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Craig Venter, celui qui joue à Dieu

Craig Venter, celui qui joue à Dieu

SCIENCES | Le biologiste milliardaire américain veut créer de la vie de toutes pièces. Il pourrait y arriver.

© epa/2009 | Craig Venter. En s’offrant le séquençage de son propre patrimoine génétique, l’homme d’affaires américain est le premier humain à se connaître par le menu.

ANNE-MURIEL BROUET | 12.10.2009 | 00:00

«Le génome humain, c’est moi.» Enfin lui, John Craig Venter. Régatant seul contre un consortium public international pour séquencer l’entier du génome humain, l’homme d’affaires américain est arrivé en tête. C’était en 2001, le décryptage des 3 milliards de paires de bases coûtait 3 milliards de dollars et avait duré plusieurs années. Craig Venter venait de s’offrir le séquençage d’une grande partie de son propre patrimoine génétique. Un aveu qu’il a fait plus de deux ans plus tard, ayant toujours laissé croire que l’ADN utilisé provenait d’un pot commun. En 2007, il s’offre le solde, devenant le premier humain à se connaître par le menu et le premier scientifique à publier le génome complet d’un seul individu.

Des premières, Craig Venter les accumule: séquençages d’un organisme vivant (celui de la méningite et du génome de la mouche), création d’un virus en laboratoire. Car ce n’est pas seulement pour son ego surdimensionné que certains surnomment le biologiste «Darth Venter». Celui qui se vante de faire de la dirty science (science sale, sous entendu qui fait fi des règles déontologiques) n’ambitionne aujourd’hui rien de moins que de créer la vie de toutes pièces.

Un organisme artificiel prêt à l’emploi

Le Frankenstein de la génomique avance un but quasi humanitaire à ses tentatives. Il entend fabriquer des bactéries dont l’obsession ne serait plus d’assurer une descendance, mais de fabriquer de l’éthanol, de l’hydrogène, une molécule aux vertus pharmacologiques ou aux propriétés dépolluantes, par exemple. En d’autres termes, des organismes «prêts à l’emploi», qui n’existent pas dans la nature mais capables de soulager notre planète et de satisfaire ses occupants.

L’entreprise est déjà bien avancée. En janvier 2008, les biologistes du J. Craig Venter Institute (JCVI) annoncent la création du premier génome artificiel, assemblant les 582 970 paires de bases de l’ADN du microbe mycoplasma genitalium. Les scientifiques s’attachent maintenant à lui prêter vie. Pour cela, il faut glisser le génome de mycoplasma dans une bactérie que l’on aura préalablement dépossédée de son propre ADN. Pas simple mais pas impossible. Enfin, il conviendra d’ajouter à cet organisme sans ancêtres des gènes pour produire du biofuel ou toute autre fonction choisie.

Craig Venter joue à Dieu. Il régate aussi avec Darwin. Le navigateur et ses équipes écument aujourd’hui les mers afin de recenser et analyser les génomes des microorganismes marins. Vingt millions de nouveaux gènes ont été pêchés lors d’une première expédition. Une seconde a été lancée en mars 2009, notamment en Méditerranée.

Génial ou fou? Dans son autobiographie, Venter résume: «Je veux faire avancer la science. Si cela implique de procéder autrement, c’est ce que je ferai. Je ne suis pas prêt à y renoncer. Cela fait sans doute partie de mes prédispositions génétiques.»

❚ «Génomique. De la lecture à l’écriture du code», conférence de Craig Venter, mardi 13 octobre, 18 h 30, Uni Dufour, entrée libre, en anglais, traduction simultanée en français. 


Bio express

CRAIG VENTER

❚ 14 octobre 1946: naissance à Salt Lake City.

❚ 1975: doctorat en physiologie-biologie de l’Université de Californie.

❚ 1995: il achève le premier séquençage d’un organisme vivant.

❚ 2002: fonde et dirige depuis le Craig Venter Institute.

❚ 2008: il crée le premier génome artificiel.

❚ 7  octobre 2009: reçoit du président Obama la Médaille nationale de la science.



25/10/2009

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