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C’est un tribunal militaire, il faut savoir que la justice ici n’existe pas

La vengeance d’Israël contre les enfants qui jettent des pierres (The Independent)

Catrina STEWART

Catrina Stewart a vu une vidéo qui dévoile toute la brutalité des interrogatoires des jeunes Palestiniens.



L’enfant, frêle et de petite taille lutte pour rester éveillé. Sa tête dodeline et à moment donné tombe sur sa poitrine. "Lève la tête ! Lève la tête !" hurle un de ceux qui l’interrogent en le giflant. Mais à ce stade le gamin s’en moque car, depuis qu’il a été arraché à sa famille à la pointe du pistolet à 2H du matin, cela fait 12 heures qu’il ne dort pas. "Laissez-moi partir" supplie-t-il en pleurant, il faut que je dorme."

 

Pendant la vidéo qui dure 6 heures, Islam Tamimi, un jeune Palestinien de 14 ans, épuisé et apeuré est progressivement brisé au point de se mettre à dénoncer des hommes de son village et d’inventer les contes fantastiques qu’il croit que ses bourreaux veulent entendre.

C’est un document exceptionnel auquel the Independent a eu accès car il donne un aperçu d’un interrogatoire israélien qui est presque un rite de passage imposé chaque année à des centaines d’enfants palestiniens accusés de jeter des pierres.

 

Israël a défendu ses actions avec énergie en affirmant que le traitement des mineurs s’était énormément amélioré depuis la création du tribunal militaire pour enfants. Mais les enfants qui se sont trouvés confrontés au brutal système de justice de l’occupation racontent autre chose.

"Le problème commence bien avant que les enfants ne soient amenés au tribunal. Il commence au moment de l’arrestation" selon Naomi Lalo, une militante de No Legal Frontiers, un groupe israélien qui surveille l’action des tribunaux militaires. C’est pendant l’interrogatoire que "leur destin est scellé" dit-elle.

 

Sameer Shilu, qui a 12 ans, dormait quand les soldats ont enfoncé la porte de sa maison pendant la nuit. Son frère et lui sont sortis de leur chambre les yeux ensommeillés et ont trouvé 6 soldats masqués dans leur salon.

 

En cherchant le nom du gamin sur la carte d’identité de son père l’officier a eu l’air "choqué" quand il s’est rendu compte qu’il devait arrêter un enfant, relate Saher, le père de Sameer.

"J’ai dit : ’Il est trop jeune ; que lui reprochez-vous ? -Je ne sais pas’ a-t-il répondu". Ils lui ont mis un bandeau sur les yeux, lui ont attaché les mains derrière le dos avec des cordes en plastique qui lui faisaient mal, puis ils ont poussé Sameer dans un Jeep. Son père lui a crié de ne pas avoir peur. "Nous avons tous crié" dit son père. "Je connais mes fils, ils ne jettent pas de pierres."

 

Pendant les heures précédents son interrogatoire, Sameer a été obligé de garder les yeux bandés et les mains liées et on l’a empêché de dormir. Ensuite on l’a emmené à l’interrogatoire sans être accompagné d’homme de loi ou d’un parent, et un homme l’a accusé d’avoir participé à une manifestation et lui a montré une photo d’un enfant qui jetait des pierres en affirmant que c’était lui.

 

"Il m’a dit : ’C’est toi’ et j’ai dit que ce n’était pas moi. Alors il m’a demandé : ’Qui c’est ?’ et j’ai dit que je ne savais pas" raconte Sameer. "A moment donné, l’homme s’est mis à hurler et m’a attrapé par le col et a dit : "Je vais te jeter par la fenêtre et de battre avec un bâton si tu n’avoues pas."

Sameer, qui protestait de son innocence a eu de la chance, il a été relâché quelques heures plus tard. Mais la plupart des enfants sont si effrayés qu’ils signent une confession par peur des violences physiques ou quand on menace leur famille de représailles comme le retrait de leurs permis de travail.

 

Quand l’enfant a signé une confession, l’avocat lui conseille généralement de faire un plea-bargain (plaider coupable en échange d’une réduction de peine NdT) et d’aller en prison pour une période donnée même s’il n’a rien fait. Plaider l’innocence l’expose à de longues procédures judiciaires pendant lesquelles l’enfant est presque toujours détenu en prison. Les acquittements sont exceptionnels. C’est un tribunal militaire, il faut savoir que la justice ici n’existe pas" explique Gabi Lasky un homme de loi israélien qu a représenté beaucoup d’enfants.

 

Il y a beaucoup d’enfants palestiniens qui vivent dans de villages de Cisjordanie qui se trouvent à proximité du Mur de Séparation et de colonies juives implantées sur des terres palestiniennes. Des formes de protestation largement non violentes se sont développées dans certains de ces endroits ; parfois au cours des manifestations il y a des enfants qui jettent des pierres et les raids israéliens sont courants. Mais les hommes de loi et les organisations des droits de l’homme ne cessent de dénoncer la politique israélienne d’arrêter les enfants des villages qui résistent à l’occupation.

 

Le plus souvent des enfants dont certains n’ont que 12 ans sont sortis du lit en pleine nuit. On leur met des menottes, leur bande les yeux, les prive de sommeil et de nourriture, leur impose de longs interrogatoires et les force à signer des aveux en Hébreu, une langue que la plupart ne savent pas lire.

L’organisation des droits de l’homme israélienne B’Tselem affirme que "les droits des mineurs font l’objet de graves violations, que la loi échoue totalement à protéger leurs droits et que les rares droits que la loi leur accorde ne sont pas respectés."

 

Israël affirme que l’esprit de la loi qu’il applique aux mineurs palestiniens est le même que pour les jeunes juifs, mais en pratique c’est rarement le cas. Par exemple, les enfants ne devraient pas être arrêtés pendant la nuit, les avocats et les parents devraient pouvoir assister à l’interrogatoire et on devrait lire leurs droits aux enfants. Mais tout ceci est considéré comme des recommandations et non comme des exigences légales et est rarement respecté. De plus l’âge légal de la majorité en Israël est 18 ans tandis que les Palestiniens sont considérés comme des adultes à partir de 16 ans.

 

Selon les avocats et militants, plus de 200 enfants palestiniens se trouvent dans des prisons israéliennes. "Vous voulez arrêter ces enfants et les juger ? Très bien, mais alors faîtes-le dans le cadre de la loi israélienne. Respectez leurs droits !"

Dans le cas d’Islam, l’enfant qui est sur la vidéo, son avocat, Madame Lasky, pense que la vidéo apporte la preuve de graves irrégularités pendant l’interrogatoire.

 

En particulier, l’interrogateur n’a pas informé Islam de son droit de rester silencieux même quand son avocat a supplié en vain d’être autorisé à le rencontrer. Au contraire, l’interrogateur a insisté pour qu’Islam lui parle à lui et à ses collègues en lui laissant entendre que s’il le faisait il serait libéré comme le suggère le geste d’un des interrogateurs qu’on voit frapper la paume de sa main de son poing fermé.

 

A la fin de l’interrogatoire, Islam éclate en sanglots et incapable de résister plus longtemps à ses interrogateurs semble leur donner ce qu’ils veulent. On voit sa main se déplacer à contre-coeur sur des pages de photos qu’on lui montre et identifier des hommes de son village qui seront tous arrêtés pour avoir manifesté.

 

Madame Lasky espère que cette vidéo va changer la manière dont sont traités les enfants des territoires occupés, et qu’en particulier on cessera de les forcer à dénoncer d’autres personnes ce qui selon les avocats est le principal objectif de ces interrogatoires. La vidéo a permis de sortir Islam de prison ; il est maintenant en liberté surveillée et pourrait même être complètement blanchi de l’accusation de lancer des pierres. Mais pour le moment Islam est silencieux, prostré et malheureux. A quelques mètres de sa maison de Nabi Saleh se trouve celle de sa cousine dont le mari est en prison en attendant son procès avec une douzaine d’autres hommes arrêtés suite aux "aveux" d’Islam.

 

Sa cousine est magnanime. "C’est une victime, ce n’est qu’un enfant" explique Nariman Tamimi, 35 ans, dont le mari, Bassem, 45 ans, est en prison. "Il ne faut pas lui en vouloir de ce qui est arrivé. Il a subi d’énormes pressions."

La politique israélienne a été une réussite dans un certain sens : en semant la terreur parmi les enfants, elle les a découragé de participer aux manifestations. Mais les enfants sont traumatisés, il font des cauchemars et sont incontinents. La plupart ont manque une année d’école ou n’ont pas pu poursuivre du tout leurs études.

 

Ceux qui critiquent cette politique disent qu’Israël est en train de fabriquer une nouvelle génération de militants aux coeurs pleins de haine contre Israël. D’autres disent que cela entache la réputation du pays. "Israël n’a pas le droit d’arrêter ces enfants, de les juger et de les opprimer," dit Madame Lalo, les yeux lançant des éclairs. "Ce ne sont pas nos enfants. Mon pays commet beaucoup de mauvaises actions et les justifie. Nous devrions être exemplaires mais nous sommes devenus un état oppresseur."

 

Les chiffres de la détention des enfants

 

7 000 : Le nombre estimé d’enfants palestiniens détenus et jugés dans les tribunaux militaires israéliens depuis 2000 selon un rapport de Defence for Children International Palestine (DCIP).

87 : le pourcentage d’enfants soumis à des violences physiques pendant leur détention. On pense qu’on bande les yeux à environ 91% d’entre eux à un moment ou un autre de leur détention.

12 : L’âge minimum de la responsabilité criminelle selon l’Ordre Militaire 1651.

62 : Le pourcentage d’enfants arrêtés entre minuit et 5H du matin.

 

Pour consulter l’original : //www.independent.co.uk/news/world/middle-east/how-isra...

 

Traduction : Dominique Muselet

 

URL de cet article 14519
//www.legrandsoir.info/la-vengeance-d-israel-contre-les-enfants-qui-jettent-des-pierres-the-independent.html


01/09/2011

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