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Des illettrés soignent leurs maux au travail

Des illettrés soignent leurs maux au travail

En France, 3,1 millions de personnes sont concernées, à des degrés divers. Parmi elles, 57 % travaillent.Sujet tabou. Ici et là, des entreprises lancent des formations pour réapprendre à lire, écrire, compter.
 
Illettrisme

Écrire « OK » sur le carnet de liaison alors que la machine est en panne. Peiner à faire une livraison parce qu'on ne parvient pas à lire le plan de la ville. Ou rater un mélange de peinture parce qu'on ne sait plus faire une division. Différent de l'analphabétisme (qui concerne les personnes qui n'ont jamais été scolarisées), l'illettrisme touche ceux qui ne parviennent pas à lire des messages simples ou à se faire comprendre par écrit alors qu'ils sont allés à l'école.

En France, 3,1 millions de personnes sont concernées, soit une sur dix entre 18 et 65 ans. Des travailleurs, à 57 % (Enquête Insee 2004-2005). « Essentiellement dans le secteur du traitement des déchets, de la construction, des transports, de l'industrie, de l'habillement, de la métallurgie », explique Hervé Fernandez, de l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme.

Ré-apprendre

Des entreprises mettent en place des cycles de formation pour réapprendre à lire, écrire, compter, mais aussi parler. Carrefour propose cette année une formation à 198 salariés de vingt hypermarchés au total (lire ci-dessous). Pour la direction, c'est d'abord une manière de favoriser la promotion interne au sein du groupe. Bon pour l'entreprise et bon pour le salarié. « L'illettrisme freine l'évolution professionnelle, confirme Hervé Fernandez. Certains refusent un poste de chef d'équipe parce qu'ils savent qu'ils devront rédiger des documents. Pas capables, pensent-ils ».

Former ses salariés, c'est aussi les aider à garantir leur sécurité. Surtout dans le bâtiment, souligne Lionel Lemaréchal, responsable des ressources humaines de GTB construction, à Nantes, qui a lancé la formation « Lire écrire, compter ». « Il y a des gestes de sécurité qui se transmettent entre collègues, explique-t-il. Mais aussi des notices écrites, qu'il faut pouvoir lire. »

En jeu, aussi, des questions d'hygiène, de contacts : « Au rayon fruits et légumes, il faut pouvoir écrire l'origine du produit, son calibre, indique Jérôme Gantin, directeur de la formation des hypermarchés Carrefour. À l'accueil du magasin, un salarié doit pouvoir s'exprimer correctement pour qu'il n'y ait pas de paroles incomprises, d'agressivité. »

Tabou

« L'illettrisme, c'est un problème criant qui se tait », disent les Québécois. Pas simple de toucher les salariés potentiellement concernés. Car le sujet est porteur de préjugés, d'une forme de « honte sociale ». « Il est toujours très difficile de dire que l'on ne sait pas ce que tout le monde croit que l'on sait, résume Hervé Fernandez. Dans notre société, savoir lire, écrire, compter est considéré comme un acquis, une évidence. »

« Oui, ce n'est pas facile d'admettre que l'on ne peut pas aider ses enfants à faire leurs devoirs, poursuit le RH de GTB Construction. Dans l'entreprise, on n'a pas réussi à dépasser ce malaise auprès de tous les salariés. Mais quand on a mis en place la formation, on a sollicité les représentants du personnel, plus proches des salariés. Ils ont joué les intermédiaires. » À Carrefour aussi, on a avancé prudemment : « On a veillé à ne pas appeler la formation « illettrisme », explique Jérôme Gantin. Elle s'appelle Evolupro, ça a fait tomber des barrières ».

Carine JANIN.


31/12/2009

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