille Free Gaza. Ces derniers jours, j’ai accordé plusieurs interviews à des journaux grecs. Je vous en communique un ici. A mes yeux, il résume ce que je pense d’Israël, du sionisme, de l’identité juive, de la Palestine, de Gaza et de la mission Free Gaza.

Question journaliste [Q] : Où êtes-vous né et où avez-vous passé les années de votre enfance ?

Gilad Atzmon [GA] : Je suis né en Israël, en 1963. Il m’a fallu bien des années pour prendre conscience du fait qu’en réalité, c’est en Palestine occupée que je suis né.

Q : Vous êtes musicien, compositeur, militant, philosophe - laquelle de ces identités vous va le mieux ?

GA : Je suis musicien de jazz. Idéalement, j’aimerais me percevoir comme une personne se réinventant elle-même, tous les jours. C’est évidemment là un rêve rose, une tâche presque impossible à mener à bien. Mais c’est quelque chose à quoi l’on peut aspirer. J’ai reçu une formation universitaire en philosophie et je pense que la philosophie allemande donne un cadre idoine pour une pensée qui soit à la fois claire, idéologique, éthique et universelle. Je suis aussi auteur, mais je ne me considère pas moi-même comme un militant. Je n’ai jamais compris ce qu’est, au juste, le militantisme. Je pourrais mentionner par la même occasion que je ne m’intéresse pas à la politique, mais bien plutôt à la signification et aux implications de l’activité et de la réflexion politiques.

Q : Pourquoi êtes-vous opposé à votre identité juive et israélienne ?

GA : Mais non, je ne suis pas opposé à l’identité juive, ni même à l’identité israélienne. Je suis opposé, en revanche, à toutes les formes que peut prendre la politique juive, et même d’ailleurs, toute politique identitaire. Pour une raison très simple. L’identité juive étant racialement déterminée, toute manifestation de la politique juive est raciste jusqu’à la moelle, et je suis totalement opposé au racisme. De fait, Israël et le sionisme étaient, originellement, une tentative de sauver les juifs en les soustrayant à leur orientation politiquement raciste et racialement politique. Le sionisme a inventé la nation juive (ou les juifs en tant que nation). Les premiers sionistes ont tenté de présenter les juifs comme un peuple parmi d’autres, et non pas en tant que race distincte. Cette idée semblait séduisante, sur le papier, mais la réalité de l’Etat juif démontre qu’Israël est la forme la plus radicale du chauvinisme juif. Le système judiciaire israélien est totalement discriminatoire envers les non-juifs. La politique israélienne ne diffère en rien des lois raciales des nazis.

Q : Qu’est-ce qui vous a si terriblement blessé, pour que vous déclariez publiquement que vous combattez l’Israélien qui est en vous-même ? Ne pensez-vous pas que c’est là une déclaration extrêmement brutale ? Une affirmation qui traduit de la colère ?

GA : Oui, c’est ça - je suis effectivement en colère. Voir un million et demi de Palestiniens réduit à la famine à Gaza, cela me met en colère. Voir l’armée israélienne balancer des bombes et du phosphore blanc enflammé sur des vieillards, des femmes et des enfants venus se mettre à l’abri dans une base de l’organisation de l’Onu chargée de protéger les réfugiés, cela me met en colère. Voir la manière dont la Terre sainte et saucissonnée par une muraille géante de séparation, cela me met en colère. Voir la Palestine transformée en bunker juif, ça me met en colère. Rencontrer des réfugiés palestiniens qui ne peuvent même pas venir visiter leurs villages, cela me met en colère. La prise de conscience du fait qu’un million et demi d’Irakiens sont morts à cause d’une guerre mondiale sioniste mise en scène par le Ziocon Wolfowitz me rend furieux. Voir les sionistes prôner le massacre de musulmans au nom de l’interventionnisme moral me met hors de moi. Voir la manière dont l’Aipac fait la promotion des guerres et de la violence me fait bouillir le sang.

Q : Les Israéliens ou les juifs n’ont-ils pas droit à disposer d’un foyer national, d’un foyer national en sécurité, je veux dire ?

GA : Si l’on parle dans l’absolu, la réponse est non. Si les juifs avaient eu quelque moment un droit à disposer d’un foyer national, ils ont perdu ce droit il y a fort longtemps. Comme nous le savons, le sionisme a célébré la renaissance nationale juive sur le dos du peuple palestinien.

Permettriez-vous qu’une bande de fanatiques italiens envahisse votre maison, à Athènes, simplement parce qu’ils sont convaincus que votre habitation a fait partie de l’Empire roman ? Ils pourraient affirmer que votre maison appartenait à vos ancêtres romains. Manifestement, ces Italiens ne s’en tireraient pas à si bon compte. C’est pourtant ce que les sionistes ont réussi à faire, tout du moins pendant un certain temps.

Il n’y a pas de place pour un Etat raciste célébrant ses symptômes racistes au détriment d’autrui. Il n’y a pas de place pour Israël parmi les nations.

Q : Quelles concessions devraient-elles être faites pour que les Palestiniens puissent vivre libres et prospérer ?

GA : C’est très simple : Israël doit devenir l’Etat de tous ses citoyens. Actuellement, un juif de Brooklyn a plus de droits, en Palestine, qu’un Palestinien qui, pourtant, y est né.

Q : Pourquoi les Israéliens devraient-ils renoncer à leurs armes ? L’augmentation de leur équipement militaire n’est-elle pas due à leur sentiment d’insécurité, étant donné qu’ils sont cernés par les Arabes ?

GA : Peu importe, désormais, qu’Israël réduise ou non son armement. La défaite d’Israël est inévitable. En 2006, toute l’armée israélienne a été humiliée par une petite organisation paramilitaire, le Hezbollah. En 2009, Israël n’a atteint aucun de ses objectifs militaires, en dépit du déploiement massif d’unités de l’armée israélienne et de la punition collective infligée à de civils en recourant à des mesures militaires extrêmes contre des civils, y compris des armes de destruction massive. Les Israéliens emploient de plus en plus de force, ils s’enfoncent de plus en plus dans des crimes de guerre d’ampleur colossale, la légitimité de l’Etat juif est un sujet d’étude pour historiens. Le sort fatal d’Israël est, comme dans la Bible, écrit sur le mur.

Q : Pensez-vous que les juifs se sentent toujours indésirables, bien que plusieurs décennies se soient écoulées depuis l’Holocauste ?

GA : Il m’est difficile du parler du peuple juif, car je ne connais pas tous les juifs. Toutefois, les hommes politiques juifs mettent en permanence l’accent sur leur crainte de l’antisémitisme. Absolument toutes les formes de la politique juive comportent diverses méthodes pour élever des barrières entre les juifs et les autres ; le sionisme vise à séparer les juifs des goyim, le Bund (mouvement socialiste juif) a aussi pour fonction de séparer les juifs de la classe ouvrière ; la gauche juive n’a d’autre fonction que d’inscrire une tribu d’Elus parmi les pacifistes.

Q : Les Israéliens et les Palestiniens peuvent-ils vivre en paix ?

GA : Non, certainement pas, même pas dans un million d’année. La notion de paix et de réconciliation est totalement étrangère à l’idéologie, à la politique et à l’identité israéliennes. Quand un Israélien dit Shalom, cela ne veut pas dire, en réalité, « la paix », cela veut dire : « la sécurité, pour les juifs ». Cet ethnocentrisme a été dénoncé par le Christ, il y a de cela deux millénaires. Aime ton prochain et tend l’autre joue, ça, c’était la leçon donnée par Jésus. Israël, au contraire, recherche la gratification collective au travers de la revanche. Selon le Jerusalem Post, 94 % des Israéliens juifs ont soutenu les raids aériens de l’armée israélienne contre les civils palestiniens. Rien ne permet de rendre compte de ce fait, si ce n’est en tant que forme extrême de barbarie d’un tribalisme mortel.

Pour pouvoir vivre en paix, ils doivent effectuer un saut de conscience qualitatif, et non pas une simple évolution politique.

Q : En quoi l’opération « Un bateau pour Gaza » peut-elle aider à résoudre le conflit israélo-palestinien ?

GA : Cette opération n’entend pas régler le conflit. Elle a été mise sur pied, avant tout, pour apporter une aide absolument nécessaire à la population de la bande de Gaza. Ensuite, elle sert à élever la conscience des médias et de l’opinion publique au sujet des crimes de guerre monstrueux perpétrés par Israël à l’encontre de l’humanité.

J’ajouterai que les Palestiniens sont au premier front de la guerre contre le mal contemporain. Free Gaza n’est pas simplement une opération humanitaire de plus, c’est, en réalité, un appel émanent de l’humanité toute entière, qui nous rappelle ce qu’est l’humanisme.

Q : Vous avez fondé « The Orient House Ensemble » ; quelle en est la philosophie ?

GA : Initialement, je voulais "palestiniser" des airs juifs. Naïvement, je pensais que si nous jouions des airs israéliens et des airs juifs au sujet du « retour des juifs chez eux » en recourant à des modes musicaux arabes, les juifs et les Israéliens allaient ouvrir leur cœur à la cause palestinienne. De fait, quelques juifs et quelques Israéliens ont suivi. Toutefois, beaucoup de gens, au Royaume-Uni et dans le monde, ont compris ce que nous cherchions à faire. Notre message n’a pas percé, en Israël, mais nous avons trouvé beaucoup d’oreilles attentives dans le monde entier. Cela va faire bientôt dix ans que nous faisons de la musique ensemble. Nous n’avons pas l’intention d’arrêter...

Q : Comment le peuple grec peut-il, à votre avis, faire face à sa nouvelle réalité imminente ?

GA : Je voyage dans le monde entier, et je puis vous rassurer : les Grecs sont au tout premier plan pour ce qui est du soutien à la Palestine. S’opposer à Israël est une priorité morale. Tout ce que nous avons à faire, c’est dire ce que nous pensons et ne pas avoir peur de le dire avec force et fierté.

 * Gilad Atzmon est écrivain et musicien de jazz, il vit à Londres. Son dernier CD : In Loving Memory of America.

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14 mai 2010 - Vous pouvez consulter cet article à :
//www.gilad.co.uk/writings/on-...
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier



16/05/2010

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