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'Derrière chaque démolition se cache un immense drame humain'

'Derrière chaque démolition se cache un immense drame humain'

Interview d’Angela Godfrey-Goldstein, collaboratrice de l’Israeli Committee Against House Demolitions

L’implication de Dexia dans le financement des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens est bien connue. Mais les colonies sont bien plus que de nouvelles constructions sur des territoires occupés. Les colonies, cela signifie vider la terre, chasser les Palestiniens et démolir leurs maisons. Cela fait des années que l’Israeli Committee Against House Demolitions (ICAHD) se bat contre ces pratiques.

Imaginez. Un jour, une lettre officielle atterrit dans votre boîte aux lettres. Il y est dit crûment que la maison où vous habitez avec votre famille est illégale et va être détruite. Etrange, parce que vous y vivez depuis des dizaines d’années. Et le terrain sur lequel se trouve la maison appartient à la famille depuis des générations. La lettre ne précise pas quand on procédera à la démolition. Cela peut être demain comme dans dix ans. Vient ensuite une deuxième lettre. Celle-là est plus concrète. Votre maison sera démolie demain. Et le lendemain, des forces de police impressionnantes sont là devant votre porte. Ils vous proposent de vous aider à vider la maison, ce qui revient en fait à tout jeter dehors, et ils vous arrêtent si vous résistez. Le soir venu, vous et votre famille êtes à la rue, avec toutes vos affaires. De votre maison il ne reste que des ruines. Inhumain ? Sans aucun doute, mais c’est une réalité quotidienne en Palestine.

Angela Goldstein: “Il y a des chiffres précis sur le nombre de maisons démolies de manière forcée. Mais derrière chaque démolition se cache un immense drame humain. Pour une personne, pour une famille, leur maison est le centre de leur vie. En la détruisant, vous détruisez la vie personnelle des gens. Une maison est remplie de souvenirs, d’histoires. C’est un lieu sécurisant. Tout cela est détruit avec la maison. Une démolition forcée a un très fort impact sur une famille. Je connais des cas où la mère de famille ou les enfants n’ont plus prononcé un seul mot, des mois après. D’autres où le père de famille a eu une crise cardiaque pendant la démolition et en est mort.”

“En attentant ainsi à la vie des gens, Israël crée une volonté de résistance. Nous créons nous-mêmes les conditions pour le terrorisme. Mais peu d’Israéliens voient ces choses arriver ou ne veulent pas les voir. Israël est en train de devenir un monstre. L’occupation nous a corrompus en profondeur.”

“Sans Jérusalem-Est, il ne peut être question d’un état palestinien viable” 

Les chiffres sont clairs. Depuis 1967, près de 24.000 maisons palestiniennes ont été démolies. Ces dernières années, cela se passe surtout dans ce qu’on appelle la Zone C, un territoire palestinien qui n’est pas encore tout à fait sous contrôle militaire israélien, et à Jérusalem-Est, où vivent encore 270.000 Palestiniens.

“Israël a un jour annoncé que les Palestiniens disparaîtraient d’eux-mêmes. Cela ne s’est pas passé, et donc Israël crée un véritable système d’apartheid. Pour les politiciens israéliens, le futur état palestinien n’est rien de plus qu’une réunion de petits ilôts. Sans Jérusalem-Est, il ne peut être question d’un état palestinien viable. Sans pouvoir se déplacer librement entre Ramallah, Jérusalem et Bethléem, les Palestiniens ne pourront jamais construire une économie viable.”

“Il ne s'agit pas que des maisons”

“A Jérusalem-Est, on entend souvent l’excuse que la démolition de maisons palestiniennes n’est qu’une question d’infractions au permis de bâtir. Comme s’il ne s’agissait que d’une mesure administrative. Mais pour le droit international, Jérusalem-Est est un territoire occupé sur lequel Israël n’a pas de droit de décision. En outre, il est impossible pour les Palestiniens d’obtenir un permis de bâtir. Et il ne s’agit pas que des maisons. Les enfants palestiniens de Jérusalem vont à l’école par roulement, en raison d’un manque criant de locaux. Au cours de toutes ces années, une seule école a été construite pour les Palestiniens. Pour les ONG palestiniennes, il est de plus en plus difficile d’être présentes à Jérusalem. Le message qu’Israël leur envoie de toutes les façons possibles est “Vous n’êtes pas à votre place ici. Partez.”

“Toute la gestion de construction des colonies et de démolition des maisons palestiniennes à Jérusalem-Est vise à ce que la population de la ville soit majoritairement juive. Le réseau de colonies dans et autour de Jérusalem-Est étouffe petit à petit les Palestiniens et rend tout développement impossible. Israël mène une guerre démographique dans cette ville. Lentement mais sûrement, on essaie d’en chasser les Palestiniens. Pas par une violence trop brutale, mais surtout en leur rendant toute vie normale impossible. Voilà ce qu’on entend par “silent transfer”. C’est une politique qui vise à chasser les Palestiniens hors de Jérusalem.”

Par rapport à Jérusalem-Est, Dexia suit le point de vue du gouvernement israélien, qui revendique toute la ville comme territoire israélien. Pour la banque, il n’y a donc aucun problème à financer les colonies dans Jérusalem-Est. En cela, Dexia est co-responsable de la pratique des démolitions forcées des maisons. En outre, le droit international est très clair sur le statut de Jérusalem-Est. Il est et il reste un territoire occupé, les colonies y sont donc tout aussi illégales que dans le reste de la Palestine.

Angela Godfrey-Goldstein est venue en Belgique à l’occasion de la journée d’action de la plate-forme “Palestine occupée – Dexia impliquée” qui a eu lieu le 12 mai 2010. Pour lire le rapport de cette action, cliquez ici.

Pour plus d’infos concernant l’Israeli Committee Against House Demolitions:
//www.icahd.org/eng



03/06/2010

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